Harraga – Harragas

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

Archive for the ‘Nord-Sud’ Category

Mostaganem : L’aventure tourne court pour des harraga

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A l’instar de tous les vendredis, depuis que la mer est au beau fixe, il ne se passe pas un week-end sans qu’une tentative d’émigration clandestine ne soit signalée.

Vendredi dernier, c’est à partir de la plage de Stidia qu’un groupe de clandestins aura mis les voiles. Mais contrairement aux usages, au lieu d’acheter une embarcation avec moteur ou de confier son destin à des passeurs professionnels, ce groupe de jeunes, apparemment originaires de la région, aura jeté son dévolu sur une embarcation en polyester de 4.50 m, appartenant à un marin pêcheur habitant la localité de Aïn Nouissy. Très connu de la corporation, c’est apparemment en raison de son lointain domicile qu’il regagne quotidiennement, à la tombée de la nuit, que le choix des clandestins sera porté sur sa barque. Lorsque vendredi dernier il regagna son domicile à bord de sa vieille mobylette, il ne se doutait pas qu’il était épié dans ses moindres mouvements. Car sitôt le bateau ramené à terre, il enfourcha son motocycle et rentra tranquillement à la maison. Mais qu’elle ne sera sa surprise lorsque le matin, aux premières lueurs, il ne retrouvera pas sa barque. Il comprendra de suite qu’elle avait pris le large. Désespéré, il ira informer les autorités de cette disparition. Sa bonne foi ne sera pas prise à défaut car il savait que sa barque ne pourrait jamais aller bien loin. Et il eut finalement raison. Dans la journée, une information lui parviendra annonçant l’échouage de la barque dans une crique voisine. Il s’avère qu’après quelques courtes heures de navigation, le moteur avait lâché, ce qui provoquera l’échouage de l’embarcation et l’échec de la tentative d’émigration de ces harraga qui, désormais, ne reculeront devant rien pour quitter le pays.

Yacine Alim

Written by elharraga

18 septembre 2007 at 6:34

Une autre vague de boat people

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Harraga en partance d’El Kala

Trois embarcations de harraga avec à leur bord 22 jeunes des différents quartiers d’El Kala ont quitté la côte à l’est de la ville, la Vieille Calle, Vergès ou Cap Rosa, dans la nuit de lundi à mardi derniers.

Ils ont minutieusement et discrètement préparé leur entreprise. Les parents, les copains et les voisins ont été pris de court. C’est en fait parce que l’aventure a échoué pour deux des embarcations que la nouvelle s’est propagée. L’une aurait été interceptée par les gardes-côtes algériens et l’autre, à cause d’une panne de moteur, a terminé sa course en s’échouant sur une plage du cap Ferrat (Bizerte), en Tunisie. Les sept occupants de la troisième ont pu rejoindre la Sardaigne d’où ils ont téléphoné pour rassurer leurs proches et prendre des nouvelles de leurs infortunés compagnons de voyage. Les clandestins récupérés par la marine nationale ont été écroués alors que ceux qui sont en Tunisie ont pu recevoir hier la visite de leurs parents à Tabarka. Ils seront remis en liberté incessamment. C’est la troisième vague de boat people qui part d’El Kala. La première a eu lieu le 7 janvier dernier avec cinq jeunes qui sont arrivés à bon port et même revenus de cette aventure. La seconde, il y a tout juste un mois, avec deux embarcations et quatorze personnes, est passée inaperçue, parce que le même jour les gardes-côtes et la gendarmerie, certainement au courant de quelque chose, avaient entrepris une vaste opération coup-de-poing contre les clandestins et ceux qui leur apportent de l’aide. Les jeunes que nous avons rencontrés hier célébraient comme il se doit l’arrivée de leurs amis. Quand ils disent : « Ils sont sauvés », ce n’est pas de leur vie qu’ils parlent, mais de leur condition. « Les Italiens ont besoin de main-d’œuvre au noir et à bon marché, ils auront leurs papiers s’ils se tiennent à carreau quelque temps. Certains partis en janvier et en août ont même pu rejoindre la France », ajoutent-ils pour se rasséréner et montrer qu’ils n’ont pas l’intention d’abandonner leur projet de traverser la Méditerranée. « Il y a eu des départs tous les deux ou trois jours pendant l’été », déclare un autre jeune qui explique que si on ne s’est pas aperçu c’est parce que ce sont des gars d’Alger et ses environs. Il y aurait tout un réseau qui serait mis en place à l’insu de tous pendant la saison estivale qui a été ainsi judicieusement mise à profit. Des affirmations qui ne sont pas tout a fait dénuées de tout fondement, car il semblait en effet assez curieux qu’El Kala ait été épargnée par la déferlante des harraga qui touche toute la côte algérienne et qui ne semble pas ébranler outre mesure la quiétude de nos gouvernants et de la société en général.

