Harraga

Combien sont-ils ces harraga qui ont pris le large pour ne plus revenir ?

Archives de mars 2008

Les corps de deux harraga rapatriés à Tiaret

avec 4 commentaires

par El Houari Dilmi

Quatre jeunes hommes âgés entre 22 et 34 ans, ayant pris la mer pour gagner clandestinement la côte espagnole, sont portés disparus depuis plus de trois semaines, a-t-on appris de source sécuritaire. En effet, trois jeunes hommes, tous originaires de la ville de Tiaret, ont pris la voie des mers à bord d’une felouque à partir d’une plage sur le littoral mostaganémois, sans donner signe de vie jusqu’à ce jour.

Un autre jeune homme, originaire de la ville de Rahouia, est lui aussi porté disparu depuis des mois, et sa famille a remué ciel et terre pour tenter de le retrouver. Son corps a finalement été retrouvé et sera rapatrié d’Espagne pour être enterré au niveau de son village natal. Mercredi dernier, un jeune homme, âgé de 23 ans, lui aussi mort noyé en mer, a été rapatrié et inhumé jeudi, au niveau du nouveau cimetière de la ville de Tiaret.

Dans un rapport, les services de la Sûreté ont fait état de plus de cent harrag expulsés d’Espagne et d’Allemagne durant l’année 2007.

Rédigé par elharraga

30 mars 2008 à 8:55

Ce qui attend les harraga en Belgique

sans commentaires

La face cachée des centres pour immigrants clandestins européens

Les détenus de ces centres n’ont commis aucun délit et leur détention est le fruit d’une décision administrative et non pas judiciaire.

Bruxelles (Belgique). De notre correspondante

Aujourd’hui fermé, le centre pour « illégaux » de Vottem près de la ville de Liège, est a priori un centre comme un autre : avec une double rangée de grillage, des caméras de surveillance, des gardiens et un règlement qui prévoit des sanctions comme la privation de visite, les menottes aux mains, la camisole de force et l’enfermement dans des cellules d’isolement. Il y a 6 centres pour « illégaux » en Belgique, 5 sont en région flamande et 1, en l’occurrence Vottem, est en Wallonie. Ces centres hébergent des sans-papiers en attente de leur éloignement du territoire belge, ils sont gérés par l’Office des étrangers. Chaque structure remplit une mission bien déterminée : transferts, interception des clandestins, identification des détenus… Régulièrement, des associations et ONG manifestent, et dénoncent les conditions de vie des détenus hommes, femmes et enfants dans ces centres. Ces détenus n’ont commis aucun délit et leur détention est le fruit d’une décision administrative et non pas judiciaire. Ils sont détenus le temps « nécessaire » à ce que soit prise une décision sur leur sort. L’arrestation des détenus résulte d’interpellations dans la rue, de contrôles à l’aéroport, spontanément lors d’une demande d’asile et parfois, les personnes convoquées par l’Office des étrangers se retrouvent arrêtées (par famille) au moment de leur rendez-vous. Le gros plan sur la gestion du centre de Vottem laisse entrevoir l’étendue de la violence psychique qui y règne. Le 16 novembre 2006, un journaliste publiait un article dans le magazine Ciné-télé Revue intitulé « Centre fermé de Vottem, des gardiens (4 en tout) parlent ». Dans leurs témoignages, ces gardiens faisaient état d’une bien longue liste de violations des droits de l’homme, dont eux-mêmes, exécutants, étaient témoins, tout en devant poursuivre leur tâche. Grâce au courage de ces gardiens, la direction du centre a été interpellée, puis il s’ensuivit une série de conséquences, qui n’auront sans doute pas l’effet escompté. En attendant, entre ceux qui décident et ceux qui sont émus, il y a ceux qui gèrent et improvisent. « Tous les jours, quand je rentre chez moi , je chiale parce que j’ai vu des trucs qui ne devraient pas exister », témoigne l’un des gardiens. A la question de savoir comment ils se sentent dans ce travail, un autre gardien a répondu : « Parfois, je me demande ce que je fais là, mais je me dis que j’occupe la place d’un type qui aurait pu être pire que moi. Ces centres existent de toute façon. Et puis il faut bien gagner sa vie. C’est comme ça que je me console. » Et un autre collègue de dire : « Certains pourraient croire que les agents des centres fermés sont des brutes sans scrupules ou des racistes. Or, il n’y a rien de plus faux. Par exemple, quand il a été question de recevoir des familles à Vottem et que rien n’était prévu à cet effet, on s’est démené sans compter pour rendre l’accueil acceptable parce qu’on savait qu’il y aurait aussi des enfants. »

Melting-pot

Alors que ce centre, ouvert en 1998, avait et a toujours pour objectif d’héberger les illégaux en attente de leur éloignement du territoire belge, au fil des ans, les gardiens ont pu constater la venue de plus en plus régulière de SMEX (sans moyen d’existence, ndlr). « Il faut savoir que Vottem est devenu un centre poubelle », affirme un gardien. « Par exemple, s’il y a une personne qui se ballade en rue avec un comportement bizarre, celle-ci est presque automatiquement interpellée par la police. Et s’il se trouve qu’elle n’a pas de papiers, il est fort possible que les flics l’emmènent, non pas dans un centre psychiatrique, mais la mettent plutôt dans un centre conçu pour “personnes étrangères et sans papiers “. » « Ici, beaucoup de gens n’ont rien fait de mal. A la création du centre, les “résidents” étaient uniquement des “illégaux”, mais depuis quelques années, il y a de plus en plus de SMEX. Par contre, les illégaux sont des “sans-papiers” qui ont été condamnés à une peine de prison et qui viennent purger leurs dernières semaines de peine chez nous avant d’être rapatriés ou de recevoir un OQT (ordre de quitter le territoire) de 5 jours. En quelque sorte, on sert aussi à désengorger les prisons. » « Des Africains qui fuient un régime politique dictatorial sont mélangés avec des Albanais qui viennent ici pour faire du proxénétisme… les résidents sont logés dans des chambres qui ne sont pas fermées. » Etrange brassage dans ce camp qui ne dit pas son nom. Reste à savoir quel est le dénominateur commun de tous ces détenus aux yeux des autorités belges.

Sans-papiers et cas psychiatrique

S’ajoutent à ces « catégories d’indésirables » des individus qui s’avèrent être des fous ou malades mentaux. Leur étrange comportement (cris, tentative de suicide) a amené la direction à ordonner leur enfermement dans des cellules d’isolement, sorte de cachots en béton meublés d’un matelas. L’isolement peut durer des semaines, comme l’affirment les gardiens, cela ne dépasse pas plus d’une semaine, selon la direction. Ainsi traités comme des animaux, ces individus ont parfois eu droit à l’aide d’un kinésithérapeute. Justement l’enjeu, pour les responsables de ces centres, est de faire en sorte que ces malades n’aient pas le statut de cas psychiatriques. Pourquoi ? « Pour cette direction qui dépend du ministère de l’Intérieur, c’est que si le type est reconnu malade par un psychiatre, il n’est plus rapatriable. » Donc, tout le monde aura compris le sens de la manœuvre. C’est ainsi que les autorités préfèrent voir leur maladie comme de la « simulation ». Et pour les calmer, rien de plus efficace que de les enfermer dans des cellules et les y laisser terrorisés, parfois nus, jusqu’à ce que l’odeur des excréments soit insoutenable pour le personnel. Notons au passage que M. R., alors directeur adjoint du centre, est en même temps… le psy des détenus.

À refouler !

