Harraga – Harragas

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

Archive for octobre 2013

Italie : 700 migrants secourus au large de la Sicile

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Près de 700 réfugiés ont été secourus dans le canal de Sicile au cours de plusieurs opérations dans la nuit de jeudi à vendredi, ont annoncé les autorités italiennes, alors que le sommet de l’Union européenne à Bruxelles se penchait sur le dossier de l’immigration clandestine.

Au moins six opérations de sauvetage ont permis de secourir les migrants, parmi lesquels des femmes et des enfants, a indiqué la marine militaire italienne. Le patrouilleur Cigala Fulgosi a d’abord secouru un groupe de 99 personnes, dont deux femmes et dix mineurs qui se trouvaient sur une embarcation à la dérive à environ 185 km au sud de la petite île de Lampedusa, précise un communiqué de la Marine militaire. La corvette militaire Chimera a quant à elle secouru un autre groupe de 219 personnes, dont 37 enfants et 43 femmes, qui se trouvaient également sur une embarcation à la dérive à près de 70 km de l’île, selon la même source.

Les deux groupes ont été transférés sur un grand navire amphibie, le San Marco, tandis que les deux autres bateaux militaires ont repris leurs patrouilles dans le canal de Sicile. Trois embarcations des gardes-côtes italiens ont par ailleurs secouru environ 300 immigrés qui se trouvaient à bord de deux embarcations distinctes, tandis qu’un cargo battant pavillon panaméen a secouru un dernier groupe de 90 migrants à environ
200 km au sud de Lampedusa. Ces sauvetages interviennent alors que le sommet de l’UE a entamé, hier à Bruxelles, un débat sur l’immigration clandestine et la manière de la gérer pour éviter que ne se reproduisent des drames comme ceux qui ont fait, dans la première moitié d’octobre, plus de 400 morts lors de deux naufrages au large de Lampedusa.

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Written by elharraga

26 octobre 2013 at 5:45

Méditerranée : le terrible récit des rescapés

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Des centaines d’hommes et de femmes ont tenté de rejoindre l’Europe par la mer cette semaine. Plus de 400 d’entre eux sont morts pendant leur tentative. De Ceuta à Malte en passant par Lampedusa, les politiques migratoires restrictives de l’Union européenne ne dissuadent pas les migrants. Et ce n’est pas près de s’améliorer. El Watan Week-end vous explique pourquoi.

-Depuis 2009, il est de plus en plus difficile d’entrer en Europe légalement

Les conditions d’obtention de visas pour l’Europe sont de plus en plus strictes : les Français, par exemple, n’en délivrent que sur présentation des trois dernières fiches de paye. Marie-Thérèse Têtu-Delage, socio-anthropologue au CNRS, qui a mené de 2001 à 2009 une recherche sur les harraga algériens arrivés en France, remarque : «A l’époque de mes recherches, peu d’Algériens arrivés en France avaient fait la traversée par la mer. Souvent, ils obtenaient un visa et restaient sur le territoire, certains passaient par la Turquie. Ceux qui prenaient la mer passaient par le détroit de Gibraltar et rejoignaient la France via l’Espagne. L’utilisation des voix maritimes pour entrer en Europe a explosé en 2007, lorsque les règles pour l’obtention des visas sont devenues plus strictes.»

Les experts de la migration sont tous d’accord pour voir dans l’augmentation des départs le résultat de l’application de politiques migratoires plus restrictives à partir des années 2000. Le 3 octobre dernier, le rapporteur spécial de l’ONU sur la protection des migrants, François Crépeau, avait affirmé que ce nouveau naufrage était la conséquence directe d’une politique de «criminalisation de l’immigration clandestine» par l’UE.

-Les politiques de surveillance de l’Europe se durcissent

«Le renforcement de la surveillance des côtes européennes est un facteur aggravant dans la mesure où tout un réseau de passeurs active pour contourner les voies d’accès faciles en empruntant les voies les plus risquées», relève le sociologue spécialiste des migrations, Saïb Musette. Conséquence : les mailles se sont tellement resserrées que lorsqu’une embarcation parvient à passer, l’information circule parmi les passeurs et les harraga qui attendaient s’engouffrent dans cette «fenêtre» : c’est ce qui explique l’affluence des bateaux sur Lampedusa ces derniers jours, car même traumatisés ou arrêtés, les candidats à la migration ont les deux pieds en Europe.

