Harraga – Harragas

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

Supplique contre le maheur

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A Portopalo di Capo Passero, au bout du bout de la botte italienne, lorsque la terre cède à la mer, se niche un village de 3000 habitants, tous pêcheurs, vivant hors du temps, au gré des vagues qui balaient les rochers et des poissons qui garnissent les repas des hommes. Là, a eu lieu un naufrage qui a emporté plus de 300 personnes venues d’ailleurs, anonymes et pauvres. C’était le 24 décembre 1996.
A Lampedusa, petite île perdue au milieu de la Méditerranée, entre Malte et la Tunisie, vivent 6000 habitants, pêcheurs aussi pour la plupart, alors que d’autres ont investi le tourisme. Ici aussi un naufrage a fait plus de 150 morts et autant de disparus. C’était le 3 octobre 2013, autant dire hier.

Entre les deux, 18 000 morts. Sans doute plus. 18 000 morts, femmes et hommes, des enfants également. Autant de vies arrachées, d’espoirs envolés, de rêves brisés, anéantis. A jamais ! 18 000 morts et des milliers de mères et de pères, de frères et de sœurs, d’épouses et conjoints qui les pleurent. Il y a des femmes et des hommes du Sud qui cherchent ceux du Nord, les Européens. Des femmes et des hommes du Sud, humiliés, éreintés, cherchent la main tendue, la fraternité. Pour cela, au péril de leur vie, ils enjambent la mer blanche du milieu, matrice de tant de civilisations depuis la Mésopotamie à l’empire romain, en passant par les civilisations égyptienne, phénicienne, berbère, grecque, pour trouver un moment de répit, une source où étancher leur soif, une place pour se poser.

Il y a des femmes et des hommes au Nord et au Sud qui n’entendent pas. Ils n’entendent ni les cris des hommes ni les hurlements des vagues qui les happent et les emportent à jamais. Ils n’entendent pas non plus le son des chairs déchiquetées par les barbelés érigés en barrières aux frontières, à l’Est et à l’Ouest. Ils n’entendent rien d’autre que leur confort et le gargouillis de leur nombril.
Honte à ceux qui veulent être heureux tout seuls, disait Camus.

Honte aux dirigeants des pays du Sud qui martyrisent leurs enfants, privés d’espoir et de dignité, et les destinent à la mort.
Honte à l’Europe qui se ferme et s’enferme, élève des murs et des frontières infranchissables, s’émouvant à peu de frais.
La Méditerranée est devenue cimetière pour des êtres dont le seul tort est de vouloir vivre. Elle se refermera un jour pour inonder les certitudes et balayer l’indifférence. Des corps gonflés d’eau et de sel montera la complainte de la révolte. Alors, les fantômes de ces femmes et ces hommes reviendront hanter les nuits, vos nuits, nos nuits et demander des comptes.

Il est encore temps d’adopter les seules armes d’une humanité en déshérence : la bienveillance et la bonté. Ne regardez plus celui qui vient de loin comme un ennemi, celui qui vous arracherait votre pain si ce n’est votre croissant. Demandez-lui s’il a faim, s’il a soif, pansez ses blessures et offrez-lui un sourire. Il saura s’en souvenir. Il reprendra à son compte ces mots de Frantz Fanon : «Il y a de part et d’autre du monde, des hommes qui se cherchent.» Seulement des hommes qui se ressemblent et partagent une même ambition, celle d’être heureux.

Yahia Belaskri

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Written by elharraga

18 octobre 2013 à 5:59

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