Harraga – Harragas

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

Archive for juillet 2007

Des fellaghas aux harraga

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Pas un jour ne passe sans ramener son lot d’émigrants clandestins vers l’Espagne ou l’Italie, à partir des côtes des régions de Annaba ou de l’Oranie. Tentatives d’exil au dénouement parfois tragique. Familles endeuillées par la disparition en haute mer d’un proche qui tentait vainement de rallier l’Europe et de fuir la misère des quartiers de Sidi Lahouari, d’El Harrach ou d’ailleurs… Lundi dernier, une centaine de clandestins a regagné à partir de la région de Annaba les côtes de la Sardaigne, à bord d’une trentaine d’embarcations de fortune. Un clandestin algérien a trouvé la mort et sept autres ont été secourus par les Tunisiens. Du jamais vu, c’était impressionnant d’assister à une tentative collective d’émigration, ont affirmé les habitants de Sidi Salem et d’El Bouni. Tandis qu’à l’Ouest, non loin de Beni Saf, une cinquantaine de candidats à l’exil a eu moins de chance. La plupart d’entre eux ont été arrêtés avant d’embarquer sur les chalutiers qui les attendaient en pleine nuit. Leur chance, c’est d’avoir échappé à une mort certaine en tentant de traverser dans des conditions extrêmes les 300 km de mer qui les séparaient des côtes espagnoles. En effet, en l’espace de 30 mois, pas moins de 147 cadavres de clandestins, de « harraga » ont été récupérés par les gardes-côtes. Eté comme hiver, et beaucoup plus à la belle saison, ces « infiltrés » d’un nouveau type tentent leur chance de traverser la Méditerranée au péril de leur vie afin de rejoindre des cieux qu’ils croient plus cléments. Ils ont généralement entre 20 et 35 ans, en ont marre de l’ombre des murs auxquels ils s’adossent depuis des années et de la malvie qui s’accroche à leurs basques depuis tout aussi longtemps. Même les symboles ne veulent plus rien dire pour ces jeunes en détresse. La veille du 45e anniversaire, ils étaient tout aussi nombreux à tenter la traversée depuis Ghazaouet. Ils ont l’âge qu’avaient leurs aînés lorsqu’ils ont pris les armes contre la France et vers laquelle se dirige aujourd’hui leur folle tentative d’exil. Chaque époque a ses drames et ses odyssées tragiques d’êtres humains qui fuient l’injustice, la misère dans lesquelles ils sont nés. Il y eut le temps des « boats people » indochinois, celui des « balseros » cubains tentant de rallier les côtes américaines de Miami, serait-ce, présentement et ici, celui des « harraga » vers l’Europe.

Reda Bekkat

Written by elharraga

28 juillet 2007 at 5:27

Les gardes-côtes tunisiens secourent sept passagers clandestins

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Un jeune « harraga » algérien meurt en haute mer

Un jeune Algérien de 22 ans a trouvé la mort et sept autres ont été secourus alors qu’ils tentaient d’entrer clandestinement en Europe à bord d’une barque. Le groupe de « harraga » a été repêché jeudi dernier, selon le quotidien arabophone tunisien Alchourouq, par les gardes-côtes au large de Tabarka (littoral du Nord-Ouest tunisien).