Mais l’impressionnant dispositif militaire – navires des gardes-côtes, bâtiments militaires, patrouilleurs, hélicoptères, avions équipés de capteurs, etc. – déployé par les Italiens, et le lancement en urgence d’Eurosur en décembre prochain (système de surveillance terrestre et maritime) ne décourageront pas les départs. «Cela aura pour effet de pousser à plus de clandestinité, affirme Marie-Thérèse Têtu-Delage. On se trompe en croyant que le départ par bateau est un acte suicidaire. Au contraire, les migrants le font parce qu’ils veulent vivre mieux, qu’ils veulent réussir leur vie. C’est un acte qui est jugé légitime.» Par ailleurs, elle rappelle que «les autorités avaient réussi à endiguer le phénomène de la harga du côté du Maroc. Mais cela n’a fait que déplacer le problème. Si on bloque l’accès à Lampedusa, les migrants trouveront un passage ailleurs.»

-Les révolutions arabes ont accentué la pression migratoire

Selon MSF, depuis janvier, près de 30 000 personnes en provenance de Libye, d’Egypte ou de Syrie ont rejoint l’Italie par bateau pour la plupart fuyant violences ou conflits. C’est la première conséquence des révolutions arabes. «La recherche d’un refuge vers les ‘‘pays stables’’ est devenue l’unique solution pour survivre», souligne Saïb Musette. Mais elles ont eu un autre effet : les régimes actuels n’ont pas maintenu les lois répressives des régimes précédents, qui, en accord avec l’Europe, limitaient les sorties de leur territoire. «La Libye n’est plus un pays de destination mais de transit pour une grande partie des migrants subsahariens depuis les années 2000, relève une analyste de MSF. A cette époque, El Gueddafi s’entendait avec les pays européens pour lutter contre l’émigration clandestine en échange de l’abandon des sanctions économiques contre son pays. C’est aussi à cette époque que la situation des migrants en Libye commençait à se détériorer. Des centres de détention sont créés et le pouvoir procède à des expulsions massives.»

Depuis le début de la guerre, plus d’un million de civils ont fui le conflit, la plupart en traversant les frontières vers la Tunisie, l’Egypte, l’Algérie, le Tchad, le Niger et le Soudan. D’autres ont traversé la Méditerranée vers Malte et l’Italie. Mais les Libyens ne sont pas les seuls concernés : les quelque 2,5 millions de ressortissants du Soudan, du Nigeria, de Somalie, du Bangladesh, d’Erythrée et d’au moins 20 autres pays qui vivaient déjà dans des conditions d’extrême précarité en Libye, cherchent aussi à fuir. Les migrants arrivés à Malte le 11 octobre dernier étaient des Syriens partis du sol libyen.

-Jusqu’à maintenant, les pays maghrébins jouaient les gendarmes de l’Europe

Hélène Flautre, membre de la commission pour les libertés, du Parlement européen, dénonce la délocalisation du contrôle des frontières. «Cela a pour effet de transformer les pays voisins du sud de la Méditerranée en de vastes zones de rétention, mais aussi à pousser les gens à partir dans des conditions de plus en plus dangereuses, où tout est réuni pour que des catastrophes surviennent.» En 2003, le Maroc s’engage auprès de l’Europe et criminalise les tentatives d’immigration illégale. Les flux se décalent vers l’Algérie, qui ratifie à son tour en 2009 le protocole de Palerme. Quitter le territoire illégalement devient un délit passible de 2 à 6 mois de prison ferme. Mais les choses changent.

