Archives de décembre 2008
Annaba: 30.000 dinars d’amende pour des harraga
par Hocine Kedadria
Le tribunal correctionnel d’Annaba a condamné hier à 30.000 DA d’amende chacune des 65 personnes interceptées par les éléments des gardes-côtes de la façade est d’Annaba. Ces derniers avaient été secourus au mois de novembre dernier, au large des côtes annabies, à bord d’embarcations artisanales. Présentés au parquet, ils avaient bénéficié d’une citation directe. A leur sortie du tribunal, certains ont même avancé que ce n’est pas cette condamnation qui va les arrêter. «Nous sommes décidés à réaliser notre objectif quelles que soient les difficultés et les contraintes», nous a dit l’un d’entre eux. Pour d’autres, ce n’était qu’une aventure qui a pris une tournure fâcheuse. «Nous avons perdu beaucoup d’argent pour ces tentatives de sortie et maintenant nous perdons encore 30.000 DA», a déclaré l’un des condamnés. Les concernés projettent de faire appel de cette décision.
Quelques vérités amères de Slemnia Ben Daoud
Publication. Harraga, ces éternels incompris !
D’une actualité terriblement brûlante, le phénomène des harragas en Algérie reste peu évoqué dans la création livresque. Seulement, en mettant le doigt sur la plaie, Slemnia Ben Daoud auteur d’un intéressant essai intitulé Harragas, ces éternels incompris !, publié par les éditions El Maârif, veut susciter le débat et amener les réflexions pour en trouver les solutions.
Partant d’une somme de constats affligeants où des jeunes n’hésitent pas prendre la mer au péril de leur vie, M. Ben Daoud avance quelques interrogations dramatiques et dévorantes à la fois. A sa façon, il tente de sonder les dessous inextricables « d’un grave phénomène de société auquel nous tournons volontairement le dos », relève-t-il dans le liminaire de son livre de 143 pages. Les origines de ce « nouveau mode d’emploi pour la mort » sont liées, selon l’auteur, à une profonde régression des valeurs de la personnalité algérienne depuis l’indépendance et à la mauvaise, voire la non-gouvernance du pays. De ces deux raisons, une foultitude d’épiphénomènes font que la harga est devenue à la mode depuis 2000. En effet, le chômage, la crise du logement, la hogra, le rôle défaillant de l’école et une religion aux prêches douteux viennent globalement et dramatiquement nourrir l’imaginaire du futur harrag. L’auteur a la conviction selon laquelle « l’Algérie manque de projets de société et de perspectives d’insertion et d’avenir pour les jeunes ». Il tire la sonnette d’alarme.
« L’heure est grave (…) Les clignotants sont au rouge », prévient-t-il, tout en invitant les autorités concernées à s’intéresser davantage à cette « fuite en avant », qui est aussi bien celle des harragas que des autorités. Enfin et sans pour autant désarmer ou de tomber dans une fatalité sclérosante, M. Ben Douad apporte quelques potions non pas magiques, mais seulement pratiques, afin de retrouver cette confiance perdue entre les citoyens et les gouvernants. Le rétablissement de cette confiance ne saurait se faire sans l’application saine d’un ordre politique et social qui intégrerait les aspirations des jeunes. Autrement dit, consacrer une mode de gouvernance démocratique, loin de toutes facéties où tous les jeunes et sans exclusion aucune, auraient droit au chapitre.
Par Hocine Lamriben
600 harraga algériens dans les morgues espagnoles
Ils risquent d’être incinérés par les autorités ibériques
C’est un drame national. Environ 600 corps de harraga sont entassés dans les morgues espagnoles à Alicante, Almeria et d’autres régions du sud de la péninsule ibérique. Le chiffre a été annoncé hier lors d’une conférence animée par la Commission nationale pour la sauvegarde de la jeunesse algérienne, une structure qui dépend de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), aile Hocine Zehouane.
« Nous ferons tout pour rapatrier les dépouilles de nos concitoyens », a affirmé le président de la commission, M. Boudellal, avant que les autorités espagnoles ne décident de les incinérer. Elles s’apprêtent d’ailleurs à le faire, témoigne l’imam algérien d’Alicante. Selon lui, « les corps qui sont déposés dans les morgues de la ville, à Almeria ou ailleurs, certains depuis 6 mois, d’autres depuis une ou deux années sont en état de décomposition avancée. C’est une honte pour l’Algérie que de ne pas les enterrer dans leur propre pays ». Si les pouvoirs publics n’ont rien fait pour ces Algériens quand ils étaient en vie, qu’ils décident au moins de les rapatrier, s’indigne-t-il en soutenant qu’il existe parmi eux des femmes et des enfants. La Commission nationale de sauvegarde de la jeunesse (CNSJA) qui se demande pourquoi une telle situation n’a pas alerté nos responsables, indique qu’environ 4000 Algériens croupissent dans des prisons espagnoles, italiennes, libyennes et tunisiennes sans que cela n’émeuve personne.