Slim Sadki

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16 septembre 2007 at 6:19

Annaba : 114 harraga, dont 2 filles, secourus en 36 heures

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Hier, les gardes-côtes de Annaba ont, encore une fois, secouru 9 harraga, dont 2 filles. Ils ont été interceptés à bord d’une embarcation de fortune à 2 miles des côtes annabies.

Cette opération de sauvetage est intervenue à peine vingt-quatre heures après l’opération de secours de 86 autres qui naviguaient à destination de la Sardaigne (Italie). Les mêmes gardes-côtes ont réussi une opération similaire dans la nuit du samedi à dimanche. Ils ont pu secourir 19 autres jeunes qui tentaient comme les premiers de rejoindre l’eldorado des côtes européennes. Agés entre 17 et 35 ans, ils sont originaires des wilayas de l’Est, principalement de Annaba. Ces jeunes harraga ont été embarqués moyennant 10 millions de centimes chacun. Pour ce faire, 13 embarcations ont été mises à leur disposition par des pseudos matelots. Cependant, grâce à un dispositif de contrôle étanche des frontières maritimes, cette importante « flotte » de harraga a été repérée au nord du cap de garde de Ras El Hamra de Annaba. Ils n’ont pas pu tromper la vigilance des gardes-côtes qui interceptent quotidiennement des embarcations à destination de la rive européenne. D’autant que la longueur de 10 m de chaque embarcation est apparente, visible de loin, d’où une localisation facile. Ainsi, les 114 jeunes immigrants clandestins ont pu regagner le quai du port de Annaba où ils ont été pris en charge. Ils ont également subi une visite médicale avant d’être entendus et présentés devant le procureur près le tribunal de Annaba.

M. F. Gaïdi

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12 septembre 2007 at 5:14

Plus de 100 harraga interceptés en une nuit

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Partis de Annaba à destination de la Sardaigne (Italie)

Alors que l’île sicilienne de Lampedusa voit, chaque jour qui passe, arriver des centaines de rescapés africains et asiatiques, qui, entassés dans des embarcations de fortune, débarquent sur les côtes italiennes, dans des conditions physiques extrêmes, une autre île, la Sardaigne, est devenue, depuis deux ans, la destination des harraga provenant de l’Est du pays.