«La législation tunisienne est en discussion. Les règles imposées par le régime Ben Ali vont connaître certainement des changements majeurs. Une tendance vers le fléchissement se dessine. L’Algérie discute actuellement une révision de sa législation, notamment celle relative aux demandes d’asile des réfugiés. Le Maroc s’est aussi engagé dans une organisation des migrations régulières», affirme Saïb Musette. Et surtout, alors que les maghrébins étaient majoritaires dans les flux de migrations illégales vers l’Europe, ce sont désormais les Erythréens, les Somaliens et les Syriens les plus nombreux.

-Ces dernières années, les conditions sanitaires et humanitaires dans les camps de rétention sont de plus en plus mauvaises

La situation dans les camps de réfugiés frontaliers pousserait également de plus en plus les gens à tenter un départ. «On voit de plus en plus de réfugiés somaliens à Dadaab, Erythréens au Soudan, Libyens à la frontière tuniso-libyenne… quitter les camps pour la route de l’immigration, affirme l’analyste de MSF. C’est notamment le cas pour ceux que l’on appelle les ‘‘réfugiés chroniques’’. Les jeunes hommes, notamment, sont envoyés par leur famille chercher du travail dans les pays riches.» Des migrants passés par le camp de rétention algérien de In Salah décrivent l’absence de sanitaires et la disponibilité de l’eau courante seulement une heure par jour.

-L’immigration illégale est un business fructueux

«A Lampedusa, l’arrivée de migrants par bateaux est devenu une économie, affirme Heidrun Friese, professeur à l’université allemande de Chemnitz et à la tête d’une recherche sur les harraga tunisiens à Lampedusa. On donne 33 euros par personne et par jour aux structures d’accueil d’urgence, autrefois tenues par des bénévoles, désormais institutionnalisées. Les migrants restent sur place pendant des semaines. Vous imaginez les sommes que cela génère?» Au-delà de l’argent drainé par les passeurs, l’universitaire souligne également que les organisations internationales y gagnent beaucoup. En 2011, l’UE a donné près de 10 millions d’euros à l’Organisation internationale des migrations pour le soutien au processus de transition en Egypte, en Tunisie et en Libye. Le budget de l’agence de contrôle des frontières, Frontex, est passé de 6 millions d’euros en 2005 à 82 millions d’euros. Au niveau local, et grâce à l’état d’urgence permanent, la municipalité de Lampedusa a bénéficié de près de 500 millions d’euros en 2012, ce qui a permis la rénovation d’écoles et la construction d’un système de traitement des eaux usées. Des projets qui étaient sur l’agenda des hommes politiques depuis des années.

Written by elharraga

18 octobre 2013 at 6:04

Malte : «Nous avons regardé, impuissants, la mer avaler nos enfants»

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Ils ont embarqué à plus de 400 sur un bateau de moins de 30 mètres. Après avoir essuyé les tirs des Libyens, leur embarcation a pris l’eau. Le temps que les autorités maltaises arrivent, plus d’une centaine de migrants se sont noyés. El Watan Week-end s’est rendu à Malte où les rescapés du naufrage de vendredi dernier racontent leur tragédie.

La Valette (Malte).

«J’ai vu mes quatre filles avalées par cette mer maudite. J’ai entendu leurs cris sans être capable de les sauver. Elles avaient entre 2 et 10 ans seulement. Je voulais quitter la Libye où la mort nous guettait au quotidien pour leur assurer un avenir meilleur en Europe. J’aurai dû mourir avec elles. Survivre à mes filles est la chose la plus effroyable qui puisse m’arriver.» Le regard éteint, Abou Hussein Wahid Youssef, raconte sa tragédie vécue en haute mer. Vendredi dernier, son embarcation chargée de passagers clandestins a fait naufrage au sud de Malte et de Lampedusa, entraînant la mort de plus d’une centaine de migrants*, essentiellement des Syriens partis de Libye et des Palestiniens.

Aujourd’hui, il ne sait pas ce qui est arrivé à sa femme, saine et sauve mais récupérée par les Italiens, elle ignore toujours ce qui est arrivé à ses filles. «Elle pense qu’elles sont en vie. Le jour où elle apprendra qu’elles ont péri, elle deviendra folle», soupire-t-il. Entouré de quelques rescapés du naufrage, Abou Hussein est inconsolable. Originaire de Damas, il vivait avec sa famille en Libye depuis 1998. Il aspirait à un horizon plus paisible que celui d’un pays livré aux milices armées, comme de nombreuses familles embarquées à bord de ce maudit bateau parti de Zwara.