Pourtant, pour atteindre les objectifs d’expulsion, les autorités préfèrent garder le label sans-papiers, et effacer le caractère fou pour pouvoir les faire entrer dans la catégorie « à refouler ». « Quand on demande pourquoi des cas psychiatriques arrivent chez nous, on me dit que c’est seulement pour savoir si ces gens doivent être rapatriés ou pas. » Et pour le savoir, dit-on, « il faut qu’ils passent d’abord par Vottem et être dans le système pour que l’Office des étrangers puisse les valider ». Ces pratiques sont tellement grossières qu’elles peuvent laisser croire à une dérive de l’administration du centre. Pourtant, cette manière de fonctionner est tout simplement, dit-on, une manière de parvenir à réaliser les objectifs fixés par le ministère. Mais personne ne parle d’atteintes ou d’excès de zèle. Décidément, l’argument de la rentabilité a de beaux jours devant lui. A signaler tout de même que la préoccupation primordiale du centre est d’éviter qu’un détenu y meure. La mort d’un résient provoquerait l’attention et l’émotion de l’opinion publique, ce qu’il faut absolument éviter. Et puis, que pensera-t-on si on découvre que l’on enferme des gens qui n’ont commis aucun délit… comme des bêtes fauves ?

Quelques doses de Dhpb

En 2007, une infirmière du centre se fait licencier. Elle porte alors plainte contre la direction et accuse, notamment, le chef du personnel, Mohamed Kh., ancien policier criminologue tunisien, d’entorse à la déontologie médicale de harcèlement et de calomnie. Elle a été démise de son poste pour n’avoir pas voulu obéir aux ordres qui allaient, selon sa conscience, contre la déontologie médicale d’infirmière : « Prescription à la légère de DHPB(c’est-à-dire un neuroleptique puissant rarement utilisé car archaïque et qui crée chez une personne hyper excitée une sorte de maladie de Parkinson artificielle et se retrouve alors comme dans une camisole chimique) ». Interpellé par des parlementaires, le ministre de l’Intérieur a décidé pour le budget de 2007 de créer un poste de « psy » permanent dans chaque centre, et pour le cas de Vottem, le psy M.R., qui était en même temps cadre administratif, perdra sa double casquette pour ne devenir que psy… digne de confiance. Cette affaire fait écho avec les témoignages des gardiens. « En fait, on se contente de bourrer les gens de médicaments pour les garder calmes. Les médocs à Vottem, c’est un budget de plusieurs milliers d’euros. » Plusieurs ONG avaient indiqué que ces déclarations confirmaient des craintes exprimées de longue date et un rapport dénonçait déjà en 2006 l’usage abusif de calmants et somnifères… En attendant, une information judiciaire est ouverte par le parquet de Liège. L’office des étrangers quant à lui a publié la réponse de deux médecins du centre, les mystérieux docteurs A.C. et I.K., qui affirment que le DHPB est courant dans tous les services des urgences et que ce sont les détenus qui ne cessent de réclamer des anxiolytiques. Les détenus étant complètement isolés et perdus, la solidarité des associations et des ONG qui viennent les visiter leur permet de parler et d’être entendus comme des personnes et non pas comme des numéros. La mobilisation continue même si les autorités tentent de casser les initiatives, par exemple en inculpant pour « rébellion armée » des manifestants contre Vottem qui avaient lancé des projectiles (mottes de terre et pavés). Les centres fermés ont manifestement une fonction symbolique, celle de dissuader les immigrants, mais les facteurs qui poussent les personnes à quitter leur pays sont plus forts que toutes les entraves mises sur le chemin de leur exil vers l’Europe. Dans un arrêt rendu le 24 janvier 2008, la Cour européenne des droits de l’homme a sévèrement condamné la Belgique pour avoir violé les articles 5 (droit à la liberté et à la sûreté) et 3 (interdiction des traitements inhumains et dégradants) de la Convention européenne des droits de l’homme envers deux Palestiniens. Une directive de l’éloignement… les bases pour une répression commune Ce type de détention est un instrument de plus en plus utilisé en Europe, comme en témoigne le projet de directive du retour, en ce moment en cours de négociation entre le Conseil et le Parlement européens dont le rapporteur est Manfred Weber, député européen (Parti populaire européen). Cette directive propose une organisation institutionnalisée de la détention des immigrants clandestins selon le modèle dit allemand où la détention peut durer jusqu’à 18 mois. La directive devra être adoptée d’après la procédure de codécision (c’est-à-dire entre le Parlement qui a l’occasion d’exercer ses compétences sur une question législative importante et le Conseil des ministres). Nous sommes loin des 32 jours retenus en France et qui avaient déjà suscité l’indignation d’une partie de l’opinion publique. Il s’agit donc d’aligner et d’harmoniser les pratiques des Etats vers le bas. Pour l’instant, deux points entraînent le report du vote : des organisations belges qui se battent contre la détention d’enfants en Belgique font pression et refusent de voir cet état de fait légalisé par l’Europe, ainsi que la question de l’interdiction de revenir sur le territoire pendant 5 ans. Il s’agirait ici de laisser la possibilité aux Etats de régler ce point selon les individus plutôt que de poser le principe du forfait général de 5 ans. Si les négociations se déroulent comme prévu, le vote devrait se tenir à la session des 19-22 mai 2008. Les parlementaires européens ont aujourd’hui une responsabilité historique : réagir pour ne pas laisser retomber l’Europe dans les heures sombres de la ségrégation entre nationaux et indésirables par la systématisation des camps et de l’éloignement forcé. Nous appelons les parlementaires européens à prendre leurs responsabilités et à rejeter ce projet. Extrait de la pétition : « Non à la directive de la honte ». Aujourd’hui, les opposants ne s’attendent même plus à ce que les négociations adoucissent le visage de la directive. Il n’y a plus de compromis possible. La balle est dans le camp du Parlement européen. Son courage est attendu, pour ne pas dire espéré… A suivre.

Selma El Kenz

Rédigé par elharraga

17 mars 2008 à 1:38

Harraga / Hagarra : le binôme du désastre

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L’irruption brutale dans l’actualité algérienne des harraga, la charge de violence intense et l’apparente désespérance que renvoie leur image sont une violente interpellation d’un pays qui s’en pensait préservé et un démenti de l’idée qu’il se faisait de lui-même.