« Nous avons même reçu, il y a trois semaines, un fax anonyme d’Algériens détenus au Kurdistan irakien. Ils sont dans des prisons secrètes, où ils subissent la torture », a annoncé le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, Hocine Zehouane, pour qui « la prise en charge des harraga ne relève pas de l’humanitaire, c’est un droit ». Exhibant la une du magazine français l’Express, qui a traité il y a quelques jours de l’histoire de deux jeunes Algériens qui faisaient valoir leur prétendue origine juive pour fuir le pays, le conférencier s’est dit très touché en tant qu’ancien moudjahid avant de lâcher : « Nous avons mis dehors une puissance coloniale de l’envergure de la France, pour que des jeunes Algériens se retrouvent dans une telle misère ! » Désabusés, les membres de la CNSJA comptent lancer prochainement en Algérie une campagne de sensibilisation sur le phénomène des harraga.
Ils demandent à l’Etat de lever les verrous bureaucratiques pour qu’ils puissent venir en aide aux jeunes Algériens détenus dans les prisons espagnoles, ceux qui tentent de survivre dans la clandestinité, et pourquoi pas rapatrier les corps en décomposition dans les morgues. « Des hommes d’affaires algériens, des associations et autres bienfaiteurs sont prêts à nous aider, disent-ils, mais il est difficile d’avoir toutes les autorisations pour pouvoir le faire. » Il est tout de même honteux que ce soit les associations humanitaires belges et suisses qui viennent au secours des jeunes Algériens en détresse. L’imam d’Alicante, membre d’une association espagnole « Ayam », raconte qu’il y a beaucoup de harraga qui veulent bien revenir mais avec les dernières lois promulguées en Algérie et qui sanctionnent sévèrement l’immigration clandestine, ils préfèrent rester là où ils sont.
« La place des jeunes n’est pas dans les prisons »
« La place de la jeunesse algérienne n’est pas dans les prisons », tonnera Hocine Zehouane qui demande d’ailleurs la libération de tous les jeunes émeutiers, dont le procès de 180 d’entre eux débute aujourd’hui à Chlef. « L’Algérie est-elle en train de faire la guerre à sa propre jeunesse ? », s’interroge-t-il avant de souligner : « S’il n’y a pas un véritable changement politique qui préconisera un projet pour les jeunes Algériens, le pays va brûler. » Le constat fait par la CNSJA indique que l’année 2008 peut être considérée sans exagération comme étant la pire des années vécues par la jeunesse algérienne depuis l’indépendance. Des milliers de jeunes ont quitté clandestinement le pays. La LADDH avance le chiffre global de 36 000 harraga.
En effet, a-t-il souligné, « les jeunes sont devenus des proies faciles pour les organisations terroristes et criminelles et des cibles de choix pour les campagnes de prosélytisme et les barons de la drogue ». Dans son rapport de l’année 2008 sur la jeunesse, la CNSJA soutient que les politiques publiques ont échoué : « Les différentes modalités de recrutement dans le cadre du programme des contrats pré-emploi créé officiellement depuis 10 ans ont abouti à un échec cuisant, puisqu’elles n’ont permis l’intégration professionnelle qu’à 2% des inscrits au programme. » Quant aux autres dispositifs de micro-crédit, dont l’ANSEJ ou encore de la CNAC, les chiffres confirment que les banques publiques n’ont financé que 4% des projets des jeunes malgré l’existence de la Caisse de garantie des crédits et les instructions données par les autorités publiques.
Les principales wilayas dans lesquelles il a été enregistré un refus collectif d’octroi des crédits bancaires sont Sétif, Chlef et Tiaret. Le même rapport souligne que, sur le dossier des libertés, les jeunes sont privés de leurs droits citoyens de participer activement dans la société civile. Le mouvement associatif est par conséquent gelé par le ministère de l’Intérieur en violation de la Constitution et des lois de la République.Les membres de la LADDH s’en prennent au ministre de la Solidarité nationale, « qui ne fait rien pour régler les problèmes suscités et à Farouk Ksentini, qui, selon eux, est occupé par ses honoraires et n’a pas le temps à autre chose ».