Tirs de sommation

Une traversée fatale et des heures interminables que racontent aussi les naufragés que nous avons rencontrés à Hal Far. C’est là, dans ce village à 10 km de La Valette, qu’une ancienne caserne, transformée par les autorités en un centre d’accueil, reçoit des migrants clandestins au début des années 2000. «Nous avons rejoint le petit bateau, d’à peine 27 mètres, dans de petites barques, par petits groupes. Une fois tout le monde à bord, l’embarcation était tellement chargée qu’elle a pris eau. Nous étions plus de 400 à bord, la plupart des familles avec des enfants. Il était 23h, raconte Allaa, 27 ans, embarqué avec sa femme et leur petite fille, Maram, âgée seulement d’un 1 an et demi.

A peine une demi-heure après, nous avons été surpris par un autre bateau qui nous a pris en chasse. Son équipage a effectué des tirs de sommation. Arrivé à notre niveau, nos assaillants se sont présentés comme étant des gardes-côtes libyens, mais ils portaient des tenues civiles. Ils nous ont demandé de nous arrêter, mais notre capitaine refusé.» Allaa se souvient de la tournure dramatique des événements. «Ils ont commencé à tourner autour de notre bateau en essayant de le déstabiliser. Puis subitement, ils ont disparu. On pensait qu’ils allaient nous laisser en paix. Puis vers 2h, ils sont réapparus et se sont mis à nous tirer dessus, provoquant une panique générale à bord. Pour les dissuader, on a montré nos enfants et nos bébés, mais c’était peine perdue. Ils continuaient à tirer, touchant trois d’entre nous. Le bateau était troué de partout par les tirs.»

Intenable

Inévitablement, la fragile embarcation qui continuait sa route a commencé à vaciller. L’eau entrait de plus en plus. «Tout le monde s’est affolé. On s’est dit que le bateau allait couler et nous avec. Qu’on allait mourir noyés en pleine nuit sans que personne ne le sache.» Aïcha, la femme de Allaa, ne peut pas à retenir ses larmes. «J’ai pris ma fille dans mes bras et je l’ai attachée à moi. Je ne voulais pas la perdre, je ne pouvais pas la laisser se noyer toute seule.» Finalement, la marine italienne, venue aider la marine maltaise, lui l’ont enlevée. «Elle est en Sicile. Les Italiens nous ont envoyé des photos des enfants qui sont chez eux, on a reconnu Maram.» En attendant de la retrouver, Aïcha s’occupe d’une petite fille, Limar, dans le centre d’accueil. «Elle a 5 ans, ses parents n’ont pas survécu au naufrage. Elle ne sait pas encore ce qui est leur arrivé. Elle passe le temps à appeler sa maman. C’est intenable. Notre vie est un drame qui n’en finit pas.»

Cordon ombilical

Voyant que son bateau allait inévitablement faire naufrage, le capitaine a lancé un appel au secours via un téléphone cellulaire. «C’était vers 15h, le bateau commençait sérieusement à prendre eau, des pièces ont sauté. Toute la partie arrière était déjà sous l’eau», relate Chady, jeune Syrien qui a échappé plusieurs fois à la mort lors des bombardements d’Alep. «Le capitaine a appelé le Croissant-Rouge italien, mais on nous a répondu que nous étions plus proches des côtes maltaises que de Lampedusa. On nous a suggéré d’appeler Malte. Les autorités nous ont promis d’arriver le plus vite possible.»

Mais les minutes d’attente ont été fatales pour de nombreux passagers. Avant que la marine maltaise n’arrive, le bateau s’était déjà transformé en épave flottante, coinçant certains des passagers. «Les trois personnes blessées par balles, immobilisées, n’ont malheureusement pas pu s’en sortir. Une femme, enceinte de 8 mois, a accouché par panique. Son bébé est resté attaché à sa mère. Le cordon ombilical ne s’est pas coupé. Comme elle n’a pas pu bouger, elle y restée, elle et son bébé. Vous vous rendez compte ? Le bébé est mort au moment même où il naissait…», relate Imad, un rescapé. Puis soudain, il se tait. Les mots ne suffisent plus pour exprimer toute la souffrance. Oum Maryam, 55 ans, ne sort plus de son container qui sert d’abri pour les réfugiés.

