Harraga – Harragas

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

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Immigration : Harraga et Etat de droit policier

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La « xénophobie d’Etat » a encore tué. Un nouveau drame vient d’avoir lieu. Un jeune Malien de 29 ans s’est jeté dans la Marne pour éviter un contrôle d’identité.

Il n’est pas le seul. Et il n’est, hélas, pas le seul mort, victime des lois sur l’immigration, devenues contraignantes et de plus en plus répressives. Sans doute qu’il ne sera pas le dernier. C’est un mort de plus. Inutilement. Il ne s’agit pas là de simples faits divers. Le débat sur la sécurité en Europe tente de justifier les lois sur l’immigration, sans cesse modifiées, qui révèlent leur aspect hautement négatif. Il y a en effet mort d’homme. A cet égard, rien qu’à Paris, il suffit de rappeler la situation des « retenus » dans les centres de rétention (voire au dépôt du palais de justice), pour constater, a contrario, l’insécurité vécue par les étrangers. On parle pudiquement de « retenus » en centre de rétention (et non de détenus en centres de détention). La sémantique ne saurait être complice de cet état de fait et ne saurait le justifier. Me revient à l’esprit le mot de Si Nelson Mandela : « Quand j’étais étudiant, on m’avait enseigné qu’en Afrique du Sud, la loi était souveraine et s’appliquait à tous les citoyens, quel que soit leur statut social ou leur position officielle. J’y croyais sincèrement et j’envisageais une vie fondée sur ce postulat. Mais ma carrière d’avocat et de militant m’avait dessillé les yeux. J’ai constaté qu’il y avait une énorme différence entre ce qu’on m’avait enseigné dans les salles de cours et ce que j’avais appris dans les salles des tribunaux. » (Un long chemin vers la liberté). De toute évidence, la République française n’est pas l’Afrique du Sud de l’apartheid. Loin s’en faut. Patrie des droits de l’homme et de la commune de Paris, la France a payé un lourd tribut en sang et en larmes pour mettre en place un système démocratique alimenté par la quête du droit à la citoyenneté. D’évidence, il existe des femmes et des hommes de bonne volonté capables de muer leur révolte, face à ces situations exécrables, en actes positifs pour la défense des immigrés. Il est tout naturellement heureux que puissent exister des consciences à ce point pétries d’humanité et de convictions de nature à secouer l’injustice jusqu’à ce que liberté s’ensuive. Mais, pour autant, a-t-elle réussi à expurger de son corps social tout germe de rejet de l’élément dit étranger ? Il est permis de s’interroger, au regard de ces faits non anodins pour les milliers, voire les millions, d’étrangers que nous sommes, immigrés jugés de plus en plus persona non grata, faits qui mettent à nu les mécanismes de dégradation de la condition humaine déjà mal en point. Ainsi, en leur temps, d’aucuns ont rivalisé d’ardeur dans la sémantique de la démagogie : à « l’invasion » des immigrés, leurs « odeurs » et leurs « bruits », a répondu le constat de l’incapacité à gérer le phénomène de « toute la misère du monde ». Le choix entre ces différents qualificatifs se révèle hélas mince. Y a-t-il même choix ? Les esprits libres et éclairés font la part des choses au quotidien et sur le terrain, distinguant ainsi le bon grain de l’ivraie. Faut-il à ce point désespérer de « l’Esprit des lois » et de leur application ? Il faut croire que oui, sachant que les dispositions actuelles afférentes au droit des étrangers constituent de véritables barreaux et de vrais parcours du combattant, relativement aux conditions d’entrée et de séjour en Europe. Faut-il élaborer et faire voter des textes-passoires laissant les frontières à l’air libre ? Nul besoin. La volonté des laissés-pour-compte à travers le monde, dit tiers, défiera toujours les schèmes mentaux marqués par l’esprit policier et bureaucratique. Le credo « surveiller et punir » à outrance d’une Europe frileuse annonce des Etats de droit policiers. La fermeture des frontières, au motif de la sécurité, est contestable. La faim chasse la peur. Tel est le postulat qui a traversé les siècles. Faut-il nier l’existence de la délinquance chez certains « étrangers » ? Que non ! Toutefois, on ne saurait justifier, de ce fait, l’inqualifiable attitude pour le moins ignominieuse, qui consiste à rejeter sa part de responsabilité quant au désordre mondial actuel depuis les politiques de colonisation (qu’on a voulu qualifier de « positives »), l’accélération dans la déstructuration des pays dits socialistes et la recherche permanente de déstabilisation des pays ayant eu vocation à porter haut les revendications des pays du Sud. Ainsi, mettre sur pied des départements ministériels consacrés à l’immigration est en soi une ineptie pour des pays démocratiques, leur accoler « l’identité nationale » dévoile les intentions peu louables de ses initiateurs ; et ce, à l’heure de ce qu’il a été convenu d’appeler « la mondialisation » et de l’élargissement de l’Europe à des Etats dont la situation de sous-développement le dispute à l’absence de démocratie ; certains de ces Etats n’ont rien à envier aux Etats maghrébins par exemple. Enfin, se doter, mezza voce, d’une législation à même de prémunir l’Europe d’éléments étrangers — déjà inhabiles — jugés corrupteurs des « identités nationales » contredit, en tout cas limite, de façon certaine, la profession de foi relative aux droits de l’homme. Au demeurant, quels droits pour quel homme ? Alors de grâce, que les uns et les autres tempèrent leur ardeur de donneurs de leçons de démocratie. Notre village planétaire souffre déjà de moult maux où les nations ressemblent de plus en plus à de nouvelles tribus dont certaines cultivent l’identité nationale comme un fétichisme, alors que d’autres sont largement prisonnières du mal-développement, des décisions arbitraires des « grands » de ce monde pour l’accès des pays en mal de développement aux richesses culturelles et matérielles et, bien entendu, de l’injustice au quotidien de gouvernants souvent illégitimes qui poussent de plus en plus les jeunes à la harga. Sans doute Si Mandela a-t-il raison de dire : « Si autrefois, j’avais considéré la loi de façon idéaliste comme l’épée de la justice, aujourd’hui je la vois comme un outil utilisé par la classe au pouvoir pour façonner la société dans un sens qui lui était favorable. Je ne m’attendais jamais à la justice dans un tribunal même si je luttais pour elle et parfois je la rencontrais »…

