Harraga – Harragas

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

Archive for mai 2008

Galère d’un harrag en Espagne

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Et si une autre occasion de «Harga» se présentait à toi, tenterais-tu une nouvelle fois l’aventure ? : «Jamais plus, pour tout l’or du monde je ne quitterais ma belle Zouanif».

Entretien réalisé par Mohamed Bensafi

L’on comprend aisément la réponse de Mehdi, l’homme qui a, à deux reprises, traversé clandestinement la Méditerranée à la découverte, de ce qu’il appelait, à l’instar de beaucoup de jeunes, l’Eldorado espagnol. Ce fut, à l’évidence, l’enfer au bout du rêve. Notre homme s’appelle Bachir-Bendaoud Mehdi. Il est âgé aujourd’hui de 31 ans et habite la localité de Zouanif, dans la commune de Oulhaça, une région à vocation agricole dans la wilaya de Aïn Témouchent. Il est le troisième des quatre garçons de la famille qui compte aussi deux filles. Ses frères, comme le père, travaillent la terre. Mehdi, lui, l’a abandonnée pour le souk de Béni-Saf. Mais, et sans avertir personne, il a pris, par deux fois, la mer en direction de l’autre rive. Une première fois en 2006, et la seconde, en 2007. Mehdi vient, depuis à peine quelques jours, de retrouver les siens après un séjour de plusieurs mois passés de l’autre côté de la Méditerranée. Deux cents jours, exactement, vécus dans l’exil et la souffrance, une amère aventure qu’il n’est pas prêt d’oublier. Pendant tout ce temps, il a tourné en rond dans un pays où il n’avait aucune chance de réussir. Son visage, basané, est toujours marqué par les longues et dures journées de travail dans les champs et le soleil. Quand il s’exprime, il semble, par moments, manquer de lucidité, séquelle d’un échec consommé. Le retour au bled, il ne l’a pas fait de son propre gré. Il a été arrêté par la police espagnole, alors qu’il avait quitté, l’espace d’une demi-journée, le bourg où il vivait, pour aller rendre visite à un ami à Murcia. Il sera conduit au centre de regroupement des clandestins de la ville où il séjournera pendant 12 jours avant d’être embarqué, à Alicante, à bord d’un bateau pour Alger. Ce voyage, il l’a fait deux fois en quinze mois. Du dernier, il garde toujours une image, celle de la baie d’Alger. « Sur le pont, alors que le bateau s’approchait, mes larmes ont commencé à couler sur mes joues ». Il n’avait annoncé son retour à personne. Le 12 mai 2008, vers 11h, il frappe à la porte de la maison familiale. Sa mère, qui lui ouvrit, lança des youyou libérant ainsi sa tristesse. Mehdi lui embrassa le front et lui jura de ne plus jamais recommencer. Come-back sur cette double Harga.

Le Quotidien d’Oran.: Raconte-nous tes tentatives pour rejoindre l’autre rive.

