Harraga – Harragas

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

Les familles des disparus en mer exigent une enquête parlementaire

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Alors que plus de 120 harraga ont été interceptés ce week-end

Kamel Belabed, porte-parole du collectif des familles de harraga de la wilaya de Annaba, a interpellé nommément sénateurs et députés en vue de la création d’une commission d’enquête sur les disparitions en mer. Il déplore l’absence d’écoute de la part des pouvoirs publics en dépit de l’ampleur prise par le phénomène.

Il ne se passe décidément pas un jour sans que de nouveaux contingents de jeunes ne chevauchent la mer au péril de leur vie, et ce, dans une période où les conditions météorologiques ne sont guère favorables à ce genre d’expédition. C’est d’ailleurs un week-end particulièrement « chargé » en interpellations en haute mer que celui qui vient de s’écouler. Ainsi, aux 63 harraga interceptés au large de Lampedusa au milieu de 300 clandestins repêchés par les gardes-côtes italiens (lire le compte-rendu de Nacéra Benali) s’ajoutent 64 autres interceptés un peu partout au large des côtes algériennes. C’est ce qu’indique une dépêche de l’AFP datée de ce jeudi, précisant que 26 harraga ont été arrêtés jeudi dernier, à l’aube, au large de Beni Saf (110 km à l’ouest d’Oran), 20 autres ont été appréhendés mercredi après-midi à 80 miles nautiques au large d’El Kala, et un troisième groupe de 18 candidats à l’émigration interceptés mercredi à l’aube, entre les plages de Sidi Salem et la Seybouse, à l’est de Annaba (information rapportée par El Watan dans sa livraison de jeudi). Au total, pas moins de 127 harraga auront ainsi été enregistrés en deux jours. Commentant ces flux migratoires spectaculaires en plein hiver, Kamel Belabed, porte-parole du collectif des familles de harraga de la wilaya de Annaba, souligne que rien n’arrêtera cette hémorragie tant que des mesures concrètes ne sont pas prises par les pouvoirs publics « en associant les familles des harraga ». Notre interlocuteur que nous avons joint hier par téléphone estime que « c’est la précarité qui pousse les jeunes à vouloir partir coûte que coûte et quelle que soit la saison ». « Ce sont des gens qui veulent brûler les étapes parce qu’on les a floués. On leur donne un emploi précaire et on veut qu’ils s’accrochent. Le harraga brûle les étapes pour atteindre son but qui est de plus en plus loin, de plus en plus inaccessible. Les gens ne veulent pas comprendre que c’est un sujet de société qui doit être géré avec les concernés pour mettre le holà à ce phénomène. » Kamel Belabed juge inefficace l’approche « sécuritaire » du sujet et appelle à un changement de méthode. Et d’évoquer la dernière initiative en date prise par le collectif qu’il préside en vue d’amener les institutions de ce pays à réagir et surtout à agir : « Nous avons saisi nommément tous les parlementaires, qu’ils soient sénateurs ou députés, pour exiger une enquête parlementaire sur les harraga. Nous savons qu’il existe des accords entre les parlementaires maghrébins, et dans ce cadre, beaucoup de choses peuvent être faites, notamment avec les autorités tunisiennes, pour faire la lumière sur ce qui se passe là-bas », dira-t-il. M. Belabed cite le cas d’un jeune dont le corps a été récupéré récemment de Tunisie. Officiellement, il est mort d’épuisement, bien que admis vivant à l’hôpital. « Mais certains documents nous autorisent à mettre en doute cette thèse et créditent plutôt la thèse d’une mort avec préméditation suite à des violences subies par la victime », affirme notre interlocuteur, avant d’ajouter : « Nous demandons des clarifications sur ce genre de cas et seule une enquête institutionnelle peut le faire. Nous avons saisi le procureur général de Annaba pour ouvrir une enquête sur cette affaire, en vain. De tous les députés de Annaba, un seul a daigné nous écouter, c’est Mohamed Bouchareb du Parti de l’environnement. Il faut que l’APN s’implique, ce n’est pas un sujet tabou. Nous avons adressé plus de 50 demandes d’audience au président de l’APN, au président du Sénat, au chef du gouvernement, sans résultat. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, et en dépit de l’ampleur qu’a prise le phénomène, l’Etat n’a pas eu le moindre geste envers les familles des harraga. » M. Belabed plaide pour la création d’une cellule au plus haut niveau, dotée des instruments techniques et juridiques adéquats pour agir. En l’occurrence, le travail le plus urgent à accomplir, préconise-t-il, est un recensement des candidats à l’émigration disparus en mer. « Il faut contacter les familles, réunir les photos de chaque harraga », dit-il. L’infatigable militant, qui compte lui-même un fils disparu suite à une tentative d’émigration clandestine, insiste sur le rôle des tests ADN dans l’identification des corps rejetés par les flots. « On devrait pouvoir réagir à temps chaque fois qu’un corps est signalé pour procéder aux tests ADN nécessaires. Vous savez, il y a plusieurs corps qui sont incinérés en Espagne et en Italie faute d’identification », se désole-t-il. Plusieurs témoignages ont établi que les harraga sont de toute condition, et que beaucoup parmi eux sont des fonctionnaires, des étudiants et des jeunes ayant un statut parfois appréciable dans la société. En octobre dernier, une rencontre gouvernement-walis, centrée exclusivement sur le thème de la jeunesse, a largement discouru sur les harraga. Le président Bouteflika lui-même y avait tenu un laïus peu rassurant sur le sujet en déclarant : « Les 2400 harraga recensés et les kamikazes d’Alger, de Lakhdaria, de Batna et de Dellys pourraient devenir bien plus nombreux si l’on n’y prenait sérieusement garde. » Il avait juste omis de signaler que c’est sous ses deux « ouhdate » (mandats) que le phénomène des harraga a prospéré.

Mustapha Benfodil

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Written by elharraga

12 janvier 2008 à 4:52

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