Harraga – Harragas

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

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les migrations maritimes en chiffres

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300 000 personnes ont traversé la Méditerranée depuis janvier 2015, selon le HCR.

219 000 ont tenté de rejoindre la rive nord de la Méditerranée au cours de l’année 2014.

Si l’Italie accueille un nombre important de migrants (110 000 en 2015), c’est la Grèce qui constitue la première destination des migrants dans le pourtour méditerranéen avec 200 000 candidats à l’exil.

2500 migrants au moins ont péri en mer ou sont portés disparus en 2015, selon le HCR.
3500 personnes au moins ont trouvé la mort en Méditerranée ou étaient portées disparues en 2014.

Le drame des migrants disparus en mer va crescendo avec toujours plus de naufrages d’embarcations de fortune, notamment au large des côtes libyennes.

Le drame le plus meurtrier enregistré en 2015 est celui du 19 avril lorsqu’un chalutier transportant des centaines de harraga a chaviré en haute mer, faisant 800 morts.

Le dernier naufrage enregistré remonte au 27 août dernier lorsqu’un bateau avec 400 migrants à bord a fait naufrage au large de la ville de Zouara (160 km à l’ouest de Tripoli). Bilan : 111 morts et 200 disparus.

Le 26 août, une autre embarcation, avec une soixantaine de personnes à bord, a fait naufrage au large des côtes libyennes. 51 personnes sont mortes par suffocation dans la cale du bateau.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 2267 personnes ont trouvé la mort en 2015, en empruntant l’«itinéraire central» reliant l’Afrique du Nord à l’Italie et Malte. 83 autres ont péri en empruntant l’«itinéraire oriental» (de la Turquie vers la Grèce).

L’Espagne est une destination de moins en moins sollicitée par les harraga. Néanmoins, en 2015, 23 personnes ont fait naufrage en tentant de rejoindre la péninsule ibérique depuis les côtes africaines, selon l’OIM.

Mustapha Benfodil

Written by elharraga

30 août 2015 at 12:35

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Interception de 11 harraga au large de Mostaganem

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Une patrouille des gardes cotes a intercepté une barque en partance pour l’Espagne dont 2 adolescents de 16 ans, les 9 autres étant âgés entre 25 à 28 ans.

L’interception est intervenue durant la nuit de dimanche à lundi à quelques miles du Cap Ivi. La barque qui venait de quitter la plage de Chaïbia, un des hauts lieux de départ vers les cotes espagnoles de toute la façade maritime de Mostaganem, aurait été signalée au service des gardes cotes dont le bateau n’a eut aucune peine à retrouver la barque et à la ramener à bon port ainsi que ses 11passagers.

Yacine Alim

Written by elharraga

23 janvier 2012 at 2:45

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« Rabi yahdikoum, ya el harraga ! »

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Djamal Ould Abbès à Aïn Temouchent

Le ministre de la Solidarité a expédié en trois quarts d’heure la visite qu’il a effectuée dans la wilaya d’Aïn Témouchent. Cette fois, il s’est donné une seule halte, dans la commune d’El Amria, la plus proche de l’aéroport d’où il est arrivé et où il devait reprendre l’avion pour Alger.

Ce déplacement, pour seulement remettre une dizaine de chèques au titre de l’ANGEM et quelques attributions de locaux à usage professionnel à des jeunes, a laissé interrogateur plus d’un. Pour d’aucuns, le divorce avec son « douar », comme il se plaît à nommer le Témouchentois est pleinement consommé. On se rappelle que son élection à la députation à la tête d’une liste FLN avait été sérieusement parasitée alors que lors de la campagne électorale présidentielle, il n’a pu agir à sa guise. Il n’avait d’ailleurs pu remettre les subsides qu’il était venu distribuer lors d’une visite éclair. Ce n’est finalement qu’hier qu’il les a remis à cinq clubs sportifs, soit deux millions de DA dont la moitié a bénéficié au CRT qui négocie son retour en Nationale 2 et dont Ould Abbès fut un dirigeant.