Mehdi.: « La première harga, c’était le 13 octobre 2006. On était à six, 04 jeunes de Zouanif et 02 autres de Tadmaït, un douar non loin de chez moi. On était resté deux nuits, sur les rochers, à attendre que la mer se calme, avant de prendre le large, en pleine nuit, près de Rachgoun. On a ‘compté sur l’aide d’Allah, et on a pris le départ vers le nord aux environs de 20h, à bord d’un pneumatique équipé d’un moteur 25cv, acheté auprès d’un particulier. Ce voyage a duré près de 22 heures. Mais à peine arrivés près de la côte d’Almeria, que nous fûmes interceptés par la marine espagnole qui nous a remis à la Croix-Rouge espagnole de la région, qui nous a pris en charge. Ces gens aimables nous ont donné des habits, des repas chauds et nous ont fait examiner par un médecin. Ensuite, nous avons été placés dans un centre de regroupement pour clandestins, à Algesiras, ville située au sud de l’Espagne et donnant sur le détroit de Gibraltar. Nous y sommes restés 27 jours avant d’être conduits au consulat d’Algérie à Alicante, 400 km au nord, soit presque 08 heures de route par autocar. Nous avons été alors entendus par un membre de la chancellerie. A l’issue de cette audience, cinq, dont moi-même, furent priés de prendre le bateau du retour. Le sixième, un Tadmaïti, a eu la chance et a vu son séjour prolongé. De retour au pays, vers la mi-novembre, j’ai repris mes activités au niveau du marché couvert de Béni-saf, dans le commerce informel. J’achète et je revends des fruits et des légumes. Vint l’été 2007, et alors que je me trouvais, un vendredi après-midi, sur la plage de Rachgoun, je fis la connaissance de 02 jeunes de Boukadir, ville située dans la wilaya de Chlef. Ils étaient venus en vacances et sont rentrés chez eux quelques jours après. Ils m’appelaient de temps à autre au téléphone, histoire d’avoir de mes nouvelles. Puis un jour, ils me proposèrent une harga. Le projet aussitôt ficelé, ils sont venus en compagnie de 03 autres boukadiris et 02 Algérois. Un autre jeune de Aougbellil (5 km au sud de Aïn Témouchent), que je connaissais, compléta la liste. A neuf, nous avons cotisés 37 millions pour acquérir un Zodiac équipé d’un moteur 25 cv. Le départ de cette seconde harga a eu lieu le 12 novembre 2007, à 06h du matin, toujours du côté de Rachgoun. C’est encore moi qui était au timon. A l’aide d’une boussole, posée dans un seau rempli de sable, je m’orientais suivant des coordonnées que je connaissais.

Q.O.: Lesquelles ?

Mehdi.: Avec un sourire, il me répond, c’est…, mais ne l’écris pas. L’arrivée sur la côte d’Almeria était aux environs de 02h du matin, soit après 20 heures de navigation. Mais rebelote, la marine espagnole mit main sur nous et même refrain. Remise à la Croix-Rouge espagnole (habit, bouffe, médecin,…) puis direction le centre d’Algesiras où nous resterons 37 jours.

Q.O.: Et que faisiez-vous durant ce temps ?

Mehdi.: Pratiquement, rien. Le matin, après le petit déjeuner, nous sommes dans une grande cour jusqu’à midi. Déjeuner, sieste jusqu’à 16 heures puis retour à la cour jusqu’à 20 heures. Ensuite, dîner puis télé et nous nous couchions. Les autres distractions, les jeux de cartes ou le foot sans jamais pouvoir quitter les lieux qui sont d’ailleurs surveillés par des policiers. Puis, avant que la Croix-Rouge vienne nous récupérer, on nous a remis un récépissé, une sorte d’autorisation de séjour provisoire. Nous fumes placés dans un hôtel, nourris et logés, pendant 15 jours avec en plus un pécule de 30 euros, aux frais de la Croix-Rouge. Mais avant de quitter l’hôtel, il fallait obligatoirement fournir l’adresse d’un proche qui pouvait vous accueillir et nous prendre en charge. C’est encore la Croix-Rouge qui payait le billet de voyage. Moi, j’avais un ami, Boucif un gars de chez nous, qui habitait du côté de Murcia. Après confirmation auprès de ce dernier, j’ai pris le car pour le rejoindre. Je suis resté chez lui une semaine avant de décider de rejoindre un cousin en France, à Chaumont. J’ai pris le train via Valence, Saint Sébastien, Andorre, avant de me retrouver de l’autre côté de la frontière espagnole. Ensuite j’ai voyagé jusqu’à Paris puis Chaumont. Je suis resté environ un mois sans jamais trouver du travail, chose très difficile en France pour un sans-papier. Et sur conseil de ce cousin, je suis retourné en Espagne, dans cette même région de Murcia, plus exactement dans la localité de Alkhora (entre Murcia et Cartagena). Là, la seule possibilité de trouver du boulot, c’était dans les champs. Et comme j’avais toujours sur moi le fameux «breva», cette sorte d’autorisation de séjour provisoire, délivrée par les autorités espagnoles lors de mon séjour au centre, je pouvais trouver du travail. Mais seulement dans les champs des particuliers qui embauchaient pour de petites durées. Ils proposaient surtout des tâches pénibles qui ne trouvaient pas preneurs parmi la main-d’œuvre locale.