Par Said Rabia
Six mois de prison avec sursis et une amende de 30 000 DA
Procès à Annaba de 65 harraga dont 3 mineurs âgés entre 14 et 17 ans
Hier, 65 candidats à l’immigration clandestine dont 3 mineurs ont été condamnés à une peine de six mois de prison avec sursis assortie d’une amende de 30 000 DA pour « tentative de quitter de manière illégale le territoire national ».
Annaba De notre bureau
Indignés par ce qu’ils ont qualifié d’injustice avérée, les accusés et leurs proches ont aussitôt décidé de faire appel. A l’exception de la révision à la hausse de l’amende, de 20 000 à 30 000 DA, la peine requise, il y a une semaine par le représentant du ministère, a ainsi été retenue par le tribunal.Malgré la similarité de la peine de l’audience d’hier avec celles déjà prononcées dans des affaires d’immigration clandestine traitées par le tribunal de Annaba, l’assistance a été fortement surprise par la condamnation des 3 mineurs (14 à 17 ans d’âge), au même titre que les 62 autres accusés adultes. Ce qui, à cet effet, a suscité de vives réactions auprès du bureau de wilaya de la Ligue algérienne des droits de l’homme. A sa sortie de l’audience, son porte-parole n’a pas manqué de faire part de son indignation en estimant que « le box des accusés n’est pas la place de ces trois mineurs.
Ce sont des victimes et elles devraient être traitées en tant que telles. Les condamner à une telle peine va beaucoup plus compliquer les choses ». Du côté des parents des trois mineurs, c’est la même indignation qui se lisait sur le visage de chacun d’entre eux. Ils reconnaissent toutefois que « si cette condamnation est très clémente par rapport à ce qui est prévu dans les amendements relatifs à l’incrimination de l’immigration clandestine décidés en Conseil des ministres, elle va incontestablement briser l’avenir de leur progéniture déjà au summum de la vulnérabilité ». Il faut dire que le procès d’hier, qui a vu se succéder devant la barre les 65 harraga, a mis à nu le drame, dans toute son ampleur, que vit la jeunesse algérienne.
Par N. B.
Annaba : 21 Harraga arrêtés près des côtes
Tard dans la soirée de mercredi dernier, 21 jeunes candidats à l’immigration clandestine, qui venaient à peine de mettre les voiles en direction de l’île de la Sardaigne (Italie), ont été appréhendés par les éléments de la brigade des garde-côtes du groupement territorial de Annaba, a indiqué le commandant Mahmoud Cheriak. Les harraga, dont l’âge varie entre 17 et 33 ans, qui étaient entassés dans une embarcation artisanale, ont été arraisonnés à un mile au nord de la plage d’échouage de la Seybouse, d’où ils ont pris le départ. Présentés au procureur de la République, les 21 harraga ont bénéficié d’une citation directe prévue pour la fin de janvier 2009. Aujourd’hui, à chaque fois que les conditions de navigation sont favorables, l’alerte maximum est décrétée chez les gardes-côtes de la marine nationale, qui se sont renforcés, depuis l’été dernier, en équipements très efficaces pour la lutte contre ce fléau. Cependant, les brigades des garde-côtes, mobilisées H24, n’arrivent pas à juguler, malgré toute leur volonté, cette expression de désarroi sociétal des jeunes, engendré par la misère noire au quotidien.
Par Ahmed -Ramy B.
Annaba : Six mois de prison ferme requis contre 65 harraga
Six mois de prison ferme assortie d’une amende de 20 000 DA est la peine requise hier par le procureur près le tribunal de Annaba, pour tentative d’émigration clandestine, à l’encontre de 65 harraga dont 3 mineurs sommés à comparaître en compagnie de leur tuteur.