Uniquement dans la nuit de lundi, plus de 100 jeunes Algériens, qui ont affirmé aux officiers de la marine italienne, qui les ont secourus, être partis du port de Annaba, sont parvenus dans huit barques, sur les côtes méridionales de la Sardaigne. Et si 74 d’entre eux, qui voyageaient dans 5 barques ont été interceptés, lundi soir, dans les eaux italiennes, par les garde-côtes et conduits au commissariat de Cagliari pour leur identification, un autre groupe composé de 19 harraga, qui se trouvaient à bord de 2 embarcations, a été repéré par la police locale dès son arrivée sur les plages de Porto Pino et de Porto Tramezzu. Mais les policiers sardes n’étaient pas encore au bout de leurs peines, puisque 21 autres immigrés ont touché terre, toujours dans la nuit de lundi, à proximité des plages de Sant’Antioco. Tous ont dû subir les procédures d’identification avant d’être conduits vers un centre de premier accueil du sud de la péninsule car l’île en est dépourvue. Le 14 août, plus de 170 immigrés de nationalité algérienne étaient arrivés en une nuit, sur les côtes sardes, à bord de 12 embarcations, dont dix à bord d’une barque sans moteur. Le 16 août, 23 d’entre eux ont été sauvés in extremis par un navire de la marine italienne. Cette litanie des arrivées incessantes de jeunes désemparés, qui croient trouver la solution à leurs problèmes socioéconomiques en prenant place dans des embarcations qui, souvent, finissent avec leur charge au fond de la Méditerranée, préoccupe fortement les autorités italiennes. Le ministre de l’Intérieur, Giuliano Amato, prévoit même, selon ses collaborateurs, d’accomplir une visite de travail à Alger, dans les prochaines semaines, pour trouver un accord avec le gouvernement algérien. L’Algérie, contrairement à d’autres pays voisins, n’a pas encore signé avec l’Italie de convention de réadmission volontaire de ses citoyens refoulés de ce pays européen, car, jusqu’il y a deux ans, il était rare de voir des Algériens parmi les milliers de Nord-Africains (Marocains, Egyptiens…) qui tentent la traversée illégale de la Méditerranée. Le phénomène des jeunes Annabis et ceux provenant des villes voisines, qui décident de risquer leur vie dans un voyage au bout duquel les attend le calvaire de l’enfermement dans un centre de premier accueil avant d’être expulsés, ou alors l’emprisonnement lorsqu’ils sont suspectés d’être le passeur de l’expédition, surtout s’ils portent un GPS sur eux, est en constante augmentation. Sans parler des dizaines de leurs compagnons d’infortune, qui ont connu une mort atroce, par noyade ou épuisement. Ceux, très rares, qui réussissent à échapper aux mailles du filet de la marine italienne, doivent mener une vie de galère, sans papiers et traqués par la police. Vite identifiés par les habitants de l’île, ils sont dénoncés et reconduits aux centres d’accueil, structures décriées et dont les conditions d’hébergement et d’hygiène ont été maintes fois dénoncées par les organisations non gouvernementales pour les droits de l’homme, comme Médecins sans frontières.

Nacéra Benali

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29 août 2007 at 6:40

Annaba : Huit harraga sauvés par le Captain Zamman

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Huit jeunes harraga ont été sauvés hier à 8h30 au large des côtes algériennes, près de Annaba, par un car ferry algérien, le Captain Zamman. Les candidats à l’émigration clandestine se dirigeaient vraisemblablement vers l’Italie.

Ils étaient à bord d’une embarcation de fortune, selon la direction générale de la Cnan Maghreb Lines (CML), compagnie algérienne propriétaire du navire. « A la vue d’un groupe de personnes qui semblait se démener pour rester à la surface de l’eau, le commandant de bord a tout de suite ordonné de stopper les machines. L’opération sauvetage s’est passée dans de bonnes conditions », ajoute-t-on auprès de la direction générale, à Alger. Des soins ont été prodigués aux infortunés par le médecin du bord. « Tout le monde se porte bien », précise encore la DG de CML. La région de Annaba est devenue ces dernières années une « rampe de lancement » aux harraga algériens désireux d’atterrir en Italie, et ce, souvent au péril de leur vie.

D. Z.

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28 août 2007 at 5:10

Cinéma. Le drame des « Harraga » bientôt sur les écrans Action !

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Le premier coup de manivelle du film « Ettakafa fi Ouleb », littéralement « La culture en boites », a été donné, mercredi passé, à Arzew.

Cette deuxième réalisation, après « Daïf El Ghafla » ou « l’invité surprise », de la toute jeune association culturelle « Le Triangle Artistique » traite du problème des « Harraga », l’émigration clandestine qui fait des ravages dans les rangs des jeunes algériens vivant dans le désespoir. « D’autres thèmes comme le chômage, la pollution, la violence dans les écoles sont abordés parallèlement au thème principal », explique le réalisateur-scénariste et membre de l’association, Mebarki Zouaoui. « Ettakafa fi Ouleb », un titre qui pourrait être revu, aura comme têtes d’affiche une pléiade de comédiens qui ne sont plus à présenter : Bakhta, Haroudi, Hazim et consorts. La production de ce film vidéo, initialement un court métrage d’environ 52 minutes et un peu plus de 80 scènes, a été confiée à la boite Daho Vision Universal qui a déjà collaboré dans la production du premier produit de « Triangle Artistique ». Cette association culturelle crée, il y a juste deux ans, a été dénommée « Triangle artistique » parce qu’elle s’investit sur les trois pôles culturels que sont la musique, le théâtre et le cinéma, explique son président, M. Refsi Tahar, un des grands paroliers de la place oranaise. « Daïf El Ghafla » qui a été tourné en grande partie à Mostaganem et auquel ont contribué les services de sûreté de cette ville, a connu un appréciable succès lors de sa projection à Mostaganem et à Arzew. Au cours de sa toute courte histoire, l’association qui comprend dans ses rangs le Trio Haroudi (Tabek Mohamed, Mebarki Zouaoui et Mektif Mohamed), a participé aux galas musicaux et présenté des sketchs durant les mois de Ramadhan 2005 et 2006 à Oran. Ce mercredi, c’est au maire de la ville, accompagné de son staff et de la directrice du centre culturel, que l’association « Le triangle artistique » a fait l’honneur de lancer officiellement le tournage de ce deuxième produit. Après les essais du 1er plan sur la place du 1er Novembre 1954 aux environs de 16 heures et le coupé-roulé lancé par le maire, l’équipe de tournage s’est déplacée au Front de Mer pour des plans de coupe. L’animation subite qu’a provoquée ce début de tournage au centre-ville n’a pas manqué d’éveiller la curiosité des Arzewiens dont la plupart ont accueilli avec une sorte de fierté cette initiative. « Tourner un film à Arzew, c’est bon pour la ville », laissent-ils entendre en suivant, un peu à l’écart, les allers venues de ces cinéastes en herbe qui, avec très peu de moyens, tentent de s’imposer dans un domaine en perpétuelle régression et de briser le carcan imposé par ceux qui en détiennent les commandes.