Q.O.: Raconte-nous les conditions dans lesquelles tu as travaillé.

Mehdi.: « J’ai coupé des choux-fleurs, ramassé de la pomme de terre… enfin un peu de tout, mais sans décrocher un emploi stable. J’étais, à l’instar de tous les autres clandestins, payé à 5 euros l’heure. Je travaillais souvent une semaine sur deux, voire trois, à raison de 6 à 8 heures par jour. Un maigre salaire qui ne pouvait pas subvenir à mes besoins. Une vraie misère car on devait payer le loyer et la nourriture. A six, 04 Algériens (01 Témouchentois, 1 Boumerdesis, 01 Oranais et moi-même) et 02 Marocains (Béni-Mellalois et Casablancais), on louait une maison, un F3, à 470 euros le mois. Il fallait aussi payer un peu comme 25 euros, les autres charges (eau et électricité). On faisait nous mêmes la cuisine. L’entente et la solidarité entre nous étaient excellentes. On s’entraidait, c’est pour cela qu’on a pu tenir. Ceux qui travaillaient invitaient ceux qui étaient au chômage. Cela a duré durant tout notre séjour ensemble.

Q.O.: Et les voisins, comment se comportaient-ils à votre égard ?

Mehdi.: Totalement indifférents. Là-bas, comme dit l’adage «chacun pour soi». N’attendez pas de l’épicier du coin qu’il vous fasse crédit pour l’achat de provisions. Là-bas, il y a de pauvres gens, des jeunes Algériens bien sûr, qui souffrent le martyre. Ils vivent dans la misère et dans l’indifférence totale. Certains passent leurs nuits sous les ponts, d’autres dans des baraques de fortune, parfois au milieu de la forêt. Ils ne mangent pas à leur faim. Pour survivre à cet enfer, ils sont obligés de se cacher la journée et de ne sortir que la nuit pour faire dans le vol à la tire, vente de la drogue… Là ils sont utilisés, pour quatre sous, par des dealers. Souvent, ils sont arrêtés, et c’est la prison.

Q.O.: Y a-t-il des morts parmi ces jeunes ?

Mehdi.: Beaucoup même. En décembre 2007, quand j’étais au centre d’Algesiras, j’ai entendu parler de 160 cadavres déposés dans les morgues de la ville de Valence. Les cadavres non identifiés, et bien sûr non réclamés par des familles, ne sont pas enterrés. Ils sont, après un certain temps, incinérés, c’est-à-dire brûlés. Là bas, c’est comme ça. Par contre, pour les cadavres réclamés, leurs proches doivent payer 6.000 euros pour le rapatriement.

Q.O.: Vous étiez nombreux au niveau du centre ?

Mehdi.: En 2006, à Algesiras, le numéro d’immatriculation, qui m’était affecté, était le 9.691. Et en 2007, c’était le 221ème. Là, on nous avait dit que l’Etat algérien avait payé le rapatriement de beaucoup de nos concitoyens. Mais, il y a des Subsahariens, des Sud-américains, des Maghrébins… Les jeunes qui sont là bas sont dans l’incertitude et totalement égarés. Ils ne savent plus quoi et comment faire, rester ou revenir ? Il y a aussi l’angoisse de revenir les poches vides. Et même ceux qui se décident n’ont pas d’argent pour s’acheter le billet du retour.

Q.O.: Le retour est possible ?