Engloutis

Elle ne cesse de pleurer ses deux filles et son mari, engloutis par la mer. «Nous étions quatre au départ et voilà que je me retrouve seule. J’ai vu mes deux filles se noyer, mon mari partir à leur secours. Aucun d’entre eux n’est revenu. Tout ça est de la faute de Bachar, le boucher de Damas. C’est lui qui nous a poussés à fuir notre pays, on a échappé à ses bombes, il nous a poussés à mourir noyés», dit-elle en sanglots. Les survivants affirment tous que la plupart des victimes étaient des enfants. «Nous aurions tous préféré couler. Nous avons regardé, impuissants, la mer engloutir nos enfants, des femmes, nos proches sans pouvoir rien faire. Rester vivant après ce drame, c’est mourir chaque instant», se désole un jeune rescapé qui a pu sauver une fille pendant le naufrage. Abou Chady, Palestinien, sa femme, Syrienne, et leurs deux enfants aussi voulaient fuir la guerre en Syrie. «Nous vivions dans le camp des réfugiés de Yermouk. Il a été bombardé par l’armée syrienne.

Notre vie est devenue incertaine, nous étions contraints de quitter le pays. Nous voulions rejoindre la Suède où mon frère habite. Le moyen le plus sûr était de gagner la Libye pour rejoindre l’Europe clandestinement, assure-t-il. Deux mois après notre arrivée en Libye, nous sommes entrés en contact avec d’autres Syriens. Un trafiquant, Khaled Ezwari (de Zwara), pouvait nous faire entrer en Europe. Il a rassemblé une dizaine d’entre nous une semaine avant le départ. Nous avons dû payer 1300 dollars par personne, 500 dollars pour les enfants. J’ai vendu tous mes bijoux pour payer le passage. Au final, j’ai payé pour envoyer ma famille à la mort…» Pour le trafiquant, envoyer toutes ces familles à la mort lui a rapporté quelque 500 000 dollars. Si les rescapés lui en veulent, ils en veulent aussi à la terre entière.

Sanitaires

Au régime politique de leur pays. Aux Libyens qui les ont maltraités. Aux Européens qui ne viennent pas à leur aide. A Dieu qui les a envoyés sur Terre. Ils en veulent à eux- mêmes aussi. Ils ont peut-être échappé aux tirs des Libyens et à la noyade, mais leur calvaire continue dans ce centre d’accueil de Hal Far. Entassés dans des conteneurs sans sanitaires – deux familles dans un conteneur – sous une chaleur étouffante, au milieu d’une autre population de réfugiés subsahariens, ils attendent. Certains espèrent rejoindre leur famille en Europe. «Nous ne pourrons pas rester ici plus d’une semaine, déplore une jeune femme avec un bébé de 6 mois. Les conditions de vie sont intenables dans ce centre dépourvu d’assistance médicale et psychologique.»

Des volontaires maltais leur viennent en aide en leur offrant des couvertures, des médicaments, des puces téléphoniques et de la nourriture. Mais cela reste insuffisant. «Nous sommes un petit pays, nous faisons de notre mieux pour les prendre en charge, mais nos moyens sont extrêmement limités. Nous appelons l’Union européenne à nous porter assistance pour y faire face», a déclaré, à El Watan Week-end, Kurt Farrugia, porte-parole du Premier ministère maltais. Les rescapés du naufrage craignent d’être oubliés là. Tous en appellent à la conscience humaine. «Aidez-nous, répètent-ils. Sortez-nous de cet enfer.»