M. Milagh

Written by elharraga

20 août 2007 at 5:29

El Kala (El Tarf). Les gardes-côtes traquent les harraga

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Une opération de ratissage menée par les gardes-côtes en mer et la gendarmerie à terre a permis la saisie d’une vingtaine d’embarcations vétustes ou en réparation sur les plages dites « d’échouage » qui jalonnent le littoral de la wilaya d’El Tarf.

Les barques de 4 à 5 m de long étaient surtout employées pour la récolte illicite du corail, et depuis peu, à cause de leur état et de l’impossibilité pour leurs propriétaires d’effectuer des réparations, elles sont proposées aux candidats à l’immigration clandestine. Les petites « plages d’échouage » qui, suspectées de pouvoir servir d’embarcadères vers l’aventure, ont été mises à la disposition du secteur de la pêche pour servir d’abri aux jeunes qui ont bénéficié d’embarcations dans le cadre des multiples programmes d’aide à l’emploi qui, manifestement, n’ont pas atteint les objectifs assignés. Ces plages et ces embarcations servent aujourd’hui hélas à vider le pays de sa sève. Pour l’heure, les harraga du coin n’ont pas fait parler d’eux depuis plusieurs mois. Mais comme on fait tout pour les en empêcher et rien pour les retenir, ce n’est qu’une question de temps. Les gardes-côtes de l’unité d’El Kala ont été dotés en équipement. Ce qui leur permet d’assurer une présence et une surveillance quasi-permanentes dans la zone. Bon nombre de pilleurs, découragés par cette détermination, ont été contraints de changer d’activité ou de retourner au chômage. Les plages d’El Tarf, trop étroites ou difficiles d’accès, n’attirent pas les harraga… pour l’instant.

Slim Sadki

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16 août 2007 at 6:33

« Il faut une cellule de crise pour s’occuper des harraga »

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kamel Belabed. Porte-parole d’un collectif de familles d’immigrants clandestins (Annaba)

Kamel Belabed est sans nouvelles de son fils depuis le 17 avril dernier lorsqu’il avait pris le large depuis les côtes bônoises. Courageux, il milite avec d’autres familles annabies de harraga pour amener le gouvernement à prendre sérieusement en charge un dossier aux proportions d’une nouvelle tragédie nationale.