Microcrédits à 1% d’intérêt

C’est son chef de protocole qui a été chargé de remettre en catimini les chèques. On retiendra de son allocution, ses remerciements à la population pour avoir « répondu à l’attente » du président candidat lors du dernier scrutin et un appel adressé aux jeunes et en particulier aux harraga pour leur demander de cesser de porter atteinte à l’image du pays. « Rabi yahdikoum, il y a des locaux à usage professionnel disponibles et des crédits également pour tous ceux qui veulent travailler ! » A cet égard, il s’est félicité que l’Algérie soit le seul pays arabe et musulman à accorder des microcrédits à 1% d’intérêt. Ailleurs, a-t-il indiqué, le taux varie entre 12 et 18%.

Il a également précisé que, sur une durée de quatre années, ce sont 103 000 microcrédits qui ont été accordés et que cette politique est appelée à prendre de l’ampleur du fait que le Président de la République s’est engagé sur la création de 3 millions d’emplois dont la moitié doit être initiée par le département de Ould Abbès.

Par M. Kali

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6 mai 2009 at 6:26

19 harraga seront jugés le 19 avril à annaba

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Les 19 harraga interceptés avant-hier à 12 miles au nord du Cap Rosa (El Tarf) à bord d’une embarcation artisanale, tard dans l’après-midi, par les éléments des gardes-côtes de la wilaya de Annaba, ont été présentés hier devant le procureur près le tribunal de Annaba.

C’est ce qu’a confirmé M. Zaïdi Abdelaziz, chef de la station maritime des gardes-côtes de la wilaya de Annaba. Originaires de Annaba (9), Skikda (5), Alger (4) et un d’El Tarf, ils ont été sommés de comparaître le 19 avril à la barre pour répondre de leur acte, à savoir tentative d’émigration clandestine. Rencontrés à la sortie du tribunal, ils ont réaffirmé leur intention de « quitter l’Algérie avant même la tenue de l’élection présidentielle ». Pour rappel, les 19 harraga ont embarqué dimanche dernier à 4h du matin à partir de Sidi Salem (El Bouni), une plage déserte dans l’une des plus pauvres cités de Annaba. Agés de 22 à 34 ans, ces jeunes infortunés naviguaient à 12 miles marins à destination de Lampedusa (Italie) lorsqu’ils ont été interceptés par une unité semi-rigide des gardes-côtes. Ils ont été ramenés, auditionnés et ont passé la nuit dans les locaux du commandement de la marine de Annaba.

Par M. F. G.

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17 mars 2009 at 3:32

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La mer reconnaîtra les siens

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Chronique

Mercredi dernier, pendant que les honorables parlementaires votaient, le ventre plein, pour l’éternelle reconduction, un autre drame se jouait ; le soir même, 15 harraga étaient arrêtés en pleine mer pour délit de fuite. Jusque-là, l’histoire n’a rien de surprenant ni de la part de l’Assemblée habituée à recevoir les pires humiliations ni de celle de la mer, habituée à recevoir des milliers de déçus des systèmes politiques. A la lecture de la fiche de renseignements des 15 harraga présentés par les garde-côtes de Ghazaouet, on s’aperçoit que 9 d’entre eux ne sont pas Algériens mais Afghans. Des Afghans harraga en Algérie ? Si les Algériens sont connus depuis longtemps pour partir, à toutes les époques, par n’importe quel moyen et pour n’importe quelle raison, on connaissait les Afghans pour une autre spécialité, celle de quitter leur pays afin de renforcer le front de la guerre en Algérie.

Que s’est-il passé pour que des Afghans soient arrêtés au large de l’Algérie pour être déférés devant le parquet d’Oran comme de vulgaires harraga ? Rien. Les Algériens ont tellement pris l’habitude de l’exil marin qu’ils ont ouvert de nouvelles voies à tout le monde et même les candidats de lointains pays passent par ici pour aller ailleurs, confirmant la remarque d’un poissonnier national : « Il y a beaucoup plus de harraga au large des côtes algériennes que de crevettes ou de rougets. » Ce qui explique le prix affolant des poissons et crustacés, d’une part, et le peu de valeur accordé à la vie humaine en Algérie d’autre part. Pendant donc que les parlementaires dînaient au bord de la mer pour fêter la victoire de l’immobilisme sur le changement, 9 Afghans tentaient de partir d’Algérie en clandestins. Le constat est révélateur. Depuis le jour de la réforme de la Constitution qui permet au président Bouteflika de rester président à vie, même les Afghans quittent l’Algérie.