L’auteur est auteur, avocat algérien harragakoroghli/idées-débats

Ammar Koroghli

Written by elharraga

27 avril 2008 at 10:14

Mostaganem. Arrestation de 6 harraga

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Alors qu’ils s’apprêtaient de toute évidence à prendre le large, six candidats à l’émigration clandestine se feront surprendre dans la nuit de jeudi à vendredi. Originaire de l’Algérois, leur âge varie entre 25 et 31 ans.

Ils se feront intercepter au niveau de la plage de Hadjadj par des éléments de la Gendarmerie nationale. Dans la réalité, cette plage, située non loin de cap Ivy, n’était pas connue pour être un lieu d’embarquement pour les immigrants clandestins. Ce qui suppose qu’elle aura seulement servi de lieu de regroupement, voire d’une opération de diversion. Ce qui explique qu’au moment de leur arrestation, les six candidats n’avaient en leur possession que de grosses sommes d’argent, dont une partie en devises et l’autre en dinars, destinées à payer le réseau de passeurs. Ainsi, après une accalmie de quelques jours, que l’on justifie par l’état agité de la mer, la reprise de l’émigration clandestine vers les côtes espagnoles était fortement pressentie par les gens de mer, notamment sur les plages de Sidi Mejdoub, Chellif, Chaïbia, Benabdelmalek Ramdane et l’incontournable Bahara, rattachée à la commune de Ouled Boughalem. Située à l’extrémité du cap Kramis, cette commune rurale est considérée comme étant la principale plage d’embarquement de la côte mostaganémoise. Limitrophe de la commune d’El Marsa, dans la wilaya de Chlef, la petite bourgade se situe sur un promontoire dominant la plage qui s’étale en contrebas bien loin des regards indiscrets, d’où une tenace réputation de lieu de prédilection pour les jeunes en mal d’aventures.

Yacine Alim

Written by elharraga

26 avril 2008 at 5:33

Le vieux môme et la mer

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par El Yazid Dib

Il ne s’agit pas d’un film, ni d’un quelconque best-seller. C’est en fait un roman tragique dont la trame de fond n’est qu’une réalité terrible et fatidique.

Un véritable drame. Les acteurs ne jouent pas de rôles. Ils sont le rôle et le font en temps réel par leurs personnes, leurs corps et leurs âmes.

La scène est un vaste territoire aux côtes généreuses. Le décor est planté de misère, de résignation et de beaucoup de colère. Les gens qui y sont ne sont que des êtres frêles, à la silhouette bon enfant, au sourire absent et à la gueule de métèque. Pourtant, ils sont bien de chez nous, ils sont notre progéniture, le produit de nos institutions. Le rêve qui nourrit les cavités creuses du dénuement qui les encadre, par les 100 locaux, les aides, l’emploi des jeunes, s’avère insuffisant et peu convaincant pour qu’ils se laissent aller au gré d’un discours ou d’une promesse. Tous les scenarii de la tragédie se trouvent scotchés dans le crâne de ces mômes, encore supposés inconscients mais décidés à braver tous les dangers. Rien n’est arrivé à faire disparaître l’angoisse de leurs tripes, ou freiner l’élan aventuriste et meurtrier de prendre le large.

Ni l’alcool, trop cher, ni le diluant moins enivrant. La notion du prix du baril de pétrole demeure pour ces crânes une variante inconnue. Le jerrican de mazout si. Ils le chérissent comme chérirait une maman son bébé. C’est un élément de vie ou de mort, avec d’autres dans la progression du voyage qu’ils comptent entreprendre au bout de l’autre monde.

Ce monde qui se transmet par un truc parabolique accroché aux fenêtres vous déracine de votre désoeuvrement quotidien, le temps d’un reportage, d’un feuilleton ou d’un journal, pour vous guider vers des rues bien agencées, du travail et de la joie de vivre. A tout ce qu’offre la tentation venue d’ailleurs, de la fenêtre ou du ouïe-dire, viennent s’ajouter encore les dures conditions d’ici, d’aujourd’hui. Ces conditions où le chômage avec le logement et le mariage vont vous permettre de penser à lever les voiles vers un horizon qui vous paraît certain et meilleur.

Là, la tragédie commence par un air de fête. D’une main l’on prend la décision de partir, de l’autre l’on conserve comme dur, le rêve d’y arriver.

Journal de bord:

Un vendredi comme tous les autres: Il fait nuit. Ma montre m’indique sans top qu’il est 21 heures passées. Elle m’a coûtée une petite fortune pour la simple raison qu’elle peut servir aussi, à l’aide d’une aiguille phosphorescente destinée uniquement à m’indiquer le nord, comme guide géographique. Genre de boussole m’avait dit le vendeur. Notre projet, moi et mes amis, c’est de traverser cette mer sans pièces d’identité, ni formalités régulières. Notre compagnie de transport n’est pas agréée. Elle n’est pas reconnue comme telle, car ne disposant pas d’unités suffisantes pour pouvoir en constituer une flotte maritime. L’armateur donc, suite à un contrat de transport d’adhésion et non négociable, passé en bonne et due forme, est seulement chargé de mettre à notre disposition, sans aucune garantie de résultat, ni commandant ou provisions de bord, ni avitaillement, ni compte d’escale; une espèce de navire à même de naviguer contre vents et marées.