Mehdi.: Bien sûr, il suffit de présenter un passeport et acheter un billet. A défaut de passeport, vous pouvez toujours vous présenter au consulat d’Algérie avec le récépissé qu’on vous délivre et là, après certaines formalités, vous pouvez acheter aussi un billet de bateau. Généralement, les jeunes passent de l’autre côté sans papiers, mais une fois là-bas, leurs familles les leur font suivre.

Q.O.: Aujourd’hui, c’est possible de prolonger son séjour en Espagne, et de devenir plus tard un résident à part entière ?

Mehdi.: Franchement, c’est une chose très difficile voire impossible. Car il faut réunir tout un «sac» de paperasse. Il faut d’abord avoir un passeport en bonne et due forme, ensuite une carte d’adhérent à l’association des Algériens à Murcie (l’adhésion coûte 88 euros), un «breva», une sorte de carte de séjour provisoire d’au moins 03 mois, un certificat médical attestant avoir passé tous les tests médicaux et encore posséder un compte bancaire. Avec tout ce dossier, tu dois encore fournir, à ta 3ème année de séjour, la carte de résidence, pièce souvent achetée à raison de 1.500 euros. Il faut aussi que, pendant tout ce temps, tu échappes aux contrôles et aux descentes de police, et surtout supporter la pénible vie quotidienne des sans-papiers. Là-bas si on ferme l’oeil sur les immigrants clandestins, c’est pour qu’ils aillent travailler dans l’agriculture. Et là, ils se font exploiter pour quatre sous par des propriétaires terriens. Mais toujours à condition de ne pas se faire attraper par la police. Et pour y réussir, les clandestins restent éloignés des grandes villes et travailler dans les champs. C’est ce que j’ai fait avec des Roumains, Equatoriens, Boliviens, Subsahariens et bien d’autres. Quand j’étais à Murcie, poursuit-il, j’ai entendu plusieurs fois à la Radio algérienne, à la chaîne Une, une émission intitulée « El-Bahja et la voix des harraga » ou quelque chose comme ça, qui passait, le dimanche à partir de minuit. On donne la parole à des jeunes harraga qui racontent leurs expériences à l’antenne et conseillent aux autres de faire un autre choix, c’est-à-dire de rester dans leur pays.

Q.O.: Comment ça se passe en mer ?

Mehdi.: Le plus dur dans la traversée ce n’est pas seulement d’affronter la mort, mais c’est surtout d’affronter la peur. J’ai vu des harraga pleurer comme des enfants en mer, appeler leur mère, supplier pour faire demi-tour. Moi-aussi, j’ai eu terriblement peur, surtout durant la seconde traversée. Quand la côte algérienne s’efface derrière vous, c’est l’infini. Il y a le ciel et la mer, et c’est-là que commence le vrai cauchemar qui semble durer une éternité. Prier à haute voix, fermer les yeux, se boucher les oreilles…, tous ces gestes, le harrag les répète des dizaines de fois durant la traversée. L’autre moment impitoyable, c’est le large. La barque avance au même rythme, mais tu ignore est-ce que tu es loin de la côte ou tout près. Tu te dis en fonction du temps que tu as passé en mer, que tu as parcouru le tiers du trajet. Mais peut-être pas. Au large, les poissons sont tellement grands et l’eau claire que vous avez l’impression que vous regardez à travers une vitrine ce qu’il y a en dessous. Nous avons rencontré des tortues incroyablement géantes, de grosses poulpes, des baleines de la taille d’un chalutier… qui passent à quelques mètres de vous.

Le téléphone de Mehdi sonne. Il décroche : « J’arrive, l’ami, tu ne peux pas attendre un moment ? ».