Le jugement sera prononcé le 27 décembre. Agés entre 17 et 38 ans, ils sont venus de Souk Ahras, d’El Tarf, de Guelma, de Skikda, de Sétif, de Jijel, de Batna, de Tizi Ouzou, de Chlef, d’Alger et même de Béchar pour comparaître à la barre et être jugés. En face du magistrat, tous les harraga sont unanimes quant aux conditions sociales exécrables ayant nourri leur volonté de quitter le pays à la recherche d’un avenir meilleur sous d’autres cieux plus cléments. « Je suis père d’une famille composée de 5 membres. Dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins, j’ai décidé de mettre ma vie en péril pour faire vivre ma famille », s’est justifié, sur un ton bas, l’un des accusés. Un autre accusé a mis à l’index la politique nationale de l’insertion de la jeunesse dans le monde de l’emploi qui, selon lui, est condamnable tout autant de l’acte de « brûler les frontières ». La défense a plaidé pour une approche globale capable de situer les raisons d’un mal qui ne cesse de prendre de l’ampleur et de puiser dans une jeunesse algérienne mal en point. Selon elle : « Les mesures répressives ne sont pas dissuasives, car le fléau continue toujours. » Rappelons que ces harraga avaient été arrêtés il y a plus d’un mois dans trois opérations différentes par les gardes-côtes de Annaba.
Par M. F. Gaïdi
Des handicapés parmi les harraga
Les harraga se recrutent partout. Parmi les plus riches et au sein des couches les plus pauvres, même au milieu de ceux qui sont censés bénéficier d’une prise en charge décente de l’Etat du fait de leur vulnérabilité physique ou mentale. En effet, une association des handicapés vient de recenser quelques handicapés moteurs parmi les harraga. Ces derniers qui ont tenté la périlleuse traversée méditerranéenne pour atteindre les côtes espagnoles se retrouvent actuellement dans des centres de prise en charge où ils bénificient de tous les moyens leur facilitant la vie. Des moyens qu’ils n’ont jamais eus dans leur pays. Ainsi, il est clair que la vie est plus clémente sous d’autres cieux.
13 harraga disparus en mer
13 jeunes d’Oran des quartiers populeux et pauvres de Sidi el Houari, les Planteurs et Ras el Aïn, ont pris la mer le 09 novembre dernier à bord d’une embarcation clandestine pour l’eldorado européen.
Depuis, ils n’ont plus donné signe de vie et sont désormais comptés parmi les disparus en mer. Leurs amis et leurs familles ne savent plus à quelle porte frapper pour les renseigner sur ce qui est arrivé aux 13 jeunes qui font pratiquement partie de la même zone et vivent dans les mêmes conditions de vie. Bien qu’ils gardent un grain d’espoir pour avoir des nouvelles des leurs, ces amis et ces familles commencent à se préparer au pire. « 37 jours sans nouvelles, cela fait machinalement penser au pire », a dit un ami aux harraga qui ajoutera : « ils étaient âgés entre 22 et 30 ans et ont pris le départ à partir de la plage la Madrague.
Ils savaient qu’ils risquaient leur vie en prenant la mer par ce temps hivernal mais l’espoir du meilleur sous d’autres cieux l’a emporté sur la raison. » Ils sont des dizaines de jeunes portés disparus en mer suite à une tentative de traversée clandestine de la Méditerranée depuis le début de l’année.
Par M. B.
Harraga et Subsahariens, une même motivation
Partir quel qu’en soit le prix. Telle est la motivation des harraga algériens et des Subsahariens. Le Piège et Harguine harguine, les films de Djamel Benramdane, Kays Djilali et Meriem Bouakaz, des productions émouvantes, montrent avec émotion tout le mal qui ronge les jeunes du continent africain.