La folie des traversées funestes le concerne dorénavant directement et avec un degré de gravité encore plus important. C’est comme « un retour de bâton » pour un pays où le « clandestin » c’était l’autre, le subsaharien incarnation d’une misère et d’une désespérance que l’on se complaisait, avec condescendance et parfois racisme explicite, à accoler comme une tare congénitale à une Afrique noire dont on se voulait différents. Cette fiction aura vécu… S’il est vrai que la force de cette irruption est inquiétante et son ampleur nouvelle, elle ne fait que révéler, au grand jour, et avec violence, une réalité : ce n’est pas d’aujourd’hui que les jeunes Algériens fuient leur pays. Il se trouve qu’aujourd’hui ils sont plus nombreux et surtout contraints à le faire plus dangereusement, à partir de leur pays même. Les Algériens plus concernés que les Subsahariens, par un phénomène qui ne date pas d’aujourd’hui. Ce phénomène remet d’abord au jour une vérité occultée : les migrations irrégulières concernent plus les Maghrébins, Algériens compris, que les Subsahariens alors que la focalisation est faite sur ces derniers et que le discours officiel maghrébin y a trouvé un moyen d’occulter le drame culpabilisateur de ses propres migrants en le « transférant » sur le « bouc émissaire » subsaharien et en faisant de sa répression une « rente géographique » de protection de l’Europe pour en tirer des dividendes politiques. Les Subsahariens n’ont fait que se greffer, tardivement, sur des « interstices » ouvertes par les Maghrébins qui étaient et continuent à être largement majoritaires. Prenons le cas des Algériens, alors qu’aucune tentative ne se faisait depuis les côtes algériennes et au moment même où l’Algérie s’employait à refouler les migrants africains, ils étaient déjà pourtant nombreux à tenter la traversée par le Maroc et proportionnellement, de loin, plus nombreux que les ressortissants de n’importe quel autre pays africain. Ainsi, certes beaucoup moins nombreux que les Marocains, les Algériens n’en étaient pas moins, après ces derniers, la première nationalité africaine par le nombre des expulsés de l’Espagne dans les premières années 2000 où elle surclasse de loin toutes les autres nationalités africaines. Les seuls Espagnols avaient pour la seule année 2002 renvoyé 2500 Algériens (exactement 2449) qui avaient traversé irrégulièrement la Méditerranée. Pour combien qui ne l’ont pas été ? Ce chiffre est à mettre en rapport avec celui actuel : durant les 9 premiers mois de 2007, 1396 Algériens ont débarqué en Sardaigne. Mais avant, cette réalité n’était alors pas dérangeante parce qu’elle se déroulait loin du pays. Pendant ce temps, en Algérie comme dans tout le reste du Maghreb, le discours officiel avait réussi à réduire la question migratoire à celle des Subsahariens et à faire de sa gestion, qui lui a été imposée par l’Europe, une nouvelle ressource politique pour mieux négocier avec celle-ci notamment la pérennité des régimes.

La répression produit de nouvelles routes plus dangereuses
Mais le résultat paradoxal de la répression exercée par les Maghrébins, dont l’Algérie, contre les migrants subsahariens, c’est qu’elle se retourne d’abord contre leurs propres enfants. C’est parce que les pays maghrébins ont durci « la chasse aux migrants » que les Algériens ne peuvent plus utiliser les passages fonctionnels et moins dangereux dans les pays voisins et qu’ils ont donc été amenés à prendre plus de risques en partant depuis l’Algérie dont les itinéraires sont plus dangereux. Si les Marocains ont fait du zèle jusqu’à aller tirer en octobre 2005 sur les migrants subsahariens à Ceuta et Melilla, près de 1000 de leurs jeunes sont aujourd’hui détenus dans des conditions moyenâgeuses en Libye qui, selon un rapport de la Frontex (l’Agence européenne des frontières extérieures chargée de la lutte contre les migrants et qui ne peut être soupçonnée d’hostilité aux pays qui l’aident dans sa tâche) détient plus de 60 000 migrants prisonniers. Il n’y a pas de raison qu’il n’y ait pas parmi eux des Algériens, comme tendraient à le confirmer les témoignages recueillis sur le terrain, auprès des migrants. On sait d’ailleurs qu’il y a eu des familles qui ont saisi le gouvernement à propos de morts suspectes au large de la Tunisie et de la Libye. Mais cette participation des pays maghrébins à la répression tue aussi des enfants maghrébins. Ainsi, si la Libye obtient et demande des moyens pour traquer les migrants (le même rapport de la Frontex, rapport de mission mai-juin 2007, rapport destiné à l’UE et qui a été ébruité par des fuites, cite en détails des moyens exorbitants en hélicoptères, avions, moto-vedettes, 4X4…), le nombre de morts s’accroît : sur le seul canal de Sicile, passage privilégié des Maghrébins et des Algériens, le nombre de morts, qui était de 302 en 2006, a atteint le chiffre de 502 rien que dans les 9 premiers mois de 2007 et, bien sûr, parmi eux beaucoup de Maghrébins et d’Algériens… Cette réalité macabre que révèle le phénomène des « harraga » en Algérie remet les choses en place : les Maghrébins qui font la police pour l’Europe ne sont pas du bon côté du bâton, même s’ils jouent à l’oublier. Alors qu’elle se félicite de la chute du mur de Berlin, l’Europe pousse les pays du Maghreb à inventer le crime d’« émigration illégale » alors que du point de vue du droit international, ce qui est criminel, ce n’est pas le fait, pour un individu d’émigrer, c’est le fait pour une autorité publique de tenter de l’empêcher. La Déclaration universelle des droits de l’homme proclame le « droit de quitter tout pays, y compris le sien ». Pourtant, toutes les études tendent à prouver que d’une part, ces flux sont minimes y compris par rapport à d’autres sources de migration (les Latinos-Américains, les Européens de l’Est ou les Asiatiques surclassent les Maghrébins et les Subsahariens objets de tous les fantasmes d’invasion sont encore bien infimes comparés aux Maghrébins) et que d’autre part, la répression est contreproductive. Le verrouillage des frontières tend à accroître la pression migratoire aux portes de l’Europe et la sédentarisation aléatoire de ceux qui ne peuvent plus repartir car, plus on ferme les frontières, plus les migrants s’installent alors que plus on les ouvre comme on l’ai fait depuis 1991 à l’est de l’Europe, plus ils circulent. Il confirme, 25 siècles plus tard, cette sentence de l’historien et philosophe grec Tucidide : « L’épaisseur d’une muraille compte moins que la volonté de la franchir. » Pourquoi une immigration irrégulière massive plus tardive pour les Algériens ? Les Algériens au même titre que les Marocains ou les Tunisiens ont donc toujours été concernés par la migration irrégulière. Pourtant, il est vrai qu’ils étaient moins nombreux et ont recouru plus tardivement aux formes irrégulières et « aventureuses » de la migration. En plus du fait d’une proportion moindre d’Algériens qui émigraient pendant la décennie allant du milieu des années 1970 au milieu des années 1980, la raison en est surtout au fait que les Algériens avaient une « avance » et un exutoire que n’avaient pas les pays voisins. Il tient à l’histoire et aux liens tissés avec l’ancienne métropole et qui ont fait que d’une part, pendant longtemps, l’Algérie a eu, et de loin, la plus importante communauté émigrée en France (où se trouvait alors l’essentielle de l’émigration maghrébine en Europe) et d’autre part, il y a eu une interpénétration plus forte entre la société algérienne et française (immigrés, soldats des deux guerres mondiales, rapatriés, soldats de la guerre d’Algérie, harkis, coopérants…) offrant des interstices de mobilité aux individus. C’est ainsi que la fermeture des frontières françaises à l’immigration a été mieux amortie, et sur un temps plus long, par la société algérienne. D’une part, l’importante communauté immigrée en France a permis des opportunités de migration à de nombreux jeunes, grâce notamment aux stratégies familiales et matrimoniales (ainsi le mariage avec une fille émigrée qui était très péjoré négativement, en raison de mœurs supposées délitées, est devenu une plus value sur le marché matrimonial) ; et d’autre part, l’interpénétration des deux sociétés a été instrumentée par les individus notamment au travers de l’acquisition de la double nationalité (pratiquée depuis plus longtemps par les Israéliens) pour contrer le contexte d’hostilité de l’Europe à la libre circulation en rusant avec les logiques étatiques. Il y aurait ainsi près de deux millions de binationaux dont une majorité d’Algériens. C’est cet exutoire et cette « avance » donnés aux Algériens par l’histoire qui explique qu’ils n’avaient pas recouru plus tôt et massivement comme les Marocains ou les Tunisiens à l’immigration « aventureuse » et c’est ce qui explique que l’immigration algérienne fonctionne dans un « couple migratoire » avec la France (97% des immigrés algériens en Europe sont en France). Au contraire des immigrés marocains qui forment une véritable diaspora dispersée à travers l’Europe, car n’ayant pas eu cet exutoire, ils ont dû plutôt se frayer d’autres chemins, le plus souvent irrégulièrement dans un contexte de fermeture des frontières. Ce n’était pas le cas des Algériens et c’est ce qui explique que jusqu’en 2000, alors qu’il y avait respectivement 150 000 Marocains en Espagne et 150 0000 Tunisiens en Italie, les Algériens ne représentaient que moins de 10 000 dans chacun de ces deux pays. Or, cette « avance » des Algériens a fini par être « consommée » par le temps. Ainsi par exemple, les stratégies matrimoniales ne peuvent plus participer à la reproduction de la mobilité vers la France. Contrairement aux idées simplistes véhiculées sur l’absence d’intégration et le communautarisme des populations immigrées, la réalité est autre : les femmes algériennes ont d’une part, maintenant, le même taux de fécondité que les femmes françaises et mettent donc moins de jeunes sur le marché matrimonial, mais surtout les jeunes issus de l’immigration se détachent complètement des stratégies communautaires. Alors que par exemple les Portugais continuent à pratiquer pour l’essentiel un mariage dans leur communauté, la moitié des jeunes Algériens et le tiers des jeunes Algériennes se marient en dehors de la communauté maghrébine, même si les médias continuent à véhiculer les images de filles mariées de force au « bled ».