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Written by elharraga

27 mai 2008 at 9:26

Du sport pour conjurer la «hedda»

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Louable initiative que celle prise par le comité de quartier de la cité des «282» logements de la ville de Tiaret qui organise, jeudi, un tournoi de football en hommage aux onze harraga morts en mer en mars dernier alors qu’ils voulaient gagner les côtes espagnoles. En effet, pour éloigner les jeunes désoeuvrés des chants des sirènes de la «hedda» en se tournant vers des horizons plus sereins, les organisateurs du tournoi ont programmé plusieurs rencontres de football au niveau de la salle omnisports «Belarbi Abdellah». La finale est prévue dans l’après-midi de jeudi et une récompense sera offerte au vainqueur du tournoi.

Written by elharraga

22 mai 2008 at 11:58

Deux jeunes harraga inhumés

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par H. B.

Les deux jeunes harraga ont été inhumés avant-hier au cimetière de la ville de Mostaganem. Il s’agit de S.M., âgé de 22 ans, étudiant universitaire, et B.A., âgé de 23 ans. Selon des sources, ces deux victimes ont débarqué clandestinement à partir des plages du Dahra Est vers la péninsule Ibérique, la semaine écoulée, avec un autre groupe de candidats au suicide de la région de Mostaganem. Ils furent repêchés par les gardes-côtes au large de Cherchell, précise-t-on.

Written by elharraga

22 mai 2008 at 11:51

Le colonel Boudaoud était-il un harrag ?

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par Amara Khaldi

D’aucuns continuent de creuser dans tous les recoins pour retrouver les vestiges du paradis dans lequel ils pensent que nos ancêtres ont vécu sous le colonialisme, idée qui a peut-être inspiré la loi sur ses supposées hautes oeuvres civilisatrices.

Cependant, la moindre des évocations d’un lieu, d’un personnage ou d’une date, ramène avec la même obstination à la surface le hideux visage du deuxième collège où ils étaient confinés quels que soient les services rendus, ou même les sacrifices consentis dans des guerres qui ne les concernaient nullement.

L’étrange prospérité qu’ils voudraient nous faire accroire et sur laquelle ils ne cessent de fantasmer n’a jamais existé. Il n’y avait que des colons qui exploitaient les richesses de ce pays en édifiant des ouvrages à leurs dimensions, destinés à leur propre confort, et des indigènes qui trimaient du lever au coucher du soleil, sans jamais se défaire d’une faim qui ne les a quittés que grâce à Novembre 54. A part quelques plaines, propriétés de gros colons, dont la production était tournée vers les besoins de la métropole, le reste du territoire formait la réserve de chasse pour l’Administrateur de sinistre mémoire et ses laudateurs. Les quelques rares familles qui vivaient dans une relative aisance n’étaient que l’arbre qui cachait la forêt. Pour le reste de la population et à moins d’avoir été un larbin de service se contentant des reliefs de ses maîtres, prétendre le contraire relève d’une coupable amnésie.

On ne peut toutefois occulter les quelques relations humaines qui se sont établies individuellement, à titre privé surtout, avec certains enseignants recrutés pour la plupart en métropole. Leur présence a véhiculé de belles valeurs humaines et a marqué des générations entières. D’ailleurs, ils n’étaient pas en odeur de sainteté avec les pieds-noirs, qui ne pouvaient tolérer leur fréquentation des autochtones.

Les autres aspects de cette ère sont bien définis par un certain colonel de l’Armée française… Malgré les qualités exceptionnelles qui lui ont permis d’atteindre ce grade et les nombreuses distinctions arrachées de haute lutte sur les multiples champs de bataille, on ne s’est pas empêché de lui rappeler, à la moindre occasion, l’infâme statut de paria qui lui colle à la peau et surtout qu’ « Un Arabe reste quand même un arabe dut-il être le colonel Boudaoud ! ». Les sceptiques pourraient toujours essayer de nous expliquer pourquoi l’ancien combattant originaire des ex-colonies touche une pension honteusement dérisoire comparée à celle de son homologue de la métropole.