Par Chawki Amari

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16 novembre 2008 at 8:22

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Découverte d’un atelier de fabrication d’embarcations artisanales

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IMMIGRATION CLANDESTINE À ANNABA

Un atelier clandestin de fabrication d’embarcations artisanales a été découvert hier par les éléments du groupement de la Gendarmerie nationale de Annaba dans la localité de Sidi Salem, distante de 5 km du chef-lieu de wilaya. Surpris, les «fustiers» ont pris la fuite aussitôt les hommes en vert débarqués, laissant derrière eux un arsenal de matériel et de stères de bois nécessaires à la confection de ces «felouques». Cependant, les éléments de la gendarmerie ont réussi, après des recherches effectuées sur les lieux, à saisir 3 embarcations dont les travaux ont été récemment achevés. D’une longueur de 7 m chacune, elles étaient dissimulées sous les herbes denses à quelques encablures de Oued Seybouse. Elles ont été saisies et placées dans la fourrière d’El Bouni. «Ces embarcations artisanales sont destinées aux futurs harraga. Le fond plat et la longueur de 7 m sont des indicateurs qui ne trompent pas. Cependant, l’origine de cette importante quantité de bois composée en madriers et poutres demeure d’origine indéfinie», expliquera un des éléments de la gendarmerie. La proximité de la localité de Sidi Salem avec un dépôt de vente de bois laisse planer le doute quant à un lien supposé. Dans l’impossibilité de pouvoir s’approvisionner à cette entreprise, qui vend officiellement le bois aux chantiers de bâtiment, l’hypothèse de vol de cette matière première demeure plausible. Ce qui aggrave encore la situation. Par ailleurs, selon des sources concordantes, la fabrication des barques se fait sur «bon de commande». En effet, les futurs harraga versent une avance de 50 000 DA pour la commande d’une embarcation de 7 m à fond plat et 50 000 DA à la réception. Les fustiers sont généralement d’anciens pêcheurs de la cité Seybouse, Sidi Salem et Chetaïbi. Un phénomène dont les corollaires ont fait naître plusieurs autres où beaucoup de pêcheurs se sont reconvertis en passeurs de harraga entre les plages bônoises et la rive européenne, notamment celle de la Sardaigne.
M.- F.-G.

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20 juillet 2008 at 8:11

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Galère d’un harrag en Espagne

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Et si une autre occasion de «Harga» se présentait à toi, tenterais-tu une nouvelle fois l’aventure ? : «Jamais plus, pour tout l’or du monde je ne quitterais ma belle Zouanif».

Entretien réalisé par Mohamed Bensafi

L’on comprend aisément la réponse de Mehdi, l’homme qui a, à deux reprises, traversé clandestinement la Méditerranée à la découverte, de ce qu’il appelait, à l’instar de beaucoup de jeunes, l’Eldorado espagnol. Ce fut, à l’évidence, l’enfer au bout du rêve. Notre homme s’appelle Bachir-Bendaoud Mehdi. Il est âgé aujourd’hui de 31 ans et habite la localité de Zouanif, dans la commune de Oulhaça, une région à vocation agricole dans la wilaya de Aïn Témouchent. Il est le troisième des quatre garçons de la famille qui compte aussi deux filles. Ses frères, comme le père, travaillent la terre. Mehdi, lui, l’a abandonnée pour le souk de Béni-Saf. Mais, et sans avertir personne, il a pris, par deux fois, la mer en direction de l’autre rive. Une première fois en 2006, et la seconde, en 2007. Mehdi vient, depuis à peine quelques jours, de retrouver les siens après un séjour de plusieurs mois passés de l’autre côté de la Méditerranée. Deux cents jours, exactement, vécus dans l’exil et la souffrance, une amère aventure qu’il n’est pas prêt d’oublier. Pendant tout ce temps, il a tourné en rond dans un pays où il n’avait aucune chance de réussir. Son visage, basané, est toujours marqué par les longues et dures journées de travail dans les champs et le soleil. Quand il s’exprime, il semble, par moments, manquer de lucidité, séquelle d’un échec consommé. Le retour au bled, il ne l’a pas fait de son propre gré. Il a été arrêté par la police espagnole, alors qu’il avait quitté, l’espace d’une demi-journée, le bourg où il vivait, pour aller rendre visite à un ami à Murcia. Il sera conduit au centre de regroupement des clandestins de la ville où il séjournera pendant 12 jours avant d’être embarqué, à Alicante, à bord d’un bateau pour Alger. Ce voyage, il l’a fait deux fois en quinze mois. Du dernier, il garde toujours une image, celle de la baie d’Alger. « Sur le pont, alors que le bateau s’approchait, mes larmes ont commencé à couler sur mes joues ». Il n’avait annoncé son retour à personne. Le 12 mai 2008, vers 11h, il frappe à la porte de la maison familiale. Sa mère, qui lui ouvrit, lança des youyou libérant ainsi sa tristesse. Mehdi lui embrassa le front et lui jura de ne plus jamais recommencer. Come-back sur cette double Harga.