L’Algérie rattrapée par la régression sociale
C’est l’épuisement de cet exutoire qui explique que dès la fin des années 1990, le recours à l’immigration « aventureuse » est devenu important pour les Algériens au même titre que les Marocains et les Tunisiens. Nous ne sommes pas mieux lotis qu’eux, contrairement à ce que voudrait faire croire une propagande nationalitaire sur un Maroc « féodal » et une Tunisie « miséreuse » ayant vocation à produire des harraga et nous non. On avait seulement cet exutoire supplémentaire. Mais l’Algérie n’a pas seulement épuisé son « avance », elle a également rattrapé son « retard ». L’Algérie avait un « retard » sur les deux pays voisins : les inégalités y étaient bridées et donc moins fortes. Aujourd’hui, l’Algérie les surpasse. Or, plus que la pauvreté qui gagne le pays, c’est le creusement des inégalités, rapidement, qui déstabilise l’ensemble de la société et particulièrement les couches moyennes. L’importance de la pauvreté et du chômage (que ne peuvent masquer les chiffres officiels comme n’a eu de cesse de le démontrer l’ancien CNES, limogé pour cette raison) voient leurs effets démultipliés par le creusement rapide d’inégalités dans une société qui, contrairement à ses voisines, n’y est pas habituée. Elle alimente le sentiment d’insécurité chez les couches moyennes. Or, ce sont elles, en Algérie comme ailleurs, qui fournissent le plus gros des contingents des migrants. Contrairement aux idées reçues, la migration, à l’heure de la mondialisation, n’est pas le fait des couches les plus pauvres de la société, comme ce fut le cas au milieu du siècle. Aujourd’hui, au contraire, elle touche les éléments les plus entreprenants, les plus cultivés, les plus ouverts à l’extérieur et les plus nourris à l’imaginaire migratoire. Il n’est pas fortuit que les études partielles qui commencent à être faites sur ces harraga (peut-on espérer que l’Algérie laisse travailler les chercheurs sur ce thème et les encourager ou va-t-elle estimer là aussi que c’est une question de « sécurité nationale » ?) montrent que la majorité avait un emploi et qu’une grande partie d’entre eux avaient fait des études supérieures. Tout comme d’ailleurs les migrants subsahariens souvent objets du sarcasme de nos populations, alors que leur niveau d’instruction est largement supérieur à la moyenne des Algériens (alors qu’ils viennent de pays où domine l’analphabétisme, plus du tiers des migrants subsahariens a un niveau d’instruction dans le cycle du supérieur). Mais plus que le contexte de dégradation socio-économique, c’est l’impasse et l’absence de projet de société, la certitude de ne pas pouvoir se réaliser dans le système tel qu’il est, qui poussent ces jeunes, dans un sursaut de survie, à se détourner rageusement du pays. Ce sont les plus « riches » de ses enfants qui réagissent ainsi : riches de volonté, d’imagination et de désir de vivre. Ils ont autant, voire plus de courage que leurs aînés qui ont fait cette guerre de libération, devenue une rente et le moyen de culpabiliser toute une jeunesse de n’être pas née déjà pour la faire. Il ne sert à rien de leur faire la morale sur le caractère suicidaire de leur geste. Leur choix n’est pas bon et ce n’est peut-être pas le meilleur, mais ils pensent que le suicide le plus garanti est celui de subir la situation qu’on leur impose au pays. Ils savent que le système est suicidaire et autiste. Plus que la dégradation des conditions socio-économiques et même plus que l’absence de démocratie, c’est la déliquescence du sens de l’Etat et la certitude qu’il n’existe plus de contrat social, même injuste, qui est en train de souffler un vent de panique sur les couches moyennes. Les harraga sont le grain de sable qui fait éclater l’aporie des discours officiels et contraint la classe politique à revenir au réel. Dans un pays où le vote n’a aucun sens, ils votent avec leurs pieds, en partant. Leur « obstination insensée » n’est rien d’autre qu’une résistance humaine à une volonté de négation. C’est tout le pays qui se regarde fuir lui-même à travers la cohorte de ses enfants pressés de lui tourner le dos et d’aller tutoyer le diable et la mort dans des traversées cauchemardesques, plutôt que de continuer à subir les monologues schizophréniques de vieillards séniles dont ils savent qu’ils mènent tout le pays vers une mort certaine. D’ailleurs, focaliser tout le débat politique sur le probable « troisième mandat » au moment où les jeunes du pays deviennent une offrande sacrificielle à la mer relève-t-il de l’indécence ou simplement de l’autisme sénile ? Il n’est pas besoin d’être adepte de Lacan pour relever la parenté sémantique entre le terme de harraga et celui de hagarra. Ils sont les deux faces d’une même réalité, celle du désastre sociétal où se débat le pays.

Ali Bensaâd

Rédigé par elharraga

16 mars 2008 à 7:20

Six présumés harraga arrêtés à la place du 1er Novembre

sans commentaires

par H. Barti

Six candidats présumés à l’émigration clandestine ont été arrêtés hier matin à Oran par la police, au niveau de la Place du 1er Novembre (ex-Place d’Armes).

Agissant sur information, les éléments de la police judiciaire ont en effet, selon nos sources, réussi à avorter cette tentative présumée à « terre » et non pas en mer ou encore sur une des plages du littoral, comme cela a été souvent le cas par le passé. Selon les mêmes sources, les six mis en cause, dont l’âge varie entre 25 et 30 ans, tous originaires de la ville Tiaret, devaient rencontrer une personne habitant le quartier populaire de Derb, laquelle devait les mettre en contact avec un « passeur » dans le but de leur fournir matériels et assistance pour rallier clandestinement dans les tout prochains jours, les côtes espagnoles.

Ce coup de filet, premier du genre à Oran, du fait qu’il soit réalisé en amont, démontre, si besoin est, l’importance que pourrait avoir le travail de renseignement dans la lutte contre un phénomène comme celui de l’émigration clandestine, tant il garantit une efficacité optimale à l’ensemble du dispositif, en apportant un soutien précieux au travail déjà réalisé en mer par le service des gardes-côtes.

Rédigé par elharraga

16 mars 2008 à 6:24

Pour l’année 2007 921 harraga ont péri en mer

sans commentaires

par H. Barti

L’Espagne et l’Union européenne viennent d’être épinglées par une ONG espagnole de défense des droits de l’homme sur le dossier de l’immigration clandestine.