Dans l’héritage qui nous a été légué après leur départ, on trouve l’insidieux complexe du colonisé façonné par plus d’un siècle d’humiliation et de conditionnement : il se formalise verbalement par l’expression « c’est un travail arabe ! » pour tout travail bâclé, et se manifeste généralement par le dénigrement systématique de toute idée ou initiative indépendante de leur volonté. Un étrange postulat fait que tout Algérien qui sort un peu de l’anonymat devient douteux. Analysée à travers ces préjugés, notre société ne pouvait enfanter aucun responsable digne de ce nom.

Il suffit pourtant de se libérer de ces oeillères et regarder sereinement de l’autre côté de la barrière psychologique qui déforme la représentation de l’autre, pour s’apercevoir que nos cadres ne sont pas tellement différents de nous ni moins méritants que ceux des autres nations, pour peu qu’on les mette en confiance.

Quelques décades plus tard, cette suspicion à la limite de la névrose, au lieu de s’être estompée avec le temps, semble paradoxalement survivre encore et se transmettre parmi des générations qui n’ont pourtant jamais connu cette sombre période.

Disséminés dans le corps de la société et inaccessibles jusqu’au dédain pour leurs concitoyens, des chargés de mission en dénigrement, que rien de chez nous n’agrée, entretiennent perfidement le rejet de nos propres valeurs et tombent carrément en pamoison devant le dernier des nigauds qui nous vient d’ailleurs. L’auto flagellation et les honteux travers que l’on se prête sont considérés stupidement comme des signes de haute évolution démocratique. Ils constituent non seulement une gracieuse banque de données pour les étrangers, qui viennent y choisir les clichés les plus dégradants pour cataloguer notre pays dans le concert des nations, mais une pernicieuse culture de dépersonnalisation. Ainsi, les gens qui voudraient nous fréquenter ont l’embarras du choix entre les différentes casseroles qu’on s’accroche mutuellement. Ils n’ont plus qu’à nous juger à travers notre propre jugement de nous-mêmes. Reprocher aux autres de croire ce que nous disons de nous-mêmes et se désoler ensuite du peu d’empressement des investisseurs, alors qu’on fait tout pour les faire fuir, relève de l’inconscience.

Une exaltation morbide de noircir absurdement le tableau. Le seul pays au monde où l’on s’insulte copieusement sans aucune pudeur, pour le plaisir de s’auto-détruire et de faire le pitre devant celui qui, en réalité, se gausse de notre pitoyable comportement ! Malheureusement, certains n’hésitent pas à entacher l’image du pays, jusqu’à léser des intérêts nationaux et semer sournoisement ce sentiment d’infériorité et de persécution qu’on décèle chez nos jeunes, pour les amener à douter de tout ce qui constitue leur personnalité. Un matraquage systématique qu’on peut rencontrer dans toutes les strates de la société et qui a fini par atteindre des dimensions dramatiques en sapant dangereusement les fondements de nos constantes. Considérés comme des tabous archaïques que de curieux démocrates veulent briser, les garde-fous qui protégeaient notre société sont de plus en plus remis en cause, pour livrer avec armes et bagages la société à l’aventure. Bons ou mauvais, ils avaient le mérite d’exister et de servir de repères !

Demander à l’adolescent hyper choyé sur le plan matériel quel est son désir principal : neuf fois sur dix, il répondra qu’il en a marre de ce pays et qu’il n’attend que le moment propice pour la harga, même s’il est conscient de l’issue funeste de l’aventure !

Que connaît cet adolescent des problèmes de son pays pour l’abhorrer au point de vouloir le fuir à la première occasion ?