Le Quotidien d’Oran.: Raconte-nous tes tentatives pour rejoindre l’autre rive.

Mehdi.: « La première harga, c’était le 13 octobre 2006. On était à six, 04 jeunes de Zouanif et 02 autres de Tadmaït, un douar non loin de chez moi. On était resté deux nuits, sur les rochers, à attendre que la mer se calme, avant de prendre le large, en pleine nuit, près de Rachgoun. On a ‘compté sur l’aide d’Allah, et on a pris le départ vers le nord aux environs de 20h, à bord d’un pneumatique équipé d’un moteur 25cv, acheté auprès d’un particulier. Ce voyage a duré près de 22 heures. Mais à peine arrivés près de la côte d’Almeria, que nous fûmes interceptés par la marine espagnole qui nous a remis à la Croix-Rouge espagnole de la région, qui nous a pris en charge. Ces gens aimables nous ont donné des habits, des repas chauds et nous ont fait examiner par un médecin. Ensuite, nous avons été placés dans un centre de regroupement pour clandestins, à Algesiras, ville située au sud de l’Espagne et donnant sur le détroit de Gibraltar. Nous y sommes restés 27 jours avant d’être conduits au consulat d’Algérie à Alicante, 400 km au nord, soit presque 08 heures de route par autocar. Nous avons été alors entendus par un membre de la chancellerie. A l’issue de cette audience, cinq, dont moi-même, furent priés de prendre le bateau du retour. Le sixième, un Tadmaïti, a eu la chance et a vu son séjour prolongé. De retour au pays, vers la mi-novembre, j’ai repris mes activités au niveau du marché couvert de Béni-saf, dans le commerce informel. J’achète et je revends des fruits et des légumes. Vint l’été 2007, et alors que je me trouvais, un vendredi après-midi, sur la plage de Rachgoun, je fis la connaissance de 02 jeunes de Boukadir, ville située dans la wilaya de Chlef. Ils étaient venus en vacances et sont rentrés chez eux quelques jours après. Ils m’appelaient de temps à autre au téléphone, histoire d’avoir de mes nouvelles. Puis un jour, ils me proposèrent une harga. Le projet aussitôt ficelé, ils sont venus en compagnie de 03 autres boukadiris et 02 Algérois. Un autre jeune de Aougbellil (5 km au sud de Aïn Témouchent), que je connaissais, compléta la liste. A neuf, nous avons cotisés 37 millions pour acquérir un Zodiac équipé d’un moteur 25 cv. Le départ de cette seconde harga a eu lieu le 12 novembre 2007, à 06h du matin, toujours du côté de Rachgoun. C’est encore moi qui était au timon. A l’aide d’une boussole, posée dans un seau rempli de sable, je m’orientais suivant des coordonnées que je connaissais.

Q.O.: Lesquelles ?

Mehdi.: Avec un sourire, il me répond, c’est…, mais ne l’écris pas. L’arrivée sur la côte d’Almeria était aux environs de 02h du matin, soit après 20 heures de navigation. Mais rebelote, la marine espagnole mit main sur nous et même refrain. Remise à la Croix-Rouge espagnole (habit, bouffe, médecin,…) puis direction le centre d’Algesiras où nous resterons 37 jours.

Q.O.: Et que faisiez-vous durant ce temps ?