Je dois, avant la narration de l’expédition, rappeler les phases préparatoires du voyage. C’était pas chose facile. Il fallait trouver le bon tuyau pour dénicher la bonne adresse. Si les succursales dans ce type de prestations de services n’ont pas pignon sur rue, elles savent, cependant, faire vendre à qui de droit leurs produits exotiques. Comme un menu de vacances. Une fois donc trouvé le bon et utile voyagiste, le contrat est conclu. Il a été scellé, bien entendu, avant la date de départ. Il s’est accompli dans un endroit banal. Dans un café de la ville. C’est une localité littorale, qui en haute saison draine des centaines d’estivants et de touristes nationaux. Les étrangers, on ne les voit pas. On ne les reconnaît même pas. Par contre s’ils ressemblent aux gens que nous montrent les chaînes étrangères, on dirait qu’on les entrecroise souvent, mais toujours escortés et bien gardés. Ils sont en charge, nous dit-on de travailler pour nous, des autoroutes, des stations de dessalement, et d’autres chantiers du genre.

Le représentant de l’agence de voyages à qui nous avions affaire est un citoyen d’un certain âge, très convaincant, serein et sait semer le doute. Il insistait dans ses clauses sur des causes pouvant survenir en dehors de sa volonté, les cas de force majeure, les tempêtes, les cyclones, les tsunamis etc. mais savait aussi argumenter la possibilité, voire la réussite complète de la croisière. C’est à lui que revenait la fixation du jour et l’horaire de la mise en mer. Ceci en fonction de quelques prévisions météorologiques et d’autres indications astrales permettant une navigation sans soucis.

Le clair de lune, ou la pleine lune serait le temps idéal pour ce genre de loisir. L’éclairage lunaire faciliterait la circulation. Quant au bâtiment, devant nous servir de moyen de transport naval, il était tout aussi simple qu’une petite chaloupe. Une barque aux lamelles de bois trempées, sans accastillage spécial, c’est-à-dire en termes marins l’ensemble de petites pièces que l’on fixe sur une coque (filoirs, chaumard, dame de nage…). S’espaçant à moins d’une dizaine de personnes. Il y avait, en-dessous de ce qui allait nous tenir lieu de bancs, des bacs aptes à loger nos différents bagages et outils de voyage, en plus de bouts de toiles qui garnissaient salement le plancher. L’équipement de sauvetage se résumait, eu égard à l’aisance de la traversée en une ou deux bouées et une corde usée. L’essentiel pour nous était ce moteur, cet engin de qui dépendra le couronnement de notre chevauchée maritime. C’est pour son entretien que l’on a fait prévoir plusieurs quantités de gasoil et quelques lubrifiants. Avec de l’eau, ce carburant bien conditionné encombrait tout l’espace restant.

Dans le contrat, il y était dit que l’armateur a la charge d’assurer une formation adéquate à celui que nous lui désignons pour prendre les leviers de commande de notre heureuse embarcation. En fait, c’était simple comme instrument; une barre en guise de gouvernail que l’on tourne et par laquelle l’on module à volonté la vitesse. Je ne dirais pas grand-chose sur la contrepartie de l’objet du contrat. Le prix. En tous cas, pour moi il formait toutes les sommes accumulées un temps durant, dans la vente à la sauvette, le business de gauche à droite et les quelques modiques billets que me prélevait ma mère sur le revenu dont elle tirait profit à l’occasion des opérations de roulement du couscous lors d’événements festifs ou mortuaires.

Revenons au jour j. En cette soirée de vendredi, fin de week-end pour ceux qui sont au labeur, l’endroit qui ressemble à une plage et qui nous fait guise de port d’embarquement est silencieux et désert. Notre co-contractant nous rassurait quant à toute intrusion ou mauvaise surprise de la part de personnes ou de services indésirables en ce moment précis. Le ressac de la mer se faisait entendre et brouillait cacophoniquement les dernières recommandations à l’adresse de notre commandant-pilote. Installés à bord du canoë ou ce qui lui s’apparentait on commence sans le bruit du moteur, mais à l’aide de planches plates appelées avirons, à frayer un chemin dans l’étendue aquatique sur laquelle maintenant nous baignons. La joie d’avoir fait les premiers pas, sinon les premières brasses envahissait nos cœurs sans qu’une petite crainte d’être pris ou stoppés ne soit à relever sur nos visages superficiellement humectés.

A peine sortis du demi-cercle que constitue la baie, le bourdonnement du moteur tapote jusqu’à exploser nos tympans. Nous appareillons sans voiles. L’odeur du combustible brûlé se dissipe avec la buée qui débute à mettre des gouttelettes sur nos faciès déjà aspergés. C’est au moment où mes compagnons semblent dormir que je vois s’éloigner de moi les mauvais rivages et la lueur parcellaire qui illuminait un peu plus tôt les contours de la bourgade juchée sur la crête de la terre. Je suis en pleine mer.

