Harraga – Harragas

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

Tout cerveau qui s’exile est un assassinat : Lettre ouverte de Yasmina Khadra à M. Belkhadem

with 4 comments

par Yasmina Khadra

Il existe un miracle en chaque chose, M. Belkhadem. Le miracle de réussir là où d’autres ont échoué. Le miracle de démissionner quand on ne peut plus rien donner… Voyez-vous ? Il suffit de le vouloir.

Vos propos concernant les harraga, ce nouveau fléau qui dépeuple nos rues, nos chantiers, nos stades, notre jeunesse, sont irrecevables. Un responsable politique a des obligations et des problèmes à résoudre. Il a aussi le droit de rendre le tablier s’il a conscience de son inutilité. L’Algérie n’est pas un fief de rentiers, encore moins une sinécure. Elle est une Nation, un Peuple, un Destin, et exige un maximum d’engagement et d’abnégation. Il s’agit de la servir, et non de l’asservir. Il s’agit d’efficacité et non de privilèges. Il s’agit de sacrifices quotidiens, de transcendance permanente et de concertations tous azimuts, car il arrive parfois aux divergences de nous éveiller à nos erreurs et à l’apport inestimable des opposants. Un discours n’est solvable que lorsque ses répercussions sur le terrain sont payantes. Il ne suffit pas d’occuper une tribune pour dominer son monde, encore faut-il le convaincre, parvenir à lui mettre la main à la pâte et le mener au bout de l’ensemble des défis que l’on est supposé relever.

Or, le constat est désespérant. Comment peut-on sévir contre une jeunesse effroyablement désenchantée alors qu’il est question de la sauver de l’ennui en train de la chosifier ? Comment ose-t-on jeter en prison de jeunes gens qui ont choisi de risquer leur vie au large de la mer plutôt que de continuer de moisir au pied des murs défigurés ou à l’ombre des cafés sinistrés ? Depuis quand les geôles sont-elles des cures thérapeutiques, un antidote, une panacée ? Incarcérer les Harraga est un non-sens, une absurdité, un traitement contre-nature.

Cela dénote de l’inaptitude de nos responsables à s’assumer, préférant faire porter le chapeau à ceux-là mêmes qui ploient sous d’intenables carcans – Il n’est pire cruauté que de faire, des souffre-douleur, des boucs émissaires !…

L’Algérie est un paradis, M. Belkhadem ; un paradis dont les rêves sont ailleurs ; ce qui pousse des milliers d’adolescents à sauter dans des embarcations de fortune pour aller à leur recherche parmi les naufrages mortels et les insolations irréversibles. Aucune nation ne peut avancer sans mythes et aucune jeunesse ne peut forcir sans idoles. Qu’avons-nous fait de nos mythes et que sont devenues nos idoles dans cette quête névrotique de l’enrichissement suspect qui a fait de nos maires, de nos walis, de nos députés, de nos sénateurs, enfin de l’ensemble de nos faiseurs de société des faiseurs de désillusions ?… Le miracle existe, M. Belkhadem. Il suffit d’y croire. Or, il nous semble que nous avons perdu la foi en toute chose dans ce pays où la lucidité, le souci des autres et la conscience citoyenne se sont mus en slogans blancs. Notre jeunesse ne demande pas ; elle exige de nous que l’on assainisse ses lendemains en lui proposant des projets concrets, un devenir fiable, des repères probants, bref une vraie feuille de route reposant sur un programme clair et réalisable. Elle ne demande pas la lune, mais une place précise dans sa patrie, et un rôle à même de l’enthousiasmer et de la mobiliser autour d’une ambition légitime. Elle réclame du travail, des débouchés, une formation adéquate, du respect surtout, et la confiance sans laquelle aucune mission n’est envisageable. Son problème, qui semble échapper à nos responsables, est simple : elle veut vivre décemment, dans son pays ; elle veut retrousser ses manches et contribuer à l’aboutissement d’un idéal sain et ragaillardissant. C’est parce qu’elle ne sait plus où donner la tête qu’elle confie, chaque soir à l’heure où la mer s’apaise, son destin à une boussole pipée ou un passeur suicidaire… Notre jeunesse souffre, M. Bekhadem. Elle a épuisé toute sa patience, toutes ses prières et tous ses ras-le-bol.

Elle est laminée, lessivée, dévitalisée et n’éprouve plus le besoin de survivre à son désarroi grandissant. Et si elle ne fait plus confiance à vos promesses, c’est parce que vous ne les avez jamais tenues.

C’est parce qu’elle refuse de céder à la violence, parce que les maquis intégristes ne constituent plus un territoire raisonnable des revendications élémentaires, qu’elle préfère offrir ses ultimes espérances aux poissons et à la furie des flots. Aussi est-il urgent d’arrêter de la considérer comme une tare sociale ou une tracasserie politique et de se rendre compte combien son désespoir nous renvoie à nos incompétences et notre culpabilité. Tout Algérien qui meurt de malvie est un crime ; tout cerveau qui s’exile est un assassinat ; tout espoir qui s’éteint est une trahison et tout aveu d’impuissance de la part d’un décideur est une catastrophe. Alors, lequel des miracles choisir : celui de la rédemption ou bien celui de la démission.

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Written by elharraga

19 janvier 2009 à 7:18

4 Réponses

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  1. bravo, juste et pértinente cette lettre fera surement palir le ministre en question.
    mais je doute que cela suffise a se qu’il reconsidère le cas des harraga.

    mehdi

    20 janvier 2009 at 7:32

  2. merci bcp voila tu nous representes comme les jeunes de ce pays nous sommes entérés a jamais mais quand méme il faut pas decourager il faut tenir ca viendra peut etre un jour

    hicham

    21 janvier 2009 at 12:05

  3. je cherche mon fils disparu depuis septembre 2007 ; je raconte son histoire sur youtube , mon pseudo est : mnanor ; ou mnanauk qui raconte l’histoire d’uin harrag brahim raconytée par son père en 4 videos ; mon tel mob : 00231 772 456 749 ; adresse : 33 lots 96 belgaid canaste oran algerie ! une rumeur dit qu’il est detenu avec 4 de ses copains , cette info a ete diffusee par un senateur ! aidez moi merci

    barti madani

    20 novembre 2009 at 10:16

    • و الله بارك الله فيك يا اخت العزيزة هدا كلام ولا خلي و ربي اكثر من مثالك
      انا الام التي ل تكف عن البكاء لاجل ولدها مسجون في السجون السرية التونسية على السبب حرقة.و الحكومة الجزائرية لن تريد اتدخل
      لمعرفة مصير ابنائهاMm Chemami Nadia

      chemami

      8 octobre 2013 at 4:57


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