Le phénomène des harraga était circonscrit à l’Oranie. Depuis quelque temps, il s’étend à l’est du pays. Pouvez-vous nous dresser un état des lieux de ce phénomène à Annaba ?
Effectivement, le phénomène a gagné très vite Annaba. Les points de départ sont répartis sur au moins une douzaine de lieux. A Oran, la proximité de la côte espagnole a poussé les autorités à soumettre la région à une forte surveillance. A l’Est, il y a moins de vigilance. 250 km séparent Annaba des côtes italiennes, précisément de la ville de Cagliari. Je me suis énormément documenté sur le sujet depuis le départ de mon fils. Il est parti le 17 avril 2007 et n’a plus donné signe de vie à ce jour. Il vient de faire ses 25 ans. Mais je ne voudrais pas parler du cas spécifique de mon fils. Moi, je veux parler du problème globalement. Quand vous avez quarante familles dans la même situation dont vous voyez la détresse matin et soir, vous ne faites plus de différence entre votre fils et les leurs. Et on constate avec effroi l’ampleur considérable prise par ce phénomène. J’ai ainsi découvert qu’avant mon propre cas, il y a plein de jeunes qui sont partis et à propos desquels leurs familles sont toujours sans nouvelles. Pour revenir à mon fils, je ne savais rien de son projet. Il nous a roulé d’une façon magistrale. Son caractère, sa personnalité n’autorisaient en aucune manière de supposer qu’il puisse faire ça. Il m’a fallu plusieurs jours d’investigation pour reconstituer les circonstances de son départ et le groupe avec lequel il est parti. Certains parents savaient que leurs enfants allaient partir. Ils les ont même aidés à le faire. Ils ne croyaient ni au tachghil echabab (emploi des jeunes) ni au mithaq el watani (la charte nationale). Pour eux, c’est un blasphème de parler de l’Algérie prospère avec de l’emploi pour tous. C’est ainsi que j’ai été amené en compagnie de mon ami Boubekeur Sabouni ici présent (un autre parent de harraga disparu en mer, ndlr) à rechercher des gens qui sont partis dans les mêmes conditions. Et là, j’ai vraiment saisi la gravité de la chose. 7 jeunes ont embarqué le 8 février, suivis de 6 autres le 15 mars, puis de 10 harraga le 17 avril puis de 6 autres le 24 mai et ça n’arrêtait pas. Ces listes ne sont évidemment pas exhaustives. Des vagues entières de jeunes disparaissaient et ne donnaient plus signe de vie. Cela nous a poussés à consulter des sites italiens dans l’espoir d’avoir de leurs nouvelles parce que l’Italie reste leur destination finale. Les gens là-bas parlent de chiffres alarmants. Le plus inquiétant est que depuis janvier, nous avons récupéré un seul corps à Annaba. Les autres sont donnés pour morts. Cependant, il n’y a nulle trace de leurs corps. Est-ce qu’ils les ont enterrés dans l’anonymat ? C’est l’une des questions que nous nous posons. Personne ne peut nous donner le nombre de nos concitoyens enterrés en Tunisie, en Libye, en Sardaigne ou à Malte. Peut-être y a-t-il parmi eux des gens que nous sommes en train de rechercher. Il faut qu’il y ait une stratégie pour recueillir et vérifier ces informations.
Justement, quelles sont les démarches que vous avez entreprises pour faire la lumière sur ces disparitions ?
Nous voulons dans l’immédiat créer une ONG. Mais l’entreprise s’avère extrêmement difficile. Nous, en tant que parents, nous demandons à participer, dans le cadre d’un effort citoyen avec les autorités, pour pouvoir leur donner des informations parce que nous sommes plus proches du sujet. L’Etat a pour devoir de nous écouter, de nous assister logistiquement, de nous assister juridiquement. C’est un engagement vis-à-vis de nos propres enfants de leur assurer une sépulture et de les enterrer parmi nous.
Comment sont organisées à l’heure actuelle les familles des harraga à Annaba ?
Nous sommes animés par une volonté ferme de mettre sur pied cette ONG. Son objectif est simple : lancer une action citoyenne en vue de stopper cette hémorragie et aussi agir pour que les familles puissent faire leur deuil. Ce que nous ne comprenons pas de la part des autorités, c’est qu’elles ne se manifestent pas. Des milliers de jeunes disparaissent en mer, autant de familles sont endeuillées, et le gouvernement ne fait rien. Nous n’avons vu aucun responsable s’emparer de la télévision pour lancer un appel. Ni le président de la République, ni le chef du gouvernement, ni le ministre de l’Intérieur n’ont réagi. Aucun d’eux ne semble saisir la gravité du problème. A la limite, nous les autorisons à mentir pour consoler un tant soit peu la pauvre maman éplorée qui a perdu son fils et lui dire : ne vous en faites pas, on est là.
Avez-vous saisi le ministère des Affaires étrangères ?