*Source : ministère de l’Intérieur maltais

Written by elharraga

18 octobre 2013 at 6:01

Supplique contre le maheur

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A Portopalo di Capo Passero, au bout du bout de la botte italienne, lorsque la terre cède à la mer, se niche un village de 3000 habitants, tous pêcheurs, vivant hors du temps, au gré des vagues qui balaient les rochers et des poissons qui garnissent les repas des hommes. Là, a eu lieu un naufrage qui a emporté plus de 300 personnes venues d’ailleurs, anonymes et pauvres. C’était le 24 décembre 1996.
A Lampedusa, petite île perdue au milieu de la Méditerranée, entre Malte et la Tunisie, vivent 6000 habitants, pêcheurs aussi pour la plupart, alors que d’autres ont investi le tourisme. Ici aussi un naufrage a fait plus de 150 morts et autant de disparus. C’était le 3 octobre 2013, autant dire hier.

Entre les deux, 18 000 morts. Sans doute plus. 18 000 morts, femmes et hommes, des enfants également. Autant de vies arrachées, d’espoirs envolés, de rêves brisés, anéantis. A jamais ! 18 000 morts et des milliers de mères et de pères, de frères et de sœurs, d’épouses et conjoints qui les pleurent. Il y a des femmes et des hommes du Sud qui cherchent ceux du Nord, les Européens. Des femmes et des hommes du Sud, humiliés, éreintés, cherchent la main tendue, la fraternité. Pour cela, au péril de leur vie, ils enjambent la mer blanche du milieu, matrice de tant de civilisations depuis la Mésopotamie à l’empire romain, en passant par les civilisations égyptienne, phénicienne, berbère, grecque, pour trouver un moment de répit, une source où étancher leur soif, une place pour se poser.

Il y a des femmes et des hommes au Nord et au Sud qui n’entendent pas. Ils n’entendent ni les cris des hommes ni les hurlements des vagues qui les happent et les emportent à jamais. Ils n’entendent pas non plus le son des chairs déchiquetées par les barbelés érigés en barrières aux frontières, à l’Est et à l’Ouest. Ils n’entendent rien d’autre que leur confort et le gargouillis de leur nombril.
Honte à ceux qui veulent être heureux tout seuls, disait Camus.

Honte aux dirigeants des pays du Sud qui martyrisent leurs enfants, privés d’espoir et de dignité, et les destinent à la mort.
Honte à l’Europe qui se ferme et s’enferme, élève des murs et des frontières infranchissables, s’émouvant à peu de frais.
La Méditerranée est devenue cimetière pour des êtres dont le seul tort est de vouloir vivre. Elle se refermera un jour pour inonder les certitudes et balayer l’indifférence. Des corps gonflés d’eau et de sel montera la complainte de la révolte. Alors, les fantômes de ces femmes et ces hommes reviendront hanter les nuits, vos nuits, nos nuits et demander des comptes.

Il est encore temps d’adopter les seules armes d’une humanité en déshérence : la bienveillance et la bonté. Ne regardez plus celui qui vient de loin comme un ennemi, celui qui vous arracherait votre pain si ce n’est votre croissant. Demandez-lui s’il a faim, s’il a soif, pansez ses blessures et offrez-lui un sourire. Il saura s’en souvenir. Il reprendra à son compte ces mots de Frantz Fanon : «Il y a de part et d’autre du monde, des hommes qui se cherchent.» Seulement des hommes qui se ressemblent et partagent une même ambition, celle d’être heureux.

Yahia Belaskri

Written by elharraga

18 octobre 2013 at 5:59

Des centaines de morts en moins de quinze jours : l’hécatombe aux portes de l’Europe

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Les plus grands naufrages de ces dernières années viennent de se produire entre Malte et l’île italienne de Lampedusa.

En quelques jours, la mer a englouti plusieurs centaines de vies humaines en route vers l’eldorado. Pour les survivants, la mare nostrum a aussi dévoré une partie de leurs rêves. Hier encore, les sauveteurs maltais tentaient de repêcher des cadavres d’enfants suite au naufrage d’un autre rafiot décrépit transportant des centaines de migrants. Plus d’une cinquantaine de personnes y auraient trouvé la mort, dont une dizaine d’enfants, selon l’agence italienne Ansa. L’accident s’est produit dans une zone au centre d’un triangle entre Malte, la Libye et Lampedusa, à 60 milles au sud de la petite île sicilienne, selon une carte publiée sur son site par la marine maltaise. Selon cette dernière, le bateau a été déstabilisé et s’est renversé lorsque les immigrants se sont agités pour attirer l’attention d’un avion militaire qui les survolait, se déplaçant tous ensemble sur un côté.