S’il survit par miracle au suicide annoncé, il arrive de l’autre côté pour une vie de damné, vivant en constante alerte d’être découvert et expulsé. Dans le meilleur des cas, il est condamné à partager avec les rats le contenu des poubelles pour se nourrir et les squats nauséabonds et surpeuplés pour s’abriter. On a rencontré des personnes qui avaient dans leur pays un salaire honorable et surtout un certain statut social, contraintes pour subsister, de vivre dans la clandestinité et de faire la plonge dans les caves des cuisines ou curer les égouts au noir ! Ces resquilleurs trouvent paradoxalement dans leur situation désastreuse et humiliante des raisons d’espérer une chimérique régularisation et l’obtention de la carte de résidence qui leur ouvrirait les portes d’un mythique eldorado ! Le niet outre-méditerranée paraît étrangement plus clément et donc porteur d’espoir que les promesses qu’on leur fait à longueur de temps.

Tout est crédible de l’autre côté de la frontière, même le rêve pour la réalisation duquel on est prêt à souffrir toutes les misères et même à consentir le sacrifice suprême, alors qu’on doute de sa propre mère ici ! Quelle est donc cette redoutable pathologie !

Croire que les raisons qui poussent nos jeunes à choisir entre devenir kamikaze ou harag relèvent principalement du chômage, ou d’une quelconque nécessité matérielle, serait se contenter de la facilité et tomber dans les mêmes erreurs d’appréciation commises pour expliquer les causes du terrorisme au départ.

Le mal est sans doute plus profond lorsqu’on apprend que la plupart des candidats à l’évasion ne sont ni analphabètes ni démunis au point de succomber au désespoir. Quelques-uns parmi eux déclarent, sans aucune fausse honte, avoir vendu leur véhicule et tout ce qu’ils possédaient pour faire le voyage ! Si c’est ainsi, la plupart des fonctionnaires ne disposent pas de voitures et l’écrasante majorité du peuple vit encore plus modestement, mais ce n’est certainement pas pour autant qu’on se laisse séduire par une aventure pareille, qui finit avec les meilleures chances dans les conditions les plus infamantes. Ou alors, il faut peut-être redéfinir les caractéristiques de la précarité ! Se satisfaire de faire semblant de « comprendre » le comportement de ces jeunes pour avoir bonne conscience et vaquer à d’autres affaires serait mésestimer en quelque sorte leur geste, qui est leur ultime cri de détresse psychologique, et relève de l’hypocrisie dangereuse. Ils ont surtout besoin d’être pris par la main et intégrés dans un système qui pourrait faire ressentir à chacun d’eux combien il a des droits, mais aussi des devoirs envers SON pays auquel il appartient, son utilité à la société et qu’il est pleinement concerné par la résolution de ses problèmes. Ces jeunes, en perte de repères, n’ont plus comme modèle à qui s’identifier que les gens qui s’enrichissent par des moyens irrationnels.

L’insolence des nouvelles et rapides fortunes, l’absence de justice sociale, le laxisme ambiant, le manque de perspective d’épanouissement et d’accomplissement et surtout de communication sincère et crédible sont récupérés, amplifiés et exploités par la rumeur entretenue par les dépositaires de la mentalité de l’éternel colonisé, jusqu’à faire intégrer dans l’esprit des jeunes que leur pays leur a été volé par plus malin qu’eux. L’image de leur environnement est assimilée ainsi à un monstre qu’il faut fuir si on ne peut plus le combattre.

Dans les rêves les plus fous de leur âge, ils ne retrouvent donc plus aucun challenge digne d’intérêt qui puisse les retenir.

Par dépit et pour se défouler de toutes les frustrations accumulées, ils choisiront pour maîtresse une ceinture explosive ou une vague dans une mer en furie.