Nous avons écrit partout, à commencer par le président de la République, M. Bouteflika. Nous avons saisi par écrit tous les ministères concernés : les Affaires étrangères, l’Intérieur, la Justice, la Solidarité. Peine perdue. Les familles se sont ruinées à force de se déplacer en Tunisie. Il n’y a pas une seule famille qui ne soit pas partie au moins une dizaine de fois. Sans résultat. La réponse de notre consulat, à la ponctuation près, était toujours la même : « Vous nous laissez un numéro de téléphone, on vous rappellera. » Point. C’est le mutisme le plus absolu. Ou encore : « J’ai reçu votre lettre datée du… citée en objet. Les autorités tunisiennes (ou, dans un autre courrier, italiennes ou libyennes) ne nous ont pas fourni d’informations. Si jamais il y a quelque chose, on vous écrira. » Nous savons bien que les Tunisiens sont souverains sur leur sol, de même que les Libyens et les Italiens. Nous n’avons pas autorité pour les interpeller. S’il y a des gens en prison, qu’on nous le dise. S’ils sont morts, qu’on nous dise qu’ils sont morts.
Vous avez des présomptions quant à leur éventuelle détention en Tunisie ?
Nous avons de fortes présomptions même. Ils sont détenus en Tunisie ou ailleurs. Le problème est que les autres pays ne respectent ni nos citoyens ni notre gouvernement. Vous imaginez si c’était un Italien qui était détenu en Tunisie ? Un chat égaré à Paris a plus de valeur qu’un ministre chez nous. Nos chancelleries citent à chaque fois le manque de coopération des autorités étrangères. Ils vous disent : « Allah Ghaleb, ils ne sont pas coopératifs. » C’est à eux d’imposer le respect. Un otage issu de l’Etat hébreu, on déclenche pour lui une guerre parce que c’est un citoyen israélien. Mais quand il est question de milliers d’Algériens, les gens qui sont au pouvoir ont d’autres chats à fouetter. Ils ont des soucis d’élections, de sièges, de budget, mais pas de vies humaines. Nous avons perdu toute notion de civisme et de solidarité. Nous avons demandé un entretien de cinq minutes à Monsieur Djamel Ould Abbès après 30 coups de téléphone, juste pour savoir qu’est-ce qu’on peut faire ensemble, dans le cadre d’une solidarité citoyenne. Cela fait deux mois qu’on attend. Quand on voit avec quel intérêt on s’occupe d’une campagne électorale et quand, sur les mêmes murs, on affiche des photos de jeunes disparus en mer et qu’il n’y a personne qui s’en émeut, c’est grave. Un homme s’est immolé avec le feu parce que aucun responsable n’a voulu l’écouter. Il avait un problème de logement. Mais le fond du problème est l’absence d’écoute. Si le harrag est parti, c’est parce qu’il n’est pas écouté. Il ne peut pas croire en le gouvernement. Le travail, ce n’est pas pour nos enfants. Pas plus que le visa, les crédits, l’Ansej, le logement, la santé… Moi, personnellement, mon fils ne manquait de rien. Mais il sait que s’il demande son visa dans la légalité, on lui rétorquerait que la tranche des 25-30 ans n’ont pas droit de cité, à moins qu’il ne soit fils d’un diplomate ou d’un businessman. Une bonne partie des harraga sont des étudiants, des diplômés. Ce ne sont pas des nihilistes. M. Belkhadem se trompe complètement. Il est en décalage total par rapport à la réalité sociale. La plupart des jeunes qui sont partis ont noblement accompli leur devoir national. Rien que pour cela, ils méritent tout notre respect. C’est cette race de jeunes qu’il fallait préserver. Nos représentations diplomatiques devraient avoir honte pour tous ces jeunes qui sont soit détenus, soit oubliés dans une morgue ou bien perdus dans la nature. N’importe qui d’entre eux aurait pu être le beau-fils parfait de Monsieur le ministre. Ils ont mis leur vie en danger sans enquiquiner personne. Ils n’ont pas volé, ils n’ont pas fini terroristes. On ne dit pas à l’Etat : vous êtes responsable de ce qui est arrivé à nos enfants même si le pouvoir porte une part de responsabilité dans cette tragédie. En revanche, l’Etat algérien a une responsabilité envers moi qui cherche mon fils.
Qu’attendez-vous concrètement du gouvernement ?
De s’interroger, tout simplement. De partager nos questionnements sur le sujet et de nous écouter. Ils n’ont même pas la disponibilité de nous écouter, c’est cela qui est triste. Les Italiens nous ont demandé un prélèvement d’ADN des parents pour le comparer à celui des corps récupérés chez eux. Ils ont des banques de données. Quand ils ont un cadavre, ils prennent les empreintes digitales, ils prennent la photo même si le visage est altéré, et ils prennent l’ADN. Ils dressent une fiche affectée d’un numéro d’immatriculation pour identifier la personne. Me demander à moi d’aller chercher l’empreinte digitale de mon fils sur le duplicata de sa carte d’identité, chose qui relève des attributions du ministère de l’Intérieur, est absurde. En revanche, le ministère de la Solidarité ou un autre département peut créer une banque de données en tant qu’autorité et contribuer à l’identification des corps qui se trouvent dans les morgues italiennes. La situation urge. Chaque jour que Dieu fait, il y a au moins une trentaine de jeunes qui prennent la mer. Il faut une cellule de crise pour s’occuper des harraga. Il faut à tout le moins une personne qui sache nous écouter. Jusqu’ici, nous avons saisi le premier magistrat du pays, M. Bouteflika, nous avons saisi tous les ministères concernés. Si on continue à nous ignorer, nous allons interpeller l’opinion internationale.