Partis du port de Annaba, il y 10 jours, ces jeunes voulant se rendre en Italie se sont égarés en Méditerranée. « Les migrants clandestins étaient confrontés à de nombreux problèmes, dont l’épuisement des vivres et de l’eau. En outre, les infortunés se sont perdus en mer et n’arrivaient pas à retrouver la bonne direction », indique la même source. Décédé en pleine traversée, le jeune, né en 1985 à Annaba, ajoute le journal, a été gardé dans l’embarcation par les autres clandestins. « On a frôlé la catastrophe. Une fois secourus, les sept survivants ont été conduits au port de Tabarka, où ils ont reçu des soins et de la nourriture. Le corps du huitième passager a été déposé à la morgue de l’hôpital de Tabarka. » Selon Alchourouq, la police tunisienne « a entamé une enquête avec les sept jeunes en vue de déterminer les causes et les circonstances de la mort de l’adolescent ». Ce n’est pas la première fois que de jeunes Algériens rêvant d’un eldorado tentent de telles aventures. Des aventures qui se terminent souvent par des tragédies. L’on se souvient, dans ce sens, des nombreux drames ayant eu lieu ces dernières années à l’est et à l’ouest du pays. En plus des Algériens, des milliers d’Africains, notamment des jeunes de l’Afrique subsaharienne, affluent vers le littoral des pays du Maghreb dans le but de gagner le sud de l’Europe en ciblant les îles italiennes de Sicile et Lampedusa ainsi que l’Espagne. Il faut dire que les tentatives d’immigration illégale et les opérations de sauvetage se sont multipliées ces dernières semaines au large des côtes tunisiennes. Aidés par le beau temps qui facilite la navigation des embarcations de fortune, les migrants clandestins tentent de fuir la misère et les conflits armés en rejoignant le « paradis » européen. Au courant des deux dernières semaines, les gardes-côtes tunisiens avaient secouru au moins 78 migrants clandestins d’origine africaine. 24 migrants africains avaient tenté, le 18 juillet, selon la presse locale, de forcer l’équipage d’un bateau de pêche tunisien à les emmener à Lampedusa.

Par Madjid Makedhi

Written by elharraga

28 juillet 2007 at 6:50

Les clandestins occupent la scène

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France-Festival de théâtre d’Avignon

La villégiature balnéaire, c’est formidable. Pourquoi songerait-on que sur cette si belle Méditerranée, des hommes et des femmes sont abandonnés à leur sort, bercés par les flots, quand ils ne sont pas happés, affamés, assoiffés, désespérés, perdus sur des frêles embarcations de l’exil…

Avignon : De notre envoyé spécial

A chacun son lot. Sur le pourtour de la grande bleue, y compris bien sûr en Algérie, les doigts de pieds en éventail, allongés sous un parasol, bercés par les effluves maritimes, bien agréables en ces temps de grandes chaleurs, on ne pense plus à rien. Espagne, France, Italie, Grèce, sur toutes les rives, on se baigne tous dans les mêmes eaux, tant pis si le rêve méditerranéen d’un lac de paix et de développement harmonieux est encore loin. « Vacances, j’oublie tout », disait la chanson. Des estivants des Canaries voient ainsi débarquer sur leurs îlots paradisiaques, ces déguenillés venus de nulle part. Et ils leurs portent même assistance, avant que des associations caritatives ne les prennent en charge. C’était la troisième route qui apparaît soudain, après que les pays européens aient pu croire à l’assèchement des autres chemins : Espagne via ses territoires au Maroc ou la Sardaigne. Mais les harraga, les clandestins, comme on dit en Europe, sont tenaces. C’est ce que raconte, en plein été où la règle est le loisir, la pièce d’André Benedetto. Dans Clandestins, la bienvenue chez vos ancêtres les Gaulois, le fils d’immigré italien, créateur du festival « off » d’Avignon, a voulu ici rappeler la réalité du monde dans ce foisonnant festival, où pas moins de 800 spectacles (beaucoup de vraie détente) sont donnés dans une centaine de lieux épars, jusqu’au 28 juillet. Benedetto situe son texte, un jour de commémoration de l’abolition de la traite et de l’esclavage. Un adjudant-chef à la retraite invite tout un squat voisin à un festin géant. Il a compris les erreurs et la violence de la colonisation, et il veut mettre tout à plat avec ses invités, pour la plupart originaires des anciennes colonies. Il leur raconte ses plus de vingt années sous les armes depuis 1941 jusqu’à la fin de la « campagne » d’Algérie. Des guerres évoquées par l’ancien combattant « repenti » répondent les souvenirs parfois de lutte, les récits pour atteindre la France, et y survivre. Toute l’histoire coloniale défile, leur passé, le sien, et le présent, le quotidien de tous. Il y a l’immense épopée d’Amadou pour arriver, la survie dans l’ombre de Salem le transparent, et celle de Minh, jadis dans les souterrains de son pays d’Indochine… Une pièce interprétée avec talent par Gyslain Lelouche, Corine Derian et Claude Djian.

Walid Mebarek

Written by elharraga

17 juillet 2007 at 6:53