Written by elharraga

16 mai 2008 at 11:32

20 harraga «débarqués» à Oran

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Interceptés au large de Bouzedjar
20 harraga «débarqués» à Oran

K.Assia

Vingt candidats à l’émigration clandestine ont été interceptés, hier, à 35 miles au nord-ouest de la plage de Bouzedjar, dans la wilaya de Aïn Témouchent, par les unités des forces navales. En effet, c’est au cours d’une vaste opération de contrôle lancée par les services des gardes-côtes que le groupe a été repéré à bord de deux embarcations, l’une en polyester et l’autre pneumatique. Ces harraga dont l’âge varie entre 20 et 30 ans, après l’acquisition des embarcations, ont pris le large, la veille, à destination de l’Espagne. Un rêve qui n’a pu se réaliser, car ils ont été vite repérés par les gardes-côtes. Ils ont été ramenés aux environs de 15 heures au port d’Oran.
Pour rappel, un groupe de 19 harraga originaires de la région du centre du pays a été sauvé in extremis en début du mois par les mêmes unités à 20 miles au nord d’Oran. Ces candidats avaient l’intention de rejoindre les côtes espagnoles, mais une panne de moteur a chamboulé leur plan. Le mois dernier, ce sont les corps de onze clandestins qui ont été repêchés au large de Bethioua par les gardes-côtes. D’autre part, le bilan des forces navales avancé dans ce cadre indique que l’année 2007 demeure une année particulièrement meurtrière pour les candidats à l’émigration clandestine. 83 corps sans vie ont été repêchés alors que 1.530 harraga ont été arrêtés.

Written by elharraga

15 mai 2008 at 4:17

Dix migrants morts noyés au large du Maroc

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Dix migrants subsahariens sont morts noyés la semaine dernière au large d’El-Hoceïma sur la côte méditerranéenne du Maroc, a indiqué lundi à Rabat une source sécuritaire. «Dix migrants subsahariens sont morts noyés au large d’Al-Hoceïma le 28 avril alors que 183 personnes, dont 69 Marocains, ont pu être sauvés après le naufrage de leurs trois embarcations», a déclaré à l’AFP cette source. Une ONG marocaine qui évoque un bilan plus lourd, a indiqué lundi que «36 migrants subsahariens sont morts noyés le 28 avril au large d’Al Hoceïma». «Des émigrés refoulés par les autorités marocaines à Oujda, nous ont affirmé que 36 personnes se sont noyées», a déclaré à l’AFP Hicham Baraka, président de l’Association Béni-Znassen pour la culture, le développement et la solidarité, basée à Oujda. Parmi les personnes décédées, il y a notamment «24 Nigérians et neuf Camerounais», a-t-il ajouté, citant toujours des déclarations de migrants subsahariens. Les migrants comptaient rejoindre clandestinement l’Europe via l’Espagne.

Written by elharraga

6 mai 2008 at 8:08

Un cadavre rejeté par la mer à Cap Carbon

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Le cadavre d’un jeune homme non encore identifié a été rejeté par la mer, dans l’après-midi du dimanche, dans la zone de Cap Carbon au niveau de la corniche arzewienne. La victime se trouvait dans un état de décomposition très avancé. La dépouille a été transférée aux services de la morgue de l’hôpital d’El-Mohgoun pour identification. Certaines données avancées dans le cadre de l’enquête n’excluent pas la thèse d’un embarquement clandestin et la victime ferait partie d’un groupe de harraga. Une enquête a été ouverte par les services de la gendarmerie pour lever le voile sur le mystère qui entoure cette affaire. En effet, le mois dernier, ce sont 11 cadavres de jeunes clandestins qui ont été repêchés par les services des gardes-côtes au large de Bethioua. Les victimes qui tentaient de rejoindre l’autre rive de la Méditerranée ont péri en mer avant d’atteindre leur objectif.
La semaine dernière, ce sont 19 candidats à l’émigration clandestine qui ont été également repérés par un pétrolier et ramenés sur terre par une équipe des forces navales. Les clandestins âgés entre 19 et 30 ans habitaient la région centre du pays et avaient pris le départ, le 27 avril, à bord d’une embarcation de 5,80 mètres à partir de la plage de Ghazaouet à destination de l’Espagne.

K. Assia

Written by elharraga

6 mai 2008 at 8:04