Ce drame survient après le naufrage, le 3 octobre, d’un bateau de pêche au large de Lampedusa transportant plus de 500 réfugiés, en majorité Erythréens. Seuls 155 d’entre eux ont survécu et 339 corps ont été retrouvés à ce jour. Hier, des corps sans nom s’amoncelaient sur les quais du port de Malte. Certains survivants se sont dits d’origine syrienne, d’autres palestinienne, selon l’agence AFP. Dans le bateau qui a chaviré vendredi après-midi au sud de Malte et de Lampedusa, se trouvaient 230 à 250 réfugiés dont la destination finale était la petite île italienne située au sud de la Sicile, selon la marine maltaise. «Le dernier bilan fait état de 31 corps repêché», a affirmé à l’AFP un porte-parole du gouvernement maltais, hier à la mi-journée. La marine italienne évoque de son côté le chiffre de 34 corps récupérés.

Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a pour sa part déploré devant les journalistes, vendredi soir, que la «Méditerranée est en train de devenir un cimetière». Toutefois, les sauveteurs sont parvenus à sauver près de 200 personnes. Les opérations de recherches se poursuivaient hier. Parmi ces victimes, 22 ont été transportées par une vedette des garde-côtes italiens à Lampedusa. Le Premier ministre maltais a annoncé vendredi soir que l’hôpital de La Valette avait été placé en état d’alerte maximum, dans l’attente de l’arrivée de survivants qui nécessiteront des soins. Certains, dont l’état de santé a été considéré comme trop fragile pour supporter les 10 heures de voyage en bateau jusqu’à Malte, ont été transférés en hélicoptère à Lampedusa. Neuf d’entre eux ont été hospitalisés à leur arrivée dans l’île, selon l’agence Ansa. Par ailleurs, deux embarcations en difficulté, avec à leur bord 87 migrants pour l’une et 183 (dont 34 femmes et 49 enfants) pour l’autre, ont été secourues au large de Lampedusa, selon les médias italiens.

Selon les ONG, près de 20 000 migrants et réfugiés ont péri en tentant de traverser la Méditerranée ces 20 dernières années. Cette zone qui se situe entre la Sicile, Malte et la Tunisie est le plus grand cimetière marin du monde. Depuis 20 ans, ce sont près de 17 000 personnes qui auraient connu la mort dans les eaux de la Méditerranée, précisément dans la zone qui se situe entre la Sicile, Malte et la Tunisie, selon L’ONG United Against Racism. Un drame immense qui se joue dans l’indifférence générale.
Amel Blidi

Written by elharraga

13 octobre 2013 at 6:06

plus de 60 morts dans deux naufrages au large de Malte et de l’égypte

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Les secours s’activaient hier soir pour tenter de sauver en mer quelque 250 immigrés dont l’embarcation a chaviré entre Malte et la Sicile, une semaine après le drame de Lampedusa.

«Nous avons envoyé nos bateaux de secours et des hélicoptères sur le site, à quelque 70 milles (environ 130 km) au nord de Malte. Nous avons des informations selon lesquelles le bateau aurait coulé et des migrants seraient à la mer», a déclaré à l’AFP un responsable de la marine militaire maltaise. Selon l’agence de presse italienne Ansa, 50 migrants, dont une dizaine d’enfants, ont péri dans le naufrage. Ce sont les immigrés qui ont donné eux-mêmes l’alarme grâce à un téléphone satellitaire, alors que le navire se trouvait dans les eaux territoriales maltaises entre Malte et Lampedusa, non loin des eaux territoriales libyennes.