L’Association de défense des droits de l’homme d’Andalousie (APDH-A) a en effet estimé, dans son rapport 2007 présenté avant-hier, que malgré toutes les déclarations d’intention, le gouvernement espagnol et l’Union européenne (UE) « continuent d’ignorer les causes qui provoquent les migrations actuelles en établissant des mesures très restrictives dont la portée et l’efficacité ne sont que conjoncturelles, avec des effets imprévisibles à moyen terme». Se basant sur des statistiques officielles, l’ONG indique dans son rapport, intitulé «Droits de l’homme dans la frontière en 2007″, qu’un total de 921 immigrants clandestins ont trouvé la mort en 2007 en tentant d’atteindre les côtes espagnoles à bord de pateras. Sur les 921 morts, 287 sont originaires d’Afrique du Nord, note le rapport, avant de souligner qu’au cours des deux premiers mois de 2008, 89 immigrants clandestins sont déjà morts en tentant de gagner les côtes espagnoles à bord d’embarcations de fortune. Selon un récent bilan communiqué par le commandement des Forces navales algériennes, couvrant le premier bimestre 2008, il est noté que neuf corps de candidats à l’émigration clandestine ont été repêchés au large des côtes algériennes. Dans le cadre de la lutte contre l’émigration clandestine, «les gardes-côtes algériens ont effectué, au cours de cette même période, 27 opérations de recherche et de sauvetage qui ont permis de secourir 422 candidats à l’émigration clandestine et de repêcher neuf corps».

La même source indique par ailleurs que 32 candidats à l’émigration clandestine ont été interceptés au large des côtes italiennes lors d’opérations menées par le Centre national des opérations de surveillance et de sauvetage, en coordination avec le Centre italien de coordination des opérations de sauvetage, alors que 91 autres ont été rapatriés après leur interception près des côtes espagnoles.

Le rapport de 2006 estimait à 7.000 le nombre de personnes mortes au cours de leurs tentatives de gagner les plages espagnoles. La baisse de près de la moitié des personnes mortes en 2007 s’explique par le fait que seule la moitié du nombre des pateras était parvenue à atteindre ces plages, précise-t-elle.

L’ONG espagnole n’exclut pas, par ailleurs, une réactivation de l’immigration clandestine vers les côtes andalouses «en raison des traversées plus longues et difficiles des autres routes maritimes, du déploiement de (l’agence européenne) Frontex (le long des côtes ouest-africaines) et de la recrudescence du flux migratoire en provenance du Maroc et de l’Algérie». L’Espagne a rapatrié 55.938 immigrants en situation irrégulière au cours de l’année 2007, soit 6% de plus qu’en 2006, qui a vu l’arrivée de 18.057 sans-papiers à bord de pateras. L’association de défense des droits l’homme a dans ce sens plaidé pour un «véritable changement de cap» dans l’orientation et la gestion des migrations de la part du gouvernement socialiste espagnol, à la faveur de sa victoire aux législatives de dimanche dernier. L’organisation lui propose, ainsi, d’élaborer une nouvelle politique migratoire, d’analyser les causes de la migration forcée, de respecter «scrupuleusement» les droits de l’homme, de reconsidérer en profondeur le rôle des centres d’internement, de ratifier le 4ème protocole des droits de l’homme de l’UE qui interdit les expulsions massives des immigrés sans papiers et d’assouplir les flux permettant l’émigration régulière de l’Afrique vers l’Europe. L’Organisation des Nations Unies (ONU) avait, de son côté, exprimé mercredi sa préoccupation concernant l’augmentation inquiétante du nombre d’immigrés clandestins qui sont emprisonnés dans le monde après leur arrestation par la police ou les gardes-côtes.

«Actuellement, tout le monde recourt à la détention contre les personnes en situation irrégulière, au Nord comme au Sud. C’est une tendance inquiétante», a affirmé la présidente du groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire, Mme Leïla Zerrougui. «Les immigrants en situation irrégulière ne sont ni des criminels ni des suspects, leur détention doit être l’exception et non la règle», a-t-elle dit à la presse.

Rédigé par elharraga

15 mars 2008 à 3:29

Le cri de coeur d’une mère de harrag

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par Belbachir Djelloul

«Je cherche désespérément mon fils». Tel est le cri déchirant d’une mère de famille qui a frappé à toutes les portes pour retrouver son fils ou tout simplement en faire son deuil.

Elle s’en rapporte maintenant au président de la République. Elle a même eu l’idée de charger une femme au Maroc pour s’informer dans les prisons de Nador, Tanger et El-Hoceima. Mais rien, absolument rien et nul ne sait s’il moisit dans les geôles chérifiennes.

Plusieurs recoupements de renseignements glanés çà et là laissent croire qu’il est encore en vie, lui et ses quatre compagnons d’infortune et qu’ils sont en détention dans les prisons de Tanger ou d’El-Hoceima après avoir été arrêtés à Nador. La femme chargée de l’enquête s’est même entretenue avec les services de l’Ambassade d’Algérie au Maroc.

«Ils sont cinq avec mon fils Chafik, ne dépassant pas la trentaine, à avoir pris le large à bord d’un zodiac avec pour seul viatique leurs papiers d’identité et leurs économies pour entamer une nouvelle vie sur l’autre rive», dira-t-elle, les yeux rougis pour avoir trop pleuré une absence sans fin. Ils avaient choisi comme rampe de lancement la petite plage de Ouardania, près de Honaïne sur les côtes de Tlemcen, le 4 août 2006 à minuit. Et depuis, ils n’ont plus donné signe de vie. Sauf que des informations les concernant arrivent aux oreilles des familles qui n’augurent rien de bon mais qui signifient qu’ils sont encore en vie. La dernière en date remonte à quelques jours, un coup de téléphone du Maroc avec un accent marocain, au grand frère de Chafik, qui justement se trouvait aux abonnés absents parce qu’il ne travaillait pas ce jour-là. Et depuis, on attend un éventuel appel porteur d’espoir. Tout porte à croire qu’ils sont en vie mais détenus dans les geôles chérifiennes sans pouvoir entrer en contact avec leur famille. Chafik est dans un état de santé lamentable.

Cette mère de fils de harrag, qui nous a contacté, s’en remet au président de la République pour que des recherches soient faites pour lui et ses compagnons. Ce sont des Algériens qui ont voulu voir d’autres horizons, elle le reconnaît. Mais elle pense surtout que l’Algérie ne les laissera pas tomber. «L’Algérie n’a jamais laissé tomber ses fils !», dira-t-elle la tête baissée avant de s’en aller comme elle était venue, sans même pouvoir verser une larme. Elle les garde, certainement, pour les moments de retrouvailles.

Combien sont-ils ces harraga qui, sur un coup de tête, ont pris le large pour ne plus revenir ? Ils ne sont pas tous morts dans le ressac des vagues qui parfois engloutit leurs frêles embarcations. Ils sont quelquefois arrêtés et jetés dans des prisons sans avoir l’occasion de se défendre.

Que font les relations diplomatiques dans ces cas-là ? N’y a-t-il pas des conventions pour que les peines soient purgées dans les pays d’origine ? N’y a-t-il pas moyen pour des familles de savoir, par le biais de ces ambassades, si des ressortissants d’un pays sont en détention ?