Mehdi.: Pratiquement, rien. Le matin, après le petit déjeuner, nous sommes dans une grande cour jusqu’à midi. Déjeuner, sieste jusqu’à 16 heures puis retour à la cour jusqu’à 20 heures. Ensuite, dîner puis télé et nous nous couchions. Les autres distractions, les jeux de cartes ou le foot sans jamais pouvoir quitter les lieux qui sont d’ailleurs surveillés par des policiers. Puis, avant que la Croix-Rouge vienne nous récupérer, on nous a remis un récépissé, une sorte d’autorisation de séjour provisoire. Nous fumes placés dans un hôtel, nourris et logés, pendant 15 jours avec en plus un pécule de 30 euros, aux frais de la Croix-Rouge. Mais avant de quitter l’hôtel, il fallait obligatoirement fournir l’adresse d’un proche qui pouvait vous accueillir et nous prendre en charge. C’est encore la Croix-Rouge qui payait le billet de voyage. Moi, j’avais un ami, Boucif un gars de chez nous, qui habitait du côté de Murcia. Après confirmation auprès de ce dernier, j’ai pris le car pour le rejoindre. Je suis resté chez lui une semaine avant de décider de rejoindre un cousin en France, à Chaumont. J’ai pris le train via Valence, Saint Sébastien, Andorre, avant de me retrouver de l’autre côté de la frontière espagnole. Ensuite j’ai voyagé jusqu’à Paris puis Chaumont. Je suis resté environ un mois sans jamais trouver du travail, chose très difficile en France pour un sans-papier. Et sur conseil de ce cousin, je suis retourné en Espagne, dans cette même région de Murcia, plus exactement dans la localité de Alkhora (entre Murcia et Cartagena). Là, la seule possibilité de trouver du boulot, c’était dans les champs. Et comme j’avais toujours sur moi le fameux «breva», cette sorte d’autorisation de séjour provisoire, délivrée par les autorités espagnoles lors de mon séjour au centre, je pouvais trouver du travail. Mais seulement dans les champs des particuliers qui embauchaient pour de petites durées. Ils proposaient surtout des tâches pénibles qui ne trouvaient pas preneurs parmi la main-d’œuvre locale.

Q.O.: Raconte-nous les conditions dans lesquelles tu as travaillé.

Mehdi.: « J’ai coupé des choux-fleurs, ramassé de la pomme de terre… enfin un peu de tout, mais sans décrocher un emploi stable. J’étais, à l’instar de tous les autres clandestins, payé à 5 euros l’heure. Je travaillais souvent une semaine sur deux, voire trois, à raison de 6 à 8 heures par jour. Un maigre salaire qui ne pouvait pas subvenir à mes besoins. Une vraie misère car on devait payer le loyer et la nourriture. A six, 04 Algériens (01 Témouchentois, 1 Boumerdesis, 01 Oranais et moi-même) et 02 Marocains (Béni-Mellalois et Casablancais), on louait une maison, un F3, à 470 euros le mois. Il fallait aussi payer un peu comme 25 euros, les autres charges (eau et électricité). On faisait nous mêmes la cuisine. L’entente et la solidarité entre nous étaient excellentes. On s’entraidait, c’est pour cela qu’on a pu tenir. Ceux qui travaillaient invitaient ceux qui étaient au chômage. Cela a duré durant tout notre séjour ensemble.

Q.O.: Et les voisins, comment se comportaient-ils à votre égard ?

Mehdi.: Totalement indifférents. Là-bas, comme dit l’adage «chacun pour soi». N’attendez pas de l’épicier du coin qu’il vous fasse crédit pour l’achat de provisions. Là-bas, il y a de pauvres gens, des jeunes Algériens bien sûr, qui souffrent le martyre. Ils vivent dans la misère et dans l’indifférence totale. Certains passent leurs nuits sous les ponts, d’autres dans des baraques de fortune, parfois au milieu de la forêt. Ils ne mangent pas à leur faim. Pour survivre à cet enfer, ils sont obligés de se cacher la journée et de ne sortir que la nuit pour faire dans le vol à la tire, vente de la drogue… Là ils sont utilisés, pour quatre sous, par des dealers. Souvent, ils sont arrêtés, et c’est la prison.

Q.O.: Y a-t-il des morts parmi ces jeunes ?

Mehdi.: Beaucoup même. En décembre 2007, quand j’étais au centre d’Algesiras, j’ai entendu parler de 160 cadavres déposés dans les morgues de la ville de Valence. Les cadavres non identifiés, et bien sûr non réclamés par des familles, ne sont pas enterrés. Ils sont, après un certain temps, incinérés, c’est-à-dire brûlés. Là bas, c’est comme ça. Par contre, pour les cadavres réclamés, leurs proches doivent payer 6.000 euros pour le rapatriement.

Q.O.: Vous étiez nombreux au niveau du centre ?

