Harraga – Harragas

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

Les clandestins occupent la scène

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France-Festival de théâtre d’Avignon

La villégiature balnéaire, c’est formidable. Pourquoi songerait-on que sur cette si belle Méditerranée, des hommes et des femmes sont abandonnés à leur sort, bercés par les flots, quand ils ne sont pas happés, affamés, assoiffés, désespérés, perdus sur des frêles embarcations de l’exil…

Avignon : De notre envoyé spécial

A chacun son lot. Sur le pourtour de la grande bleue, y compris bien sûr en Algérie, les doigts de pieds en éventail, allongés sous un parasol, bercés par les effluves maritimes, bien agréables en ces temps de grandes chaleurs, on ne pense plus à rien. Espagne, France, Italie, Grèce, sur toutes les rives, on se baigne tous dans les mêmes eaux, tant pis si le rêve méditerranéen d’un lac de paix et de développement harmonieux est encore loin. « Vacances, j’oublie tout », disait la chanson. Des estivants des Canaries voient ainsi débarquer sur leurs îlots paradisiaques, ces déguenillés venus de nulle part. Et ils leurs portent même assistance, avant que des associations caritatives ne les prennent en charge. C’était la troisième route qui apparaît soudain, après que les pays européens aient pu croire à l’assèchement des autres chemins : Espagne via ses territoires au Maroc ou la Sardaigne. Mais les harraga, les clandestins, comme on dit en Europe, sont tenaces. C’est ce que raconte, en plein été où la règle est le loisir, la pièce d’André Benedetto. Dans Clandestins, la bienvenue chez vos ancêtres les Gaulois, le fils d’immigré italien, créateur du festival « off » d’Avignon, a voulu ici rappeler la réalité du monde dans ce foisonnant festival, où pas moins de 800 spectacles (beaucoup de vraie détente) sont donnés dans une centaine de lieux épars, jusqu’au 28 juillet. Benedetto situe son texte, un jour de commémoration de l’abolition de la traite et de l’esclavage. Un adjudant-chef à la retraite invite tout un squat voisin à un festin géant. Il a compris les erreurs et la violence de la colonisation, et il veut mettre tout à plat avec ses invités, pour la plupart originaires des anciennes colonies. Il leur raconte ses plus de vingt années sous les armes depuis 1941 jusqu’à la fin de la « campagne » d’Algérie. Des guerres évoquées par l’ancien combattant « repenti » répondent les souvenirs parfois de lutte, les récits pour atteindre la France, et y survivre. Toute l’histoire coloniale défile, leur passé, le sien, et le présent, le quotidien de tous. Il y a l’immense épopée d’Amadou pour arriver, la survie dans l’ombre de Salem le transparent, et celle de Minh, jadis dans les souterrains de son pays d’Indochine… Une pièce interprétée avec talent par Gyslain Lelouche, Corine Derian et Claude Djian.

Walid Mebarek

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Written by elharraga

17 juillet 2007 à 6:53

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