Rédigé par elharraga

15 mars 2008 à 3:14

« Les Maghrébins font la police pour l’Europe »

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Ali Bensaad. Maître de conférences, université de Provence, enseignant-chercheur CNRS/IREMAM

Pour « contenir » les flux migratoires irréguliers vers l’Europe, les Etats du Maghreb privilégient la logique répressive. Dans vos travaux sur la question des migrations, vous avez souvent mis en avant ce rôle de « supplétifs de la répression » que remplissent avec zèle les Maghrébins. En quoi consiste-t-il au juste ?
Le caractère spectaculaire que revêt actuellement le phénomène des harraga en Algérie remet les choses en place : les Maghrébins qui font la police pour l’Europe ne sont pas du bon côté du bâton, même s’ils jouent à l’oublier. Alors qu’elle se félicite de la chute du mur de Berlin, l’Europe pousse les pays du Maghreb à inventer le crime d’« émigration illégale ». Du point de vue du droit international, ce qui est criminel ce n’est pas le fait pour un individu d’émigrer, c’est le fait pour une autorité publique de tenter de l’en empêcher. Ce phénomène remet également au jour une vérité occultée : les migrations irrégulières concernent plus les Maghrébins, Algériens compris, que les Subsahariens, alors que la focalisation est faite sur ces derniers et que le discours officiel maghrébin y a trouvé un moyen d’occulter le drame culpabilisateur de ses propres migrants en le « transférant » sur le « bouc émissaire » subsaharien. Les Subsahariens n’ont fait que se greffer, tardivement, sur des « interstices » ouvertes par les Maghrébins qui étaient et continuent à être largement majoritaires. Prenons le cas des Algériens. Alors qu’aucune tentative ne se faisait depuis les côtes algériennes, et au moment même où l’Algérie s’employait à refouler les migrants africains, ils étaient déjà pourtant nombreux à tenter la traversée par le Maroc et proportionnellement, de loin, plus nombreux que les ressortissants de n’importe quel autre pays africain. Ainsi, certes beaucoup moins nombreux que les Marocains, les Algériens n’en étaient pas moins, après ces derniers, la première nationalité africaine par le nombre d’expulsés d’Espagne dans les premières années 2000 où elle surclasse de loin toutes les autres nationalités africaines. Les seuls Espagnols avaient pour la seule année 2002 renvoyé 2500 Algériens (exactement 2449), qui avaient traversé irrégulièrement la Méditerranée. Pour combien qui ne l’ont pas été ? Ce chiffre est à comparer à l’actuel : durant les 9 premiers mois de 2007, 1396 Algériens ont débarqué en Sardaigne. Mais avant, cette réalité n’était alors pas dérangeante parce qu’elle se déroulait loin du pays. Pendant ce temps, en Algérie comme dans tout le reste du Maghreb, le discours officiel avait réussi à réduire la question migratoire à celle des Subsahariens et à faire de sa gestion, qui lui a été imposée par l’Europe, une nouvelle ressource politique pour mieux négocier avec celle-ci notamment la pérennité des régimes.
Une pérennité « négociée » au détriment de la jeunesse maghrébine…
Le résultat paradoxal de la répression exercée par les Maghrébins, dont l’Algérie, contre les migrants subsahariens est qu’elle se retourne d’abord contre leurs propres enfants. C’est parce que les pays maghrébins ont durci « la chasse aux migrants » que les Algériens ne peuvent plus utiliser les passages fonctionnels et moins dangereux dans les pays voisins et qu’ils ont donc été amenés à prendre plus de risque en partant de l’Algérie, dont les itinéraires sont plus dangereux. Si les Marocains ont fait du zèle jusqu’à aller tirer, en octobre 2005, sur les migrants subsahariens à Ceuta et Melilla, près de 1000 de leurs jeunes sont détenus dans des conditions moyenâgeuses en Libye qui, selon un rapport de Frontex (l’Agence européenne des frontières extérieures), chargée de la lutte contre les migrants et qui ne peut être soupçonnée d’hostilité aux pays qui l’aident dans sa tâche, détient plus de 60 000 migrants prisonniers. Il n’y a pas de raison qu’il n’y ait pas parmi eux des Algériens comme tendraient à le confirmer les témoignages recueillis sur le terrain auprès des migrants. On sait d’ailleurs qu’il y a eu des familles qui ont saisi le gouvernement à propos de morts suspectes au large de la Tunisie et de la Libye. Mais cette participation des pays maghrébins à la répression tue aussi des enfants maghrébins. Ainsi, si la Libye obtient et demande des moyens pour traquer les migrants ( le même rapport de la Frontex, rapport de mission mai-juin 2007, rapport destiné à l’UE et qui a été ébruité par des fuites, cite en détails des moyens exorbitants en hélicoptères, avions, moto-vedettes, 4×4, etc), le nombre de morts s’accroît : sur le seul canal de Sicile, passage privilégié des Maghrébins et des Algériens, le nombre de morts, qui était de 302 en 2006, a atteint le chiffre de 502 rien que pour les neuf premiers mois de 2007 et, bien sûr, parmi eux beaucoup de Maghrébins et d’Algériens.
La dégradation socioéconomique explique-t-elle à elle seule l’explosion de ce phénomène ?
Plus que le contexte de dégradation socioéconomique, c’est l’impasse et l’absence de projet de société, la certitude de ne pas pouvoir se réaliser dans le système tel qu’il est qui poussent ces jeunes, dans un sursaut de survie, à se détourner rageusement du pays. Ce sont les plus « riches » de ses enfants qui réagissent ainsi : riches de volonté, d’imagination et de désir de vivre. Ils ont autant, voire plus de courage que leurs aînés qui ont fait cette guerre de libération devenue une rente et le moyen de culpabiliser toute une jeunesse de n’être pas née déjà pour la faire. Il ne sert à rien de leur faire la morale sur le caractère suicidaire de leur geste. Leur choix n’est pas le bon et ce n’est peut-être pas le meilleur mais ils pensent que le suicide le plus garanti est celui de subir la situation qu’on leur impose au pays. Ils savent que le système est suicidaire et autiste. Plus que la dégradation des conditions socioéconomiques et même plus que l’absence de démocratie, c’est la déliquescence du sens de l’Etat et la certitude qu’il n’existe plus de contrat social, même injuste, qui sont en train de souffler un vent de panique sur les couches moyennes. Les harraga sont le grain de sable qui fait éclater l’aporie des discours officiels et contraignent la classe politique à revenir au réel.

Aziri M.

Rédigé par elharraga

13 mars 2008 à 6:51

À la poursuite des harraga

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Nos reporters ont assisté à une opération de recherche de la marine

Neuf jours d’attente. « Echargui », les vents puissants du Nord-Est fortement craints par la communauté des « bahria » (marins), tombe, et c’est le vent de l’Ouest qui prend le relais et qui, de l’Atlantique, s’engouffre par le détroit de Gibraltar, apportant avec lui la manne nourricière, des bancs infinis de poissons. Les pêcheurs, impatients, car laissés en rade des jours et des nuits durant, quittèrent les premiers, en ce début de soirée du mardi 20 février, le port de pêche d’Oran.

Après plus d’une semaine d’angoisse météorologique, il était temps. La mer est « calma », plate. « Ezit », une mare d’huile. Rien à voir avec celle qu’elle était pourtant la veille, déchaînée, hystérique. Aussi, il était temps pour nous d’embarquer, comme nous le commandait notre feuille de route, avec les gardes-côtes. En mer, nous aurons probablement meilleure connaissance du dispositif des forces navales, en vigueur depuis trois ans, à l’effet « d’endiguement » du phénomène « harraga », avec en prime, peut-être, une éventuelle rencontre avec les harraga eux-mêmes. « Pas de BMS aujourd’hui (bulletin météo spécial) », nous dit, sur le quai d’embarquement, le commandant Abdelwahab, du commandement des forces navales de la Façade maritime ouest, pour nous rassurer. « Vous aurez peut-être la chance de les croiser en mer », nous lance un autre officier du groupement des gardes-côtes. Les marins, tout comme nous et les harraga, ont passé ces derniers jours à scruter le ciel, la grande bleue et à renifler la queue des vents. Une véritable « obsession ».