Mustapha Benfodil

Written by elharraga

13 août 2007 at 5:59

« Les harraga posent un problème d’identification »

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Une source au fait du dossier explique

Contactée par nos soins, une source officielle au fait du dossier des harraga ayant requis l’anonymat a déclaré à El Watan, à propos des jeunes ayant pris le large et qui seraient pour certains détenus en Tunisie ou au Maroc, que cette éventualité est peu probable dans la mesure où « l’usage diplomatique impose aux Etats de saisir nos représentations diplomatiques dès qu’un de nos ressortissants est appréhendé, conformément à la convention de Vienne ». Notre source précise toutefois que « le problème avec les harraga est qu’ils détruisent leurs papiers, ce qui ne rend pas aisé l’opération de leur identification ». « Le même problème se pose pour nous ici, avec certains immigrants subsahariens », poursuit notre interlocuteur, avant de souligner : « Chaque fois que nos services consulaires sont informés d’un cas de harraga arrêté ou repêché, ils informent systématiquement les familles. Toutefois, ces opérations se font dans la discrétion la plus totale, loin de toute médiatisation. » Notre source relève combien il est difficile de « quantifier » le phénomène des harraga et son ampleur en liant cela une fois de plus au problème des papiers. « Même le ministre français de l’Immigration (M. Brice Hortefeux, ndlr) a été induit en erreur lorsqu’il avait déclaré récemment que 350 000 Algériens étaient en situation irrégulière en France, avant de rectifier ce chiffre une semaine plus tard en déclarant qu’il y avait 400 000 clandestins étrangers en France sans préciser leur nationalité. C’est tout le problème de l’immigration clandestine. C’est un phénomène insaisissable. » « L’Algérie est un pays de transit pour l’immigration clandestine et un pays cible. C’est aussi un pourvoyeur de migrants. Pour ces raisons, le traitement du phénomène migratoire ne peut s’appréhender que dans le cadre d’une action globale et une démarche multilatérale avec nos partenaires de l’Union européenne, de concert avec l’Union africaine », conclut-il.

M. B.

Written by elharraga

13 août 2007 at 5:33

Prison avec sursis pour des harraga

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Des peines de six mois de prison avec sursis ont été prononcées, mercredi après-midi, par le tribunal correctionnel de Seddikia, à l’encontre de cinq harraga. Ces candidats à l’émigration clandestine avaient été appréhendés par la police espagnole, au cours de la semaine dernière, dans une ville côtière. Ils ont réussi à s’introduire illégalement sur le territoire de la péninsule ibérique la veille de leur arrestation. Dans un premier temps, les harraga ont prétendu, devant les policiers espagnols, qu’ils n’étaient pas des ressortissants algériens et ce, afin d’éviter d’être expulsés vers leur pays d’origine. En se relayant à la barre des accusés, ils ont argumenté leur déplorable situation sociale pour bénéficier de la clémence du tribunal. Au terme de son réquisitoire, le représentant du ministère public a requis une peine de six mois de prison ferme contre chacun d’entre eux.

R. B.

Written by elharraga

4 août 2007 at 6:36

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