Mehdi.: En 2006, à Algesiras, le numéro d’immatriculation, qui m’était affecté, était le 9.691. Et en 2007, c’était le 221ème. Là, on nous avait dit que l’Etat algérien avait payé le rapatriement de beaucoup de nos concitoyens. Mais, il y a des Subsahariens, des Sud-américains, des Maghrébins… Les jeunes qui sont là bas sont dans l’incertitude et totalement égarés. Ils ne savent plus quoi et comment faire, rester ou revenir ? Il y a aussi l’angoisse de revenir les poches vides. Et même ceux qui se décident n’ont pas d’argent pour s’acheter le billet du retour.

Q.O.: Le retour est possible ?

Mehdi.: Bien sûr, il suffit de présenter un passeport et acheter un billet. A défaut de passeport, vous pouvez toujours vous présenter au consulat d’Algérie avec le récépissé qu’on vous délivre et là, après certaines formalités, vous pouvez acheter aussi un billet de bateau. Généralement, les jeunes passent de l’autre côté sans papiers, mais une fois là-bas, leurs familles les leur font suivre.

Q.O.: Aujourd’hui, c’est possible de prolonger son séjour en Espagne, et de devenir plus tard un résident à part entière ?

Mehdi.: Franchement, c’est une chose très difficile voire impossible. Car il faut réunir tout un «sac» de paperasse. Il faut d’abord avoir un passeport en bonne et due forme, ensuite une carte d’adhérent à l’association des Algériens à Murcie (l’adhésion coûte 88 euros), un «breva», une sorte de carte de séjour provisoire d’au moins 03 mois, un certificat médical attestant avoir passé tous les tests médicaux et encore posséder un compte bancaire. Avec tout ce dossier, tu dois encore fournir, à ta 3ème année de séjour, la carte de résidence, pièce souvent achetée à raison de 1.500 euros. Il faut aussi que, pendant tout ce temps, tu échappes aux contrôles et aux descentes de police, et surtout supporter la pénible vie quotidienne des sans-papiers. Là-bas si on ferme l’oeil sur les immigrants clandestins, c’est pour qu’ils aillent travailler dans l’agriculture. Et là, ils se font exploiter pour quatre sous par des propriétaires terriens. Mais toujours à condition de ne pas se faire attraper par la police. Et pour y réussir, les clandestins restent éloignés des grandes villes et travailler dans les champs. C’est ce que j’ai fait avec des Roumains, Equatoriens, Boliviens, Subsahariens et bien d’autres. Quand j’étais à Murcie, poursuit-il, j’ai entendu plusieurs fois à la Radio algérienne, à la chaîne Une, une émission intitulée « El-Bahja et la voix des harraga » ou quelque chose comme ça, qui passait, le dimanche à partir de minuit. On donne la parole à des jeunes harraga qui racontent leurs expériences à l’antenne et conseillent aux autres de faire un autre choix, c’est-à-dire de rester dans leur pays.

Q.O.: Comment ça se passe en mer ?

Mehdi.: Le plus dur dans la traversée ce n’est pas seulement d’affronter la mort, mais c’est surtout d’affronter la peur. J’ai vu des harraga pleurer comme des enfants en mer, appeler leur mère, supplier pour faire demi-tour. Moi-aussi, j’ai eu terriblement peur, surtout durant la seconde traversée. Quand la côte algérienne s’efface derrière vous, c’est l’infini. Il y a le ciel et la mer, et c’est-là que commence le vrai cauchemar qui semble durer une éternité. Prier à haute voix, fermer les yeux, se boucher les oreilles…, tous ces gestes, le harrag les répète des dizaines de fois durant la traversée. L’autre moment impitoyable, c’est le large. La barque avance au même rythme, mais tu ignore est-ce que tu es loin de la côte ou tout près. Tu te dis en fonction du temps que tu as passé en mer, que tu as parcouru le tiers du trajet. Mais peut-être pas. Au large, les poissons sont tellement grands et l’eau claire que vous avez l’impression que vous regardez à travers une vitrine ce qu’il y a en dessous. Nous avons rencontré des tortues incroyablement géantes, de grosses poulpes, des baleines de la taille d’un chalutier… qui passent à quelques mètres de vous.

Le téléphone de Mehdi sonne. Il décroche : « J’arrive, l’ami, tu ne peux pas attendre un moment ? ».

Written by elharraga

27 mai 2008 at 9:26