L’attente de me voir déambuler dans les grands boulevards et les magasins chic de l’autre côté est vite brouillée par les larmes que j’entraperçois, par intuition couler sans cesse des yeux de ma mère. Mon bonheur est hypothéqué par l’abus de tendresse qu’elle me prodigue même étant à plusieurs lieues du lieu natal. Toute une foule de souvenances viennent me remplir l’esprit quand celui-ci s’affaire à arranger mon installation une fois là-bas. Au loin. A l’autre rive. Ça doit être une éternité depuis que nous voguions. Mettant le cap sur je ne sais quoi. Le temps ne se compte plus. Ma montre n’est d’aucune utilité. Produit de la contrefaçon, à la taïwan, elle ne me sert que de bracelet. Et puis je m’en fous de quelle heure est-il. Je ne suis pas à un rendez-vous près. Le sommeil alourdit mes paupières, mais mes cils s’empêchent de se mettre les uns sur les autres. Je titube dans ma place, je me recroqueville et me drape d’un morceau de toile que je croyais imperméable. Encore je me sens cette fois-ci, épuisé par le fardeau de la lassitude emmagasinée, à ce jour, et je tombe crois-je dans les bras de Morphée. Là, je conçois qu’il me fallait apprendre les langues étrangères. Je n’ai pu répondre à la charmante dame qui me faisait un entretien d’embauche. Je n’acquiesçais que par des hochements de tête. Tous mes regrets, en ce moment, vont vers mon école primaire et mon collège, où l’on m’obligeait à faire éditer par le net des copies toutes faites de mémoires. L’on parlait une langue, l’on étudiait une autre. A moi qui n’arrivait même pas à exprimer, en une phrase correcte un besoin d’emprunter un stylo à mon camarade de derrière, l’on demandait de chercher, d’étudier et d’écrire un document sur la biographie et l’oeuvre de Jean Sébastien Bach ou Alfred de Musset avec un respect absolu des règles de la syntaxe et de la concordance des temps. Foutaise cette école fondamentale et reformée! Tout va vite. Mon appartement est un duplex, obtenu juste sur présentation de fiche de paye cautionnée solidairement avec celle de mon épouse. Ma femme une bonne petite blondinette de bon type méditerranéen, d’un look très pointu. Parlant tout sauf ma langue et mon dialecte. Elle est méticuleuse. Sa dot n’était qu’un accord en sourire suite à un coup de foudre. Ses parents n’ont pas eu à m’exiger deux moutons, tant de millions et une jarre de beurre salé. Juste un bouquet de fleurs bien garni. Ma carte de crédit s’est mêlée à mon permis à points, à ma carte vitale, à ma carte de fidélité de grandes surfaces et je n’arrive point à savoir comment honorer les frais d’entretien de mon nouveau cabriolet. C’est chiant finalement cette vie de papiers, de cartes, de rdv précis, de visite médicale systématique. C’est inhumain et impersonnel. Je ne peux grignoter en tous lieux ma cigarette. Les interdictions et les défenses diffusent de partout et l’amende exigible est au bout de la transgression. Ni le cousin, ni le voisin ne peuvent intercéder en ta faveur.

La loi c’est la loi. Mais c’est chiant ce foutu bled! Plein de lois et de règlements. Les stationnements, les cages d’escaliers, les caisses, les guichets, la poste, tout est réglementé. Sauf à la mosquée du coin, installée dans un sous-sol d’immeuble où l’on peut faire ce que l’on veut. Je ne sais pas pourquoi, l’adhan n’est pas audible. Il n’est qu’interne. A l’intérieur de la mosquée. C’est pour ne pas déranger les autres, me dit-on. Mais l’adhan, ne dérange personne! C’est la voix de Dieu, leur dis-je. Ici le Dieu à plusieurs voix, s’il se met à les retransmettre toutes, tu imagines… me rétorque-t-on.

C’est au moment où je croyais entendre précisément cet adhan, que je me sens mordu à l’estomac par un mal atroce. Une boule de je ne sais quoi veut en sortir de force. Je me réveille tout en sueur aux cris de mes compagnons. La barque chaloupe sous une forte agitation de l’eau qui nous montait jusqu’au corps. La toile n’est plus utile. La peur gagne tout l’équipage. La boule est sortie de mes entrailles tel un jet dégoulinant et rapide et avec, tout ce que j’ai ingurgité la veille comme aliments et pilule contre le mal de mer. Un craquement est rapidement perçu qu’en quelques secondes l’espace est submergé par toute la mer. Les flots ont fini par me faire chavirer le corps. Je n’ai rien pour m’accrocher, tellement les cris, les pleurs et les voix sont forts et imperceptibles. La situation effroyable me fait tout de suite savoir que la mort est là.

La panique folle et irrésistible me le confirme. Je me débats pour respirer à faire sortir ma tête de cette flotte qui m’entoure de tous les côtés. Je ne sens ni la mouille, ni le froid quand je vois des demi-têtes, des demi- bras, des demi-corps dans le même état que le mien. Tout s’agite, se branle et tourbillonne. Tout le monde, en forte catastrophe sentant là devant soi l’apocalypse, s’essaye à s’amarrer alors au flanc de la barque. Un tas de bois que le désespoir veut ériger en plateforme de secours ou en borne d’ancrage. J’assiste à mon naufrage et mon corps sans liberté d’action constate l’horreur du déchaînement de ce liquide pesant, puissant et lacérant. Je coule, je sombre. Je meurs.

Je me vois, derrière mon étal de revente de Marlboro, de cacahuètes grillées, épiant la moindre apparition ou d’un client ou d’un policier venu droitement pour m’y déloger. Je me vois en face de ma mère affairée à la préparation d’un couscous, lors du mawlid, les bougies illuminant dispersement notre habitation précaire. Je me vois, très loin dans le temps dans l’action engendrée de me mêler aux émeutes quand il s’agit de faire entendre les doléances des gens de ma ville. On brûlait la mairie qui n’arrivait pas à nous offrir des postes d’emploi, on saccageait la sonelgaz, qui nous surfacturait la consommation, on se marrait en fait.