Les renifleurs de vent

« Ils viennent souvent consulter les prévisions météo sur internet. Les moins initiés me demandent de l’aide pour savoir le temps qu’il fera en mer, le vent, la température, etc. Informations sommaires certes, mais disponibles sur les grands moteurs de recherche, Google, Yahoo, etc. », nous racontait, la veille, Abdelkrim, patron d’un cybercafé à Guarguentta, dans le cœur populaire d’Oran. S’assurer des bonnes conditions météo s’est s’assurer 50% des chances de réussite et de survie. « Ce qu’ignorent en revanche les harraga, se désole un officier du Centre de recherche et de sauvetage de la marine nationale (CROS), c’est que la Méditerranée, comme toutes les mers fermées, est changeante, imprévisible. En deux, trois heures, la mer peut passer de calme à très agitée », expliquait-il. Il est 17h30. Le Corse, navire passager français, quittait, lui aussi, précipitamment la gare maritime après avoir « libéré » ses passagers de leur mal de mer et… du pays. Il se fait néanmoins ravir la vedette par moins colosse que lui. Devant, sardiniers, chalutiers, glisseurs, floukate de misère ont déjà pris le large. Au large n’apparaissent désormais que les lumières mourantes des bateaux qui s’éloignent. Notre « traque » absurde des harraga, « anciens ou futurs », menée une semaine durant à travers les villes côtières de l’ouest d’Oran, Bouzedjar, Beni Saf, Zouanif, Madagh…, là où le phénomène a vraiment pris naissance en 2005, prend fin. Avec un goût d’inachevé. Une obsession : à quoi peut bien ressembler un Algérien harrag en pleine mer, dans l’exercice de ses fonctions ? Nous ne tarderons pas à le savoir. Après une nuit glaciale passée à boire du thé et à patrouiller désespérément le long d’une ligne de plus de 100 km du nord de Mostaganem à l’ouest de Beni Saf, jusqu’à 45 km des côtes espagnoles, Essahir, le navire du capitaine Abdelaziz, qui fait partie du lourd dispositif, qualifié d’« humanitaire » par le commandant Laroussi de la police maritime, s’apprête maintenant à rejoindre à plein gaz, cap au Sud-Est, au large de la baie d’Oran, un autre navire du même type, Al Bariz, commandé par le capitaine Ben Houa. Il est 11h. Al Bariz vient d’intercepter une embarcation de harraga. Arrivés au point de rencontre, nous sommes invités par radio à aborder illico presto l’autre navire. Notre cynique « pêche au harraga » s’est, hélas, révélée porteuse. Ils étaient dix, dix à tenter, en cette matinée du mercredi, le diable et Cabo de Gata, le célèbre rocher situé au nord-est de la plage d’Almeria. Carthagène comme Alméria sont les villes espagnoles les plus proches de la côte ouest algérienne, situées à moins de 170 km d’Oran. Beaucoup plus proches qu’Alger, loin de 500 km. Les harraga ont appareillé d’Arzew à 2h, à bord d’un « botté », glisseur de 4,50 m propulsé par un moteur de 30 CV. Entassés dans le rafiot, interdits de mouvements, ils ont en 7h de navigation, face au vent, avalé près de la moitié des 80 milles marins qui les séparent de leur rêve ibérique. Certains y mettent plus de 14h, d’autres moins que cela. Beaucoup font naufrage en haute mer ou partent à la dérive à cause de pannes sèches de moteur, du GPS. Pour s’éviter ces périlleuses situations, les harraga s’équipent. Un moteur de rechange, une boussole pour vérifier le cap et corriger les trajectoires, des lampes torches et des miroirs pour les signaux de détresse, des ballons de foot ou chambres à air remplaçant en cas de pépins les gilets de sauvetage, etc. Une génération de harraga « sophistiqués », en somme. La « 4 G », comme aime-t-on à la présenter à Oran.

Douche froide dans les eaux de la méditerranée

Pour couper l’élan aux « fugitifs » du quartier Plateau, dans le vieil Arzew, l’unité de combat des gardes-côtes a dû user de la manière forte. Voyant que ni les coups de sommation ni les appels à couper le moteur ne font obtempérer les harraga, le commandant du patrouilleur prend la décision de les faire chavirer, mettant ainsi fin à une demi-heure de course poursuite. Ils se font cueillir gentiment à bord, où ils recevront tous les égards qu’on doit aux naufragés : douche, boissons chaudes, couvertures, premiers soins, etc. Pour les rejoindre, nous quittons notre « vedette » pour une autre, plus « chanceuse », car elle tient dans son ventre chauffé par de puissantes turbines allemandes des compatriotes fuyant, comme la peste, sur une coquille de noix, leur pays. Une courte et valseuse échelle nous fait grimper du zodiaque d’abordage au premier pont d’Al Bariz, puis une autre nous fait descendre en nous comprimant les côtes, un étage au-dessous, dans la gueule de cette étrange et nouvelle espèce d’Algériens : les « harraga ». Mais (que) sont-ils au juste : sont-ce ces silhouettes fuyantes et tremblantes qui se barricadent, apeurées, mortes de rage et d’humiliation derrière des couvertures prêtées par l’équipage d’Al Bariz ? Sont-ce les harraga qui font trembler d’inquiétude Etat et opinion ? Des corps chétifs, décharnés par le désespoir, des corps de guépard usés par les courses inutiles, calés au fond du navire. Une voix sortie d’une couverture, la voix de Kada, nous remet, sans qu’on ait rien demandé, les pendules à l’heure : « Ih hena harguine, haraguine mine El Jazaïr, matehnache men el kemmar, ma kherjenache men Indounissia (oui, nous sommes des harraga, des Algériens. Nous ne sommes pas tombés de la lune, ni venus d’Indonésie, nous sommes tous Algériens et tous savons pourquoi nous en sommes arrivés là) ». « Bayane aâlah, bayenne wech jabna lehena », nous dit-il, pressé de finir sa phrase, et d’en finir avec un échange qui n’a pas encore commencé. L’interception à mi-chemin, à mi-rêve, la douche froide dans les eaux de la Méditerranée, la honte et la presse en bouquet sont autant de séquences infernales que même les plus costauds des harraga arrivent mal à gérer. « Vous, d’accord. Parce que vous dites que c’est votre boulot que de nous empêcher de partir, mais ‘‘essahafa aalah’’ ? (la presse, pourquoi faire ?) », crie, de son coin, Houari, à l’adresse du commandant Laroussi. Celui-ci les rassure tant bien que mal. Leur « volonté » et leurs « droits » seront respectés. « Vous êtes libres. Si cela ne vous dit rien de causer à la presse ou de vous faire prendre en photo, personne ne vous y obligera. Mais sachez qu’ils (les journalistes) sont là comme intermédiaires entre vous et les autorités civiles », lui répond l’officier supérieur. Sur ce, tout le monde se calme et les couvertures tombent, laissant apparaître les torses nus, les regards de bêtes traquées et une insondable détresse.