Le bateau a été déstabilisé et s’est renversé lorsque les immigrants se sont agités pour attirer l’attention d’un avion militaire qui le survolait, selon la Marine militaire italienne citée par l’Ansa. Cet accident est arrivé une semaine après le naufrage d’un bateau de pêche au large de l’île de Lampedusa, le 3 octobre, qui a coûté la vie à plus de 300 immigrés. Par ailleurs, au large de la ville égyptienne d’Alexandrie, au moins 12 migrants clandestins se sont noyés hier quand leur bateau a chaviré, tandis que 116 autres ont pu être secourus, a annoncé un responsable égyptien de la sécurité.

Rédaction nationale

Written by elharraga

12 octobre 2013 at 6:11

l’Italie pleure 300 harraga naufragés

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C’est la première fois qu’un deuil national est décrété dans toute la péninsule, à la mémoire des migrants morts en Méditerranée. En ce triste vendredi, les Italiens ont voulu se rappeler les 300 réfugiés somaliens et érythréens engloutis par la mer à quelques mètres des côtes italiennes. Plusieurs d’entre eux auraient pu être sauvés par les nombreux chalutiers qui ont croisé leur route, mais l’indifférence a eu raison de leur rêve d’une vie meilleure.

Rome (Italie)
De notre correspondante

Ils étaient environ 500 migrants, des Somaliens et des Erythréens, dont des enfants et des femmes enceintes, à avoir embarqué au port de Misrata, dans l’est de la Libye, à destination de l’eldorado européen. Les passeurs les ont entassés, serrés comme des sardines, sur une petite embarcation dirigée vers les côtes italiennes. «On était tellement à l’étroit qu’on ne pouvait même pas bouger», a confié l’un d’eux à des secouristes très émus par ce drame immonde. Alors qu’ils approchaient finalement des côtes siciliennes, pas loin de l’île des Lapins, les migrants ont décidé d’alerter les autres bateaux, face à leur détresse, en brûlant une couverture. Mais l’essence répandue sur le pont a transformé l’embarcation en torche et les malheureux réfugiés n’ont eu que le temps de se jeter à l’eau, alors que la plupart d’entre eux ne savaient pas nager.

Repérés par un chalutier qui a donné l’alerte, seuls 151 naufragés ont eu la vie sauve grâce aux secours rapides qui se sont lancés à leur rescousse pour leur éviter le pire. Mais pour plusieurs autres dizaines, on parle de 300 personnes, environ, il était déjà trop tard. Une centaine de corps, surtout des femmes et des enfants, gisant à 40 m de profondeur, ont été localisés jeudi soir, par les plongeurs de la marine italienne. L’un des présumés passeurs, un Tunisien, reconnu par les migrants, a été arrêté par la police italienne.

La maire de l’île de Lampedusa, Giusi Nicolini, en larmes face aux journalistes, ne mâche pas ses mots : «C’est l’horreur continue.» Face aux dizaines de morts qui se multiplient au fur et à mesure que les vedettes des garde-côtes font l’aller-retour au port, elle laisse échapper : «Nous ne savons plus où entasser les corps.» Le souverain pontife a, lui aussi, des mots très durs pour décrire son sentiment face au drame poignant qui a frappé, une fois de plus, l’île de Lampedusa, qu’il avait visitée lors de son premier voyage en tant que nouveau pape.

«C’est une honte. De telles tragédies ne doivent pas se répéter.»Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a estimé que ce drame des migrants africains aux portes de l’Europe devrait «pousser à l’action». Pour sa part, le chef de l’Etat italien, Giorgio Napolitano, a appelé à une collaboration avec «les pays de provenance de ces flux de migrants demandeurs d’asile» afin d’instaurer «un contrôle permanent des côtes d’où partent ces voyages de désespoir et de mort»

Lundi passé, 13 autres réfugiés érythréens ont trouvé la mort, pas loin des plages de Raguse (sud de la Sicile), après que les passeurs les ont obligés, à coups de cravache, à se jeter à l’eau. Les 200 autres ont eu la vie sauve grâce aux secours. Un autre groupe de réfugiés, syriens, a touché terre, mercredi passé, sur les plages de Syracuse.
Nacéra Benali

Written by elharraga

5 octobre 2013 at 6:12