Dans tout ce brouillard, cette longue vie j’entendis par flash entrecoupés quelqu’un, un officiel en compagnie d’autres superbement habillés, lancer à la masse que nous étions: «Il ne faut pas croire aux chimères des colporteurs des fausses idées. Beaucoup de jeunes candidats à l’émigration clandestine s’imaginent qu’ils vont épouser des étrangères, trouver facilement un travail intéressant, venir chaque année passer des vacances au pays à bord d’un véhicule flambant neuf et de l’argent plein les poches», je pense que l’orateur n’est autre que le chef du gouvernement et nous sommes, l’on dirait, en réunion dans une vaste salle, quelque part à Oran, en ce jour du 18 avril 2008. Ma tête bouillonne de choses et d’autres. La boule gastrique qui s’est pourtant dégagée se trouve toujours au niveau de mon bas-ventre. Elle est plus grosse cette fois-ci. Elle à l’air de n’être qu’un amas de liquide, d’eau de mer. Les nausées sont saumâtres au travers de mon gosier. Je ne peux crier. Car j’aurais voulu répondre au monsieur qui nous discourait. J’aurais aimé lui dire que la candidature à l’émigration clandestine est plus facile que toute autre candidature. Qu’elle provoque aussi, en cas d’échec, cette tentation répétitive de vouloir refaire une autre candidature. Pour un second, voire un troisième essai. On a besoin d’égard en permanence. Il ne faudrait pas attendre que les pneus brûlent, les édifices se ravagent ou nos corps s’ensevelissent sous le roulis marin pour constater notre présence. Venir nous dialoguer ou enterrer nos dépouilles. Évitez-nous monsieur ce dilemme ahurissant de: je brûle, donc je suis! J’allais perpétrer d’autres diatribes, que les soins de l’infirmier me remettent dans la réalité. Un jour pas comme les autres: c’est une fin d’après-midi maladive. Je suis mal en point et j’ai mal partout. Mon cœur s’est arrêté de battre. L’on me fait savoir que je suis secouru par les gardes-côtes nationales. Mes amis ont péri.

La mer, la veille s’est subitement déchaînée sans prévenir notre armateur. Elle n’a pu avoir pitié de la détresse qui nous a amené à l’aimer pour l’emprunter. Elle ne comprend plus elle aussi, autant que le monsieur d’en-haut, les causes de ces départs impromptus et irréfléchis. Je conçois que je reviens d’un autre monde, pas celui dont mes rêves m’ont en fait le tour. Je renais comme une épave, échouant sur une côte par infortune. La mer aux griffes féroces n’a pu être ma dernière sépulture. Ma mère à moi, aux gestes doux et affables me serre contre son sein sans s’abstenir de murmurer de sa joie en pleurs. Je me disais et si c’était à refaire? Ma mère sans le savoir me resserre davantage.

C’était là, un récit d’un garçon beau et tenace. Il est relativement jeune. Il racontait sa mer à lui. Il aurait pu lire, ce vieux môme avant d’aller en mer «le vieil homme et la mer».

Written by elharraga

24 avril 2008 at 6:19

Sid Erraïs…, parle-nous !

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par Farouk Zahi

Parle-nous comme tu savais si bien le faire ! Tu étais le seul à pouvoir nous parler et nous te comprenions. Enfin nous le pensions. Ceux qui étaient supposés le faire à ta place n’ont pas réussi à nous rallier à leur vision. Nous, qu’on appelait « hitistes » et présentement « harraga », on te ressemble un peu. N’as-tu pas quitté les bancs du lycée pour rejoindre le maquis ?

N’aviez-vous pas été, toi et tes compagnons, et pendant plus de sept longues années, des « harraga »… un peu comme nous ? Vous avez souvent, contre l’avis des grands, quitté le champ, le lycée et parfois même l’université pour briser le mur du silence. Vous vous sentiez étrangers dans votre propre pays; nous ressentons presque la même chose. On vous traitait de « renégats », de « poseurs de bombes » et de « fellagas ». Le contexte n’est plus le même nous diras-tu, mais l’injustice, le déni d’équité, le dénuement sont mieux acceptés quand ils viennent de l’autre… celui qui a toujours été « l’ennemi intime », mais quand cela vient des proches, nous n’avons comme alternative que la révolte ou le suicide collectif dans les abysses marines. Il y a quelques années de cela, le kif et la « harga »… ça ne se passait que chez nos voisins; nos responsables étaient fiers de nous; ils disaient même que notre jeunesse est « propre ». Malheureusement, ils n’ont pas assez fait pour la garder « au sec ». Leurs discours prometteurs et abstraits ont fini par la « mouiller ». Tous les dispositifs d’insertion des jeunes ont manqué de cohérence et de perspective durable. Le plus décevant a été le pré-emploi dans la fonction publique. Après une année renouvelable une seule fois, nous sommes mis à la porte; on nous offre la possibilité de nous réinscrire dans le dispositif du filet social. De statut de sans emploi, on nous offre celui de chômeur en quête d’une précaire planche de salut. C’est tout de même une évolution dans l’absurdité. Elaborés sans nous, tous les symposiums, recommandations et dispositifs en direction de la jeunesse ont été l’oeuvre de « vieux ». Après un long cheminement labyrinthique administratif, dans le cadre du micro-crédit et du crédit pour la petite entreprise, nous nous sommes retrouvés en face de dragons bancaires: apport personnel, garantie, etc. La durée la plus courte pour la création d’un petit projet a été celle de Sihem de Bordj El-Kiffan qui a mis 15 mois pour pouvoir avoir l’autorisation d’ouvrir son école de plongée sous-marine. Une aussi longue durée n’est pas faite pour encourager les volontés les plus pugnaces. Pendant tes deux campagnes électorales, nous t’avons soutenu, nous avons rempli les stades et grimpé aux arbres pour te voir, t’entendre et si possible te toucher. Tu nous parlais si bien, on te comprenait, tu ne lisais pas de discours… tu disais « ERFA’A RASEK YA BA ! ». Depuis ta maladie que nous avons vécue la peur au ventre et ton rétablissement « Oua lillahi el hamd », on te sent si loin de nous. Tu ne parles que dans les cérémonies officielles et en arabe classique… ou en français, on arrive difficilement à te comprendre. Tu sais bien que la plupart ont quitté prématurément l’école…ils ne comprennent ni l’arabe savant ni le français. Ils n’ont jamais été de bons élèves. Tu dois certainement te demander avec nous, pourquoi le nombre de « harraga » a suivi une courbe progressive comme celle du cours du pétrole. Nos compagnons d’infortune des pays voisins nous en veulent presque de vouloir envahir l’Espagne et la Sardaigne avec eux. Ils ne trouvent pas de raison logique à notre fugue. Les pays « hôtes » se posent la même question avec, cependant, le mépris en sus. Ils considèrent que nous sommes plus riches que les autres illégaux.

On nous accuse de tous les maux. Il est même suggéré de nous surveiller étroitement lorsque quelques uns d’entre nous réussissent dans l’investissement agricole. Les engrais que nous utilisons peuvent servir à la fabrication d’explosifs ?! Nous avions lancé quelques signaux de détresse qui n’ont malheureusement pas été interceptés à temps. Notre premier appel a été lancé quand on réclamait des visas à Chirac qui t’accompagnait à Bab El-Oued, on introduisait en ta présence un dossier éminemment politique; malheureusement, les têtes qui se disent pensantes n’ont rien compris comme toujours. Elles nous traitaient, ce jour-là, de nouveaux harkis. Bien sûr qu’on aime notre pays…c’est nous qui avons inventé « one, two, tree… », c’est encore nous qui nous drapions de l’emblème national. Nous chantons l’Algérie à la manière de Baaziz ou de Lotfi Double canon; ils sont pour nous ce qu’ont été Driassa ou Saïd Sayah pour vous. Pendant que nous n’étions encore qu’un peu plus de 300 candidats en 2005, on n’a pas fait attention à nous, jusqu’à ce que nos corps, en perdition, flottent sur l’eau. C’est à ce moment que notre cri de détresse devint audible. On s’intéresse à ceux que certains qualifient d’épiphénomènes qui sont, en fait, une véritable tragédie nationale et qui interpellent la société dans toute sa composante. On nous consacre une grande émission télévisuelle; l’effet obtenu fut à l’inverse de celui attendu. Le théâtre filmique du documentaire présenté dans l’émission fut le théâtre tragique de la disparition d’une dizaine de « harraga » presque en live. Le silence religieux qui devrait accompagner ce drame ne fut pas de mise. L’une des reporters interviewées sur le plateau a même avancé que « la harga est un phénomène de mode » pour certains ?! Alors qu’on terminait à peine d’enterrer le dernier des naufragés, au propre et au figuré, on rebalançait le soir même la même émission. Décidément, Ahmed, le jeune de Tiaret qui a tenté six fois la traversée, n’a pas réussi à convaincre. Il ne cherchait pas un travail, il cherchait décidément un fonds pour le faire « rouler » dit-il. Il ne faut surtout pas lui en vouloir, il n’a pas la culture du travail manuel, il a grandi avec l’économie de bazar et du trabendo. La vraie réponse a été donnée par son père, ancien de Sonatiba, qui sait plus que tout autre que la cause du désespoir est dans le débauchage de plus de deux mille ouvriers dans deux entreprises publiques. C’est quand même deux mille familles qui n’ont plus de revenus ou presque plus. Au bord des larmes, le jeune chômeur d’Oran, dont le père est invalidé par la maladie, avoue la tête basse que seule sa mère qui travaille, pourvoit aux besoins nutritionnels d’une couvée composée de dix membres. On lui demande quel est son niveau d’instruction, comme si on allait l’embaucher sur le champ. Et comme si un niveau d’instruction pouvait dire quelque chose quand des détenteurs de diplômes d’études supérieures subissent eux-mêmes les affres du désoeuvrement.

Le correspondant de la télévision en France n’a pas trouvé mieux que de montrer les antres où se cacheraient les « fauves » pour se dérober du regard de la Guardia ou des Carabinieri. Il en appelle au sens de l’honneur national et du patriotisme, etc., etc.; il ne ressent assurément pas ce que nous ressentons ! Quant au vieil émigré, apparemment en retraite, bénéficiant certainement de revenus en euros, il peut toujours gloser sur les conditions défavorables que vit l’émigration. Mais il ne nous dit pas pourquoi il n’est pas rentré définitivement au pays, lui qui n’a plus rien à faire là-bas ?

Et si on me posait la question : Que nous faut-il faire ?….je dirais simplement Sid Erraïs que la maison a été construite en fausse équerre, elle ne peut avoir, dans ce cas, que des travers. Rien n’est encore perdu si…

Written by elharraga

24 avril 2008 at 6:17

Harraga Des questions sans réponse

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par Ali Babès

La problématique de l’émigration clandestine peut-elle être résolue en Algérie par quelques mesures tirées de potions magiques sans aucune liaison avec la réalité ?

C’est en fait la grande question que se posent les pouvoirs publics qui veulent éradiquer, comme si c’était une gangrène nationale, l’émigration clandestine. Selon une étude publiée en marge du colloque d’Oran sur ce thème, le chômage constitue le premier facteur incitatif à l’émigration clandestine.

Sur 235 jeunes, 312 personnes sondées (dont 53 femmes) à travers les 26 communes de la wilaya d’Oran estiment que le chômage est la cause principale du phénomène de l’émigration clandestine. L’étude, faut-il le préciser, a été réalisée par des psychologues, c’est-à-dire menée pour voir si ces individus qui bravent les dangers de la mer et gaspillent des milliers de dinars sont «fous» ou non. Bref, selon cette étude donc, en plus du chômage, les proportions les plus larges de l’échantillon questionné, dont l’âge varie de 16 à plus de 35 ans, mettent également en cause «la pauvreté, la cherté de la vie, la perte de confiance en l’administration et la recherche d’une vie meilleure». Hamid Khaldoun, spécialiste des questions sociales, psychologue et chercheur spécialisé auprès du bureau de l’Onu à Alger, a révélé récemment dans une émission radiophonique que, «pour le moment, aucune demande n’est venue des pouvoirs publics pour réaliser une étude sociologique sérieuse, crédible et scientifique sur ce phénomène».

En fait, l’émigration clandestine, qui n’est nullement un phénomène propre à l’Algérie, n’est pas mesurée à sa juste valeur. Car si les tentatives actuelles des pouvoirs publics visent à décrédibiliser politiquement et socialement ce phénomène qui a pris en fait racine il y a déjà plus de 30 ans parmi la jeunesse algérienne, il n’en demeure pas moins qu’il reste sociologiquement un fait social d’actualité.

Les annonces médiatiques du type «l’Etat a dégagé des centaines de milliers d’emplois pour résorber le chômage» sont sans grande portée sur une dure réalité de mercantilisme administratif. Dans les petits villages, les douars, la vie est dure, les jeunes, beaucoup ayant un rang universitaire, ont perdu tout espoir sur une vie digne. En fait, l’émigration clandestine, vu sous un angle positif, est une sorte de soupape de sécurité autant pour atténuer les tensions sociales que pour régénérer le tissu social et générer des ressources en devises pour le Trésor public. Le Mexique est considéré à l’heure actuelle comme le plus grand pays dans le monde émetteur d’émigrés clandestins. Au moins un millier de Mexicains entrent illégalement chaque année aux Etats-Unis. Les Mexicains installés sur le sol américain y travaillent dans les exploitations agricoles et envoient chaque année près de 20 milliards de dollars au pays. Ces chiffres, communiqués par les services de l’immigration américains en disent long sur ce phénomène devenu planétaire. Les «harraga» algériens, ou maghrébins ont la mer à traverser, les Asiatiques, des dizaines de milliers de km de désert pour rejoindre l’Europe, et les boat people sud-américains, des milliers de miles pour l’Eldorado. Tous n’y parviendront pas. Mais tous veulent leur part de prospérité dans ces pays de «Cocagne» dont la richesse s’est faite un jour sur le dos des peuples colonisés. Et puis, n’est-il pas grand temps pour rentabiliser la manne financière de notre émigration ? Le Maroc en tire chaque année près de 3 milliards d’euros, idem pour la Tunisie. Combien pour l’Algérie dont la plus forte communauté en France est algérienne ?

Written by elharraga

19 avril 2008 at 8:52

Belkhadem annonce 400.000 emplois par an Une bouée de sauvetage pour les harraga ?

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par H. Barti

Les travaux du colloque national sur l’émigration clandestine ont été lancés, ce jeudi, au musée El Moudjahid à Oran, en présence du Chef du gouvernement, M. Abdelaziz Belkhadem, et des ministres de la Solidarité nationale et du Travail et de la Sécurité sociale, MM. Djamel Ould Abbès et Tayeb Louh.

Organisé par l’Union générale de la jeunesse algérienne (UNJA), ce colloque vise, au terme de ses deux jours de travaux, à proposer des solutions à même de juguler ce phénomène qui a, pour rappel, fait 83 victimes en 2007, selon des chiffres communiqués en fin d’année dernière par le Commandement des forces navales.

Tout en s’interrogeant sur les raisons qui poussent les jeunes à tenter une aventure à l’issue incertaine et aux conséquences dangereuses, le Chef du gouvernement a affirmé que l’émigration clandestine est l’une des questions dont se préoccupent les pouvoirs publics. Il s’est demandé, dans ce même ordre d’idées, si cela est dû au seul manque d’emploi en Algérie. Dans ce sillage, le Chef du gouvernement a prévenu que «les rêves qui motivent certains jeunes, peuvent les conduire au danger», rassurant que «les perspectives sont ouvertes à tous les enfants de l’Algérie, surtout que tous les secteurs ont bénéficié de programmes destinés aux jeunes auxquels est confiée la tâche d’oeuvrer pour le développement et l’édification du pays». En rappelant la crise économique vécue à partir de 1986 et la détérioration des conditions sécuritaires dans le pays, et la décennie noire qui a suivi, M. Belkhadem a affirmé que ces accumulations ont engendré un déficit en matière d’emploi et une inadéquation entre la carte de la formation professionnelle et le marché du travail.

M. Belkhadem soulignera, à ce propos, l’adoption par le gouvernement d’une nouvelle politique en matière de création d’emplois, à travers la mise en place de nouveaux mécanismes et d’une nouvelle « carte de formation », en adéquation avec la réalité du marché du travail avec, comme finalité, arriver à la création de 400.000 postes d’emploi par an.

Pour le Chef du gouvernement, la problématique en Algérie se situe dans le chômage et le déficit en main d’oeuvre accusé par la plupart des chantiers, comme c’est le cas de l’agriculture et du bâtiment, appelant les jeunes à « aimer le travail qu’ils trouvent, en attendant de trouver le travail qu’ils aiment ». Lors d’une intervention qui a précédé celle de M. Belkhadem, le secrétaire général de l’UNJA, M. Mohamed Madani, avait qualifié, pour sa part, le phénomène de l’émigration clandestine en Algérie de « fléau ». Un qualificatif que beaucoup d’enseignants et de chercheurs universitaires présents dans la salle ont trouvé complètement inapproprié.

Written by elharraga

19 avril 2008 at 6:57

Tiaret Onze harraga inhumés et une marche

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par El-Houari Dilmi

L’enterrement, lundi, peu avant le coucher du soleil, de deux des onze harraga, dont les corps ont été repêchés dimanche et lundi dernier à l’entrée du port de Béthioua, a failli tourner à l’émeute hier, lorsque des jeunes, de retour du cimetière où ils venaient d’enterrer leurs amis, ont organisé une marche vers le siège de la wilaya. Devant la résidence du wali, hier vers midi, ils ont exigé d’accentuer la lutte contre ce qu’ils ont qualifié «de vendeurs de la mort». Les forces antiémeute ont été discrètement déployées autour des édifices stratégiques de la ville de Tiaret. Des commerces ont même baissé rideaux de peur d’éventuels débordements. D’autres jeunes, plus nombreux, ont réclamé la présence du wali et des journalistes. Le sang-froid des services de sécurité a d’ailleurs permis d’éviter le pire au moment où le ministre de la Solidarité, M. Djamel Ould Abbas, s’apprêtait à quitter Tiaret lundi après-midi.

«Je veux être comme vous, M. le Ministre !»

Cette phrase, lourde de sens «décochée» par un jeune harrag multirécidiviste à l’adresse du membre du gouvernement, a fait dire à ce dernier, alors qu’il rencontrait lundi des jeunes chômeurs au niveau du siège de la direction de l’Action sociale, que la «situation était réellement préoccupante (…), nous allons tout faire pour empêcher nos enfants d’aller offrir leurs corps aux poissons», a-t-il promis. Pressé par des jeunes en proie à une vive colère, Djamel Ould Abbas promettra de venir en aide aux familles qui ont tragiquement perdu le fruit de leurs entrailles. Aux autres, c’est-à-dire aux «vivants», il annoncera une série de mesures pour les aider à «tenir le coup», dira-t-il. 1.568 jeunes ont tenté de gagner l’autre rive de la Méditerranée en 2007 dont 1.302 ont pu être secourus, a reconnu le ministre. «Pourtant, en 2005, ils n’étaient que 336", a lâché Ould Abbas comme «noyé» par le torrent de problèmes débités par les jeunes aussi nombreux que désemparés.

«Ici s’arrête la vie !»

Sur les murs de Biban-Mesbah, ce village «oublié» dans le dos de la ville de Tiaret, huit parmi les victimes y vivotaient avec leurs familles dans le besoin le plus urgent. Avant de «plier bagage», les jeunes, Sadek, Benaouda, Mustapha, Med, Khaled et les autres avaient laissé, en guise de testament, un graffiti gribouillé à la hâte sur les murs décrépis : «Ici s’arrête la vie !». «Benaouda rêvait de souffler sa vingt-sixième bougie sous le ciel européen, il périra en mer sous un soleil printanier», raconte le coeur gorgé de douleur son frère aîné. Le plus jeune, Sadek, était âgé de 17 printemps.

Le teint blanc et les yeux verts, Sadek était un «beau garçon promis à un bel avenir et résistait tant bien que mal à son échec scolaire qui lui gâchait la vie», s’émeut son cousin Abdelmalek, son aîné de deux ans. Les camarades d’infortune de Sadek trimaient tous dans une carrière d’agrégats dans les environs de Tiaret moyennant 200,00 dinars la journée de dur labeur, se plaignent leurs familles sous le choc.

A Biban-Mesbah, des tentes ont été dressées pour accueillir les nombreux citoyens dont des anonymes venus compatir à la douleur des familles éplorées. Quatre (04) autres harraga morts en mer sont originaires de la ville de Tiaret dont deux cousins habitant le populeux quartier de «Volani». Parmi les victimes, Med. R, un sportif qui tenait une salle de body-building à la cité des «282 Logements».

Personne ne comprend comment ni pourquoi ce jeune homme à la nature calme et à l’esprit vif s’est jeté corps et âme dans une aventure… mortelle. D’autres familles, dont les corps de leurs enfants n’ont pas encore été retrouvés, sont toujours à l’hôpital d’El-Mohgoun, attendant que les plongeurs les retrouvent. Et selon des informations recueillies hier mercredi de source sécuritaire, les seize harraga, tous originaires de la wilaya de Tiaret, ont pris la voie des mers le 05 avril dernier à bord de deux embarcations.

Onze (11) corps ont été repêchés jusqu’à lundi dernier, leur repérage a été facilité par les gilets de sauvetage que les passeurs leur avaient fait porter lors de leur «mise à l’eau». Et au moment où nous rédigeons ces lignes, les opérations de recherches se poursuivent toujours pour tenter de retrouver les trois autres corps, des jeunes originaires de la wilaya de Tiaret.

Hier après-midi, le wali devait recevoir des représentants des jeunes dans une tentative d’apaiser leur douleur d’avoir tragiquement perdu leurs amis.

Written by elharraga

10 avril 2008 at 4:27

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