Le Comité international pour le développement des peuples (Cisp), une organisation européenne qui opère dans le domaine de la coopération internationale et la lutte contre l’exclusion sociale, a organisé avant-hier à son siège à Kouba un atelier de réflexion et d’information sur la migration subsaharienne et les harraga. Un sujet d’actualité qui a suscité un grand débat, suite aux communications de sociologues, de représentants d’organisations non-gouvernementales étrangères et de journalistes. Le film Le Piège de Djamel Benramdane et Kays Djilali, très émouvant, met à nu une réalité amère, celle de Subsahariens à Alger, Tamanrasset et au Maroc. « On nous appelle kehlouch, nigrou, meskine », témoignent des clandestins africains résidant dans des habitations de fortune et travaillant de façon occasionnelle pour survivre. « Que voulez-vous qu’on fasse avec 50 DA gagnés par jour ? », s’interrogent-ils. Harguine harguine, le film de 22 mn de Meriem Bouakaz, est époustouflant. Des jeunes Algériens de l’est du pays témoignent de leurs malheurs et de leur détermination à partir pour l’Europe : « Je n’ai rien à faire ici, avec mon diplôme de soudeur et toutes les demandes transmises à toutes les entreprises, je n’ai pas pu décrocher un travail. Que voulez-vous qu’on fasse avec la retraite de 6000 DA de mon père, responsable d’une famille nombreuse ? A mon âge, c’est une honte de demander à mon père de m’acheter une paire de basket… » Le témoignage d’un père dont le fils s’est noyé est bouleversant : « Mon fils n’a rien fait, il n’a commis aucun délit, je l’aimais. Je voudrais seulement connaître le sort de mon fils… » Sara Franzoso du CISP a eu à parler du profil des migrants d’Afrique subsaharienne, une diaspora composée de différentes personnes des deux sexes, âgées entre 15 et 30 ans. Pour Emmanuelle Mitte, du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (Unhcr), « en Algérie, il y a 1000 demandes d’asile en attente et le demandeur doit attendre plusieurs mois avant que son statut ne soit déterminé. A savoir qu’à l’heure actuelle, malgré l’optimisme et le grand travail qu’effectue cette organisation, nous n’avons pas souvenance d’un cas de ce type qui aurait été régularisé ». Baya Gacemi, journaliste, dira que « la traversée des jeunes Algériens n’est pas toujours mue par un sentiment de misère, mais c’est une question de malvie générale qui touche toutes les franges de la société ». « Même ceux qui partent en Europe avec un visa le font avec l’intention de ne plus retourner au pays. » El Kadi Ihsane évoque les cas des enfants de subsahariens nés sur le sol algérien, leurs droits à la scolarité et aux soins médicaux : « Et puis, vu la croissance algérienne, pourquoi ne pas intégrer les Subsahariens dans le monde actif ? Il ne faut pas se voiler la face, des Algériens ne veulent plus accomplir certaines tâches. » Le sociologue Zineddine Zemmour, après un long exposé, indique pour sa part que « les solutions à ce phénomène doivent parvenir des pouvoirs publics, parce que c’est un problème politique. » Enfin, les journalistes d’El Watan de Tlemcen et de Annaba sont intervenus au sujet de leurs expériences sur le terrain, des témoignages poignants…
Par Chahredine Berriah
L’immigration clandestine trouve son passage par Djanet
Zone frontalière avec le Niger et la Libye, Djanet est devenue un carrefour pour l’immigration clandestine. La Lampedusa du grand sud est un passage obligé pour les harraga venant de différents pays du Sahel, comme le Niger, le Mali, le Burkina-Faso, mais aussi de contrées plus lointaines comme le Ghana, le Togo, etc.
Djanet devient un accès obligé pour atteindre la Libye, première escale avant le grand départ vers l’Europe. Des centaines d’immigrants à la recherche d’une vie meilleure font le trajet de leur pays respectifs, vers la Libye via Djanet. Les frontières larges et perméables sont difficilement contrôlables. Les services de sécurités, tous corps confondus, se partagent la mission de couper court l’aventure des hôtes clandestins. Traversant le désert dans la soif et la faim, ces immigrants sont parfois dans un état tel qu’ils sont contents de tomber sur des secours, même s’il s’agit des services de sécurité. Durant notre passage à Djanet, nous apprîmes l’interpellation de 22 clandestins de différentes nationalités. Ils sont venus du Niger via Tamanrasset, puis ont rejoint Djanet. Durant trois jours, ces immigrants ont traversé le Hoggar pour voir leur rêve s’achever au Tassili. Une source qui a requis l’anonymat affirme qu’en 15 jours, pas moins de 200 immigrants ont été interpellés. Une fois arrêtés, ces harraga sont présentés à la justice puis admis dans un centre de transit avant, de se voir refoulés. Comme pour les harraga en mer, les immigrants d’Afrique noire pénètrent sur le territoire national grâce à des passeurs algériens. Ces derniers font payer à chacun des clandestins 7000 dinars le trajet entre Tamanrasset et Djanet. « Les tarifs sont à la hausse, ils étaient à 2500 dinars ; les passeurs profitent de la vulnérabilité des immigrants pour les obliger à payer plus et les jeter dans le désert livrés à la soif et la faim », nous dit une source qui a requis l’anonymat. Cette même source nous confie qu’il arrive qu’en 15 jours pas moins de « 200 clandestins sont arrêtés ». En sus de la Gendarmerie nationale et des garde-frontières, une brigade chargée de la lutte contre l’immigration clandestine a été créée au niveau des frontières depuis 2 ans.
Par Nadjia Bouaricha