L’Espagne, l’Ultima Esperenza des harraga

La sympathique grande gueule de Kada se lance la première dans la chikaya. Ses copains du « botté-break » anticipent avec des rires étouffés, la vanne qui sera expulsée d’un moment à l’autre. « Vous ne m’aurez pas la prochaine fois, s’adresse-t-il au commandant de bord. Necheri teyara ounahrague (s’il le faut, je m’achèterai un avion et je partirai). » Tous éclatent de rire. Petit vendeur de fruits et légumes au marché de la Bastille, Kada gagne à peine 500 DA par jour de chance. « Machi denia (ce n’est pas une vie pour un jeune de 30 ans). Les flics, quand ils me choppent, me tabassent d’abord, saisissent ma marchandise ensuite et me laissent filer avec un brossi sur la tête (une amende) de 1500 DA. Goul ! (dis). Elle n’est pas belle la justice de chez nous. On m’en veut à moi, un guelil, tandis que d’autres ont la chance que je n’ai pas : travailler toute la vie, cumuler les retraites et les emplois. A Arzew, on n’a rien pour nous. Ils viennent de partout rafler au plus grand complexe gazier d’Algérie des boulots, alors que nous ne savons même pas à quoi l’usine ressemble. » Abdellatif, le visage dévoré par une barbe d’un « akhina » B. C. B. G. et par l’angoisse du retour à la case départ, se lâche lui aussi. Licencié en sciences islamiques, il dit travailler au service de l’état civil de la commune… pour 7000 DA le mois ! Deux mois qu’il n’a pas été payé. « Neruh ya ben aâmi, nehrag, nedir l’avenir fi Espania kima esshabi (je pars pardi. Mon avenir, je le construirai ailleurs, en Espagne). » Ultima Esperenza, l’Espagne est sur toutes les lèvres. Une terra nueva habitée par les seuls esprits « harraga ». Homme à tout faire, « fi koul sbâa herfa », un métier pour chaque doigt, Abedelbaki, la trentaine bien entamée, est le plus amer d’entre ses copains. « Nous avons tout mis dans ce ‘‘botté’’. Neuf millions chacun. Toutes nos économies. Et on se fait cueillir bêtement. Mais Ouallah, par Dieu, et si Dieu le veut, je ne renoncerai pas. Je vendrai tout : le démo, la télé, El Guessaâ (parabole), mes Adidas, et si besoin, la chaîne en or de ma mère, mais je repartirai », jure-t-il dans son coin. « Si seulement j’ai crevé. ç’aurait mieux valu pour moi et pour ma pauvre mère », soupire le petit Omar. La séance de déballage, aux couleurs du tragicomique, se poursuivra ainsi jusqu’à l’entrée au port d’Oran. Mais avant de livrer sa précieuse cargaison aux autorités judiciaires — qui n’en feront qu’une bouchée —, Al Bariz se doit d’attendre les caméras de l’Entv. Kada lance une dernière bouteille à la mer, un rappel de promesse au Président : « Vous avez promis aux jeunes de tourner la page, alors faites-le ! » Il est 14h. Les « bêtes de cirque » sont sous les feux des projecteurs. Sur le quai, la presse, les militaires, le Samu et une nuée de curieux font le pied de grue. Un « classique » des fins de sauvetage ou d’interception. Les harraga sortent des entrailles du navire, en file indienne, groggy, l’échine brisée, ou presque. Mais ce n’est probablement là que partie remise. Une semaine après, 25 harraga de Mostaganem, à bords de trois embarcations, réussissent à passer à travers les mailles du filet.

Aziri M.

Rédigé par elharraga

13 mars 2008 à 4:55

Harraga : Rencontre nationale aux Andalouses en avril

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Une rencontre nationale sur le phénomène de l’immigration est prévue au courant du mois d’avril prochain, au complexe touristique des « Andalouses », apprend-on auprès du représentant local de l’UNJA.

Durant trois jours, les représentants du mouvement associatif, les psychologues, les avocats, les responsables du Croissant Rouge Algérien et de la jeunesse et des sports participeront aux travaux de cette rencontre pour débattre des problèmes qui affectent cette frange de la société, de leurs causes, de leurs origines et des moyens à mettre en œuvre pour juguler ce fléau à l’origine de situations souvent suicidaires pour les jeunes candidats et dramatiques pour leur famille. Les témoignages des jeunes « Harraga », ayant échoué dans leur tentative de regagner les côtes de la rive nord de la Méditerranée, enrichiront les débats de cette rencontre nationale. Les organisateurs ont également retenu, dans ce programme, un spectacle d’opérette sur le sujet pour sensibiliser les jeunes sur les dangers de la mer, sans parler des pertes financières subies après l’achat d’une embarcation de fortune.

A. Denia

Rédigé par elharraga

13 mars 2008 à 3:59

La marine tire la sonnette d’alarme

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La législation muette sur les harraga
La marine nationale tire elle aussi l’alarme face au phénomène de « harraga » (immigration clandestine) qui atteint des « proportions alarmantes ».

A l’occasion d’un séminaire sur l’action de l’Etat en mer, organisé hier à l’Ecole supérieure navale de Tamentfoust, des officiers supérieurs, des chercheurs et des experts du domaine maritime ont dressé un état des lieux des plus inquiétants. Première brèche du dispositif de lutte : aucun texte de loi ne punit le fait de prendre la mer à bord d’une embarcation. C’est ce qu’a révélé le commandant Boutadjine Salah, chef du bureau OPS/GFGC des gardes-côtes de Annaba. En clair, le « harrag » est juridiquement inclassable dans le dispositif juridique et législatif national. C’est là, d’après le conférencier, un facteur aggravant du nombre de harraga. Il en veut d’autant plus que la fameuse soirée du 31 décembre 2006, où un véritable « voyage organisé de plusieurs embarcations » à destination de l’Europe avait eu lieu à partir de la plage de Sidi Salem, dans la daïra d’El Bouni (Annaba), constitue une sorte de point de non-retour de ce phénomène. Cet officier qui a suivi de près l’évolution de ces expéditions migratoires apporte un démenti cinglant à ceux qui pensent que les harraga sont uniquement des chômeurs. « Il a été constaté que ces aventures ne concernent pas les jeunes chômeurs uniquement, mais aussi les fonctionnaires, les étudiants, les commerçants, les femmes et les enfants », devait-il expliquer. S’il relève « une nette baisse » de ce phénomène dans cette région grâce à un dispositif combiné avec la Gendarmerie nationale et la sûreté nationale, les statistiques, elles, sont têtues : 1380 personnes ont été interceptées en mer en 2007 contre 750 en 2006 et 127 en 2005, d’après le Centre national des opérations de surveillance et sauvetage (CNOSS/SNGC). Les statistiques montrent également une hausse accrue de prises au niveau des ports qui ont culminé en 2007 à 1568 contre 335 en 2005. Parmi ces « clandos », les services concernés ont mis la main sur des Marocains, des Congolais, des Maliens, des Nigériens et « 24 autres nationalités ».

Conteneurs : touche pas !

Maksen Samir Tarek, maître assistant – ISM Bou Ismaïl –, a noirci un peu plus le tableau de bord des autorités, en faisant remarquer dans sa communication que le nombre des interventions en mer a connu une hausse de 991% alors que le nombre des clandestins interceptés en mer a connu une hausse de 1086%, ce qui donne un total général de 2919 clandestins interceptés à la fin de l’année 2007. Les clandestins de nationalités étrangères représentent 4,41% dont les Marocains détiennent la palme avec 3,39%. Cet enseignant de l’ISM de Bou Ismaïl a mis également le doigt sur la plaie sécuritaire que fait peser le transport de clandestins, les substances illicites et la contrebande par voie maritime dans la région du Maghreb. « Ce phénomène génère de nouveaux risques en matière de sécurité et de sûreté non appréciés par le législateur. » L’universitaire dit ne pas comprendre pourquoi l’Algérie s’entête encore à ne pas ratifier la convention sur le contrôle des conteneurs qui est pourtant une source de « terrorisme maritime ». Pour y remédier, il exhorