Harraga – Harragas

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

Archive for avril 2009

Émigration clandestine : Les harraga victimes d’un réseau international bien structuré

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Le phénomène de la harga par mer n’est qu’une partie de l’émigration clandestine. Il y a plusieurs manières de quitter clandestinement le pays. De nombreux subterfuges que des réseaux de passeurs très bien structurés ont inventé sont utilisés, mais les services de sécurité spécialisés, la police des frontières notamment, ont pu les découvrir.

C’est ce qu’il ressort d’une communication présentée, jeudi dernier, lors d’une rencontre sur le phénomène de la harga, organisée au musée du Moudjahid d’Oran par l’Ordre des avocats. Dans cette intervention, l’accent est mis sur ces réseaux qui représentent le maillon le plus important dans cette déferlante qui, au demeurant, est classée troisième dans le monde dans la classification de la grande délinquance après le trafic des armes et de la drogue. « C’est un marché porteur qui ne cesse de connaître une expansion inquiétante. Les réseaux qui l’animent sont très bien structurés avec des ramification internationales, agissant particulièrement dans les pays d’Afrique et actuellement en Afrique du Nord. » Pour étayer ses dires, le communicant a raconté l’histoire du propriétaire d’un « sardinier » qui a embarqué 360 personnes à raison de 10 000 DA chacun pour les emmener de l’autre côté de la Méditerranée. Cette traversée clandestine aurait pu rapporter au trafiquant 36 millions de dinars en l’espace de six heures, dira le communicant, soulignant que ces exemples sont légion et les astuces utilisées pour faire passer clandestinement les humains au-delà des frontières, terrestres ou maritimes, sont très variées, à l’image d’une fille trouvée allongée à l’intérieur d’un… tableau de bord d’un véhicule ; ou encore d’un jeune découvert moulé avec le siège avant d’une voiture légère. Ces deux jeunes, victimes, en fait, de la cupidité dévorante des réseaux internationaux de l’émigration clandestine, ne doivent leur salut qu’à la vigilance de la police des frontières qui a pu les débusquer de leur « cachette de la mort », sinon ils auraient péri au moins de deux à trois heures après leur enfouissement. Au cours des débats un ex-émigré clandestin algérien, revenu dans sa terre natale après un séjour qui n’a pas duré un mois en France, a énuméré les principales raisons qui l’ont poussé à fuir son pays. Il a déclaré qu’au moment où il voulait se faire délivrer sa carte nationale d’identité, on lui a signifié qu’il lui faudra deux personnes pour témoigner de sa véritable identité – il ne possédait pas d’extrait d’acte de naissance pour des raisons qu’il n’a pas voulu citer –, il leur a présenté ses deux frères qui le connaissent mieux que quiconque. Le préposé a refusé les deux témoins frères et lui a demandé de faire venir deux personnes étrangères à sa famille pour confirmer son identité ? La salle a éclaté de rire.

Par A. Belkedrouci

Written by elharraga

26 avril 2009 at 6:22

Affaire des 19 Harraga : Le procès ajourné au 10 mai

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Pour absence de 11 harraga sur les 19 appelés à comparaître hier en citation directe, le procureur près le tribunal de Annaba a ajourné le procès au 10 mai 2009.

Originaires de Annaba (9), Skikda (5), Alger (4) et un d’El Tarf, ils sont tous poursuivis pour tentative d’immigration clandestine. Une tentative qui avait échoué le 15 mars dernier, alors que ces 19 jeunes désœuvrés étaient à bord d’une embarcation de fortune, à 12 miles au nord de Cap Rosa (El Tarf) où ils ont été interceptés par les gardes-côtes d’El Kala (El Tarf) puis transférés à Annaba. Ils avaient embarqué à 4h du matin à partir de Sidi Salem (El Bouni), une plage déserte dans l’une des plus pauvres cités de Annaba à destination de Lampedusa (Italie).

Agés de 22 à 34 ans, ces jeunes avaient été ramenés, auditionnés et ont passé la nuit dans les locaux des gardes-côtes de Annaba. Contacté, Zaïdi Abdelaziz, chef de la station maritime principale des gardes-côtes de la wilaya de Annaba a confirmé le report du procès en soulignant : « Nos services suivent de près les procès des immigrants clandestins jusqu’à clôture de leur dossier. »

Par M. F. G.

Written by elharraga

20 avril 2009 at 6:20

La galère des harraga

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Le délit d’immigration clandestine, sévèrement sanctionné par les pays de la rive nord de la Méditerranée, a pour pendant symétrique le délit de « sortie irrégulière du territoire » que les pays de la rive sud répriment de leur côté depuis cinq ans environ.

Cette infraction récemment introduite dans l’arsenal répressif des pays du Maghreb est une innovation malheureuse et regrettable ; on ne lui connaît pas de précédent, sauf dans certains Etats autoritaires qui avaient fait de leur pays de véritables camps retranchés d’où nul ne pouvait sortir sans autorisation. Or l’histoire grimace parfois : les pays de l’Europe occidentale, après avoir bruyamment applaudi à la chute du mur de Berlin, ont construit face aux peuples du sud de la Méditerranée et seulement eux le « mur de Schengen », invisible – sauf du côté de Ceuta et Mellila, où il est en plus barbelé et électrifié – mais bien réel ! Et les autorités de ces pays du Sud ont dû, à leur corps défendant semble-t-il, prêter main forte pour rendre ce mur infranchissable : patrouilles, contrôles, interpellations et refoulements s’y pratiquent. Pour le reste, on s’en est remis à la Méditerranée, jadis « berceau des civilisations », et aujourd’hui lieu de mort, où périssent régulièrement des centaines de jeunes Africains, Algériens, Marocains, Tunisiens et autres « X », harraga non identifiés. Fin mars dernier, alors que le printemps renaissait, les médias du monde entier ont annoncé qu’une vingtaine de personnes se sont noyées et environ 300 avaient disparu en mer, entre la Libye et l’Italie. Comme d’habitude, peu de corps seront retrouvés et repêchés ; très peu seront « rapatriés » et quelques-uns incinérés. C’est ainsi que les choses se passent depuis au moins une décennie et même si les chiffres que les médias publient sont à quelques dizaines près contestables, ils n’en sont pas moins effrayants. Quant aux harraga survivants de la traversée, tout le monde sait qu’ils sont systématiquement traqués, arrêtés, expulsés ou jugés puis emprisonnés. Les rares rescapés de la noyade et des tribunaux n’en sont pas pour autant quittes : clandestins, ils sont condamnés à vivre avec la peur au ventre ; la police des étrangers est en permanence sur le qui-vive ; elle est à l’œuvre sans aucun état d’âme ; comme on dit : « La loi, c’est la loi ! »

On rappellera que c’est le Maroc qui, le premier, a créé par une loi du 11 novembre 2003, le délit de « sortie irrégulière du territoire ». La Tunisie a suivi en adoptant à son tour une loi du 03 février 2004 incriminant et sanctionnant cette même infraction que les Maghrébins appellent désormais la « harga ». L’Algérie a emboîté le pas récemment. Jusque-là, les harraga capturés ou repêchés en mer par nos gardes-côtes étaient poursuivis sur la base de certaines dispositions pénales du code maritime, interprétées par analogie et de manière extensive ; mais ce faisant, nos tribunaux méconnaissaient une règle essentielle du droit pénal, celle de l’interprétation « stricte » ou « restrictive » des lois de fond. Cette règle est le corollaire du principe de la légalité de la répression, lequel principe est inscrit, il n’est pas inutile de le rappeler dans la Constitution. Une telle « jurisprudence » ne pouvait longtemps tenir la route, d’où, paraît-il, l’adoption d’une loi « ad hoc »… Or, en droit, on n’incrimine et réprime un comportement que quand il nuit et porte préjudice à autrui ou procure à celui qui l’a commis un profit illicite, porte atteinte à l’ordre public, viole un droit ou une liberté, est dangereux pour autrui ou quand l’acte commis est anti-social… D’où cette série de questions que se pose tout le monde à propos de ces lois adoptées : en quoi le fait pour un individu d’aller à l’étranger nuit à ses compatriotes ? En quoi le profit tiré par le harraga qui réussit son coup serait-il illicite ou immoral ? A quel ordre public porte-t-il atteinte et de quel ordre public parle-t-on ? Quel droit et quelle liberté viole-t-il ? Pour qui et pourquoi est-il dangereux ? Depuis quand serait-il antisocial pour un Maghrébin d’aller chercher du travail là où il a des chances d’en trouver ? Y a-t-il une intention criminelle et laquelle ? Comment justifier une condamnation à une amende qui peut atteindre, croit-on savoir, 60 000 DA quand le condamné, n’ayant plus rien pour subvenir à ses besoins et à ceux des siens, cherche à cause de cela précisément à quitter son pays ? On ne sait rien des « exposés des motifs » accompagnant ces nouvelles lois. On ne se hasardera pas à conjecturer sur les raisons qui poussent les gens à se faire harraga. Chômage, crise du logement, malvie, esprit d’aventure, panurgisme ? On comprend bien que la liste est longue. On observera simplement qu’en Europe, on n’ergote pas, on classe l’« immigration » en deux grands groupes : d’une part, l’immigration « économique » et, d’autre part, « les demandeurs d’asile ». C’est clair, net et précis. En conséquence, ils ont renforcé la police des étrangers, durci la législation, créé des centres de rétention, curieux euphémisme et instruit les parquets, les juges et les fonctionnaires qui distribuent mandats de dépôt, condamnations et expulsions.

L’émigration clandestine, qui bien évidemment a pris des proportions inquiétantes, mériterait qu’on lui consacre quelques travaux d’étude et de recherche, privilégiant une approche plus « humaniste, sociale, économique et culturelle ». Il est clair que ce phénomène est lié à la situation économique, sociale, culturelle et, de manière plus générale, à une perte des valeurs, à une absence de repères, à un manque de confiance en soi et envers les autres, au désarroi devant les difficultés persistantes de la vie et à un sentiment d’inquiétude au regard de l’avenir. Ce phénomène, qu’on le qualifie de délinquance ou non, n’est pas sans cause. C’est cette réalité qu’il faut saisir et c’est sa cause ou ses causes qu’il faut traiter. Le seul traitement pénal de ce phénomène n’aura pas plus d’effet qu’un sparadrap sur une hémorragie artérielle ou un cautère sur une jambe de bois. Plus grave encore, il oblige l’institution judiciaire à jouer un rôle qui, moralement et logiquement, n’est pas le sien. D’où, au demeurant, le malaise très perceptible chez les autorités quand elles tentent de justifier et d’expliquer à l’opinion publique le sens et la portée de la loi pénale adoptée pour réprimer les harraga qui veulent tenter leur chance ailleurs. Les condamnations prononcées dans ces affaires par nos tribunaux n’ont pas le même sens pour lesdites autorités, pour les juges qui les prononcent, pour les condamnés qui les subissent et pour le public. Le juge « obéit » à la loi, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Le condamné se sait innocent et s’il est condamné, c’est « la faute à pas de chance » ! Et le public en a bien sûr une autre perception peu valorisante, tant pour le législateur que pour le juge ! C’est qu’en effet la loi n’est vraiment loi que si elle est conforme au droit, il ne faut jamais l’oublier. Il ne suffit pas en effet qu’un texte soit voté par le Parlement pour être une « loi », il faut encore que ce texte soit conforme aux principes fondamentaux du droit. Et que dire de ces fetwas qui auraient assimilé les harraga à des suicidaires ? Ira-t-on jusqu’à priver les noyés de la prière des morts et de sépultures dignes de ce nom ? Selon cette logique, les harraga survivants seraient envoyés par les juges en prison et les harraga noyés destinés par les imams à l’enfer. Quelle étrange répartition des rôles et c’est vraiment triste d’en arriver là ! Mais l’histoire de l’humanité est pleine de cas où la répression, même faite dans les formes légales les plus strictes, n’est en vérité qu’une façon d’escamoter les vrais problèmes et d’occulter les enjeux.

Par Zineddine Sekfali

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15 avril 2009 at 6:18

Harraga « s » Ces éternels incompris

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La question des harraga « s », qui tranche ces « vingt dernières années algériennes » comme d’un trait de feu, est beaucoup plus qu’une « crise de jeunesse ». Les années quatre-vingt-dix en Algérie ont été un immense gâchis, pourrait-on dire, des ressources matérielles, humaines et surtout idéalistes, aboutissant à « une lassitude nationale » presque généralisée.

Mais avant que ce « phénomène de harga » ne prenne de l’ampleur, une progressive, mais profonde dégradation des valeurs de notre personnalité a résulté des politiques chaotiques suivies par nos hauts dirigeants depuis 1962. Dans son excellente étude Harraga (s), ces éternels incompris (1), Sleminia Ben Daoud(2) revient aux sources les plus lointaines et analyse « les causes » les plus dévastatrices de ce « mal algérien ». A cause des projets politiques, économiques et sociaux cultures tâtonnants, les souvenirs mythiques, ceux du passé révolutionnaire par exemple, sont devenus des formules creuses. Aujourd’hui, notre jeunesse a un « ras-le-bol généralisé » de la mauvaise gouvernance allant crescendo. Ajoutez à cela « l’éclatement de la cellule familiale », le bouillonnement d’une société qui « a perdu ses idéaux » et une jeunesse — 65% de la population du pays — qui voit « ce qui se passe ailleurs ».

Sleminia Ben Daoud remarque — pertinemment — que « l’idéal religieux », lui-même, à force d’être galvaudé par « les interventions de l’Etat », est devenu creux. Une véritable « perte de boussole » pour nos jeunes. La « ruine est immense ». Chômage rampant, corruption « sans punition », intérêt général galvaudé, civisme perdu, justice partiale, égoïsmes à tous les niveaux (y compris dans la cellule familiale) etc, ont amené nos jeunes aux « modes d’emploi » les plus périlleux. L’auteur de Harraga (s), ces éternels incompris nous dit que « faire l’état des lieux n’est pas si facile… dans la mesure où le phénomène de la ‘’harga’’ n’est pas aussi simple qu’on le croit ».

La fuite en avant des pouvoirs publics laisse dans son sillage des destructions massives et mémorables qui conditionnent cet état psychologique de notre jeunesse. Une véritable « honte pour un pays qui croule sous le poids des pétrodollars », comme nous dit Sleminia Ben Daoud. L’auteur tente, à la fin, de nous donner des solutions, mais « le miracle » est presque… irréalisable : la refonte totale de la société algérienne. Cela exige une grande transparence dans la gestion économique, une industrialisation prospère, une agriculture productive, des actions culturelles intenses et soutenues… quoi ? Une bonne gouvernance et un bon projet de société qui « pousseront » l’Algérie, le plus tôt possible, vers un développement durable. Harraga (s), ces éternels incompris est un ouvrage à lire et à méditer.

(1) Editions El Maârifa, 144 p., Alger 2009 (2) Né à Aïn Defla en 1954, cadre gestionnaire dans plusieurs sociétés nationales, S. B. Daoud est licencié en sociologie de l’université d’Alger.

Par Djilali Khellas

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9 avril 2009 at 3:53

Les harraga enfin entendus ?

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Il y a d’abord l’appel de Louisa Hanoune, candidate du Parti des travailleurs, adressé aux jeunes de Médéa : « Assez ! C’est votre pays, vos richesses, votre argent qu’il faut protéger.

Restez-y et défendez les pour concrétiser le changement. » Ensuite, c’est Fawzi Rebaïne, candidat du parti Ahd 54, qui tente de remonter le moral aux jeunes de Skikda : « Il ne faut pas désespérer. » Djahid Younsi, candidat d’El Islah, a dénoncé l’incrimination des jeunes harraga. « Ces jeunes qui s’aventurent en mer en quête d’une situation meilleure sont victimes de pratiques et de politiques infructueuses, dont les responsables doivent rendre des comptes au lieu d’incriminer ces jeunes et de les jeter en prison », a-t-il dit à Bordj Bou Arréridj. Moussa Touati, candidat du Front national algérien, n’est pas loin. A Blida, il a promis de créer des emplois permanents pour les jeunes. « 3000 DA par mois n’est pas un salaire ni un emploi », a-t-il dénoncé. Mohamed Saïd est sur la même ligne : « Mon message est de dire aux jeunes que le changement est possible, que nous refusons la situation actuelle du pays », a-t-il annoncé à Tizi Ouzou. A Annaba, Moussa Touati s’est interrogé : « Est-ce que l’Algérie est devenue incapable de constituer une patrie pour ses enfants ? » Annaba comme Aïn Témouchent et Mostaganem sont des « bases » de départ des jeunes harraga. Djahid Younsi a pleuré lorsqu’il a évoqué le cas de centaines de cadavres de harraga conservés dans des morgues en Espagne et en Italie. Il a dénoncé le fait que l’Etat algérien ne fait rien pour les récupérer ou au moins informer les familles.

Et Bouteflika alors ? Pas un mot sur les harraga. A Béchar, il a eu cet appel : « Le moment est venu pour que les jeunes prennent le relais. » Oui, mais comment ? Le renouvellement des élites ne fait pas encore débat national. Et la génération qui gouverne est la même depuis cinquante ans ! En termes soignés Rebaïne et Younsi ont rappelé Bouteflika qu’en la matière, il devrait joindre l’acte à la parole ! Dans son programme électoral du président sortant, il y a cette ligne presque orpheline : « Je resterai attaché à la prise en charge des attentes de la jeunesse. » Louisa Hanoune propose de faire baisser l’âge de vote à 16 ans, Djahid Younsi et Moussa Touati suggèrent de réduire le service militaire à six mois, au lieu des 18 mois actuels. L’appel des harraga a-t-il enfin été entendu ? A première vue oui. Tout le monde, mis à part Bouteflika, insiste sur « la rupture », « le changement » et « la faillite des dirigeants actuels ». Exemple : Mohamed Saïd promet, s’il est élu, « d’écouter le peuple et de l’impliquer dans les prises de décision ». Reste que les 21-40 ans est, selon les chiffres officiels, la tranche la plus importante du corps électoral, avec 46%, soit plus de 9,5 millions d’électeurs. L’intérêt pour les jeunes se comprend donc. Théoriquement, si les jeunes n’iront pas voter massivement le 9 avril, aucun candidat ne peut prétendre à la magistrature suprême…

Par Fayçal Métaoui

Written by elharraga

3 avril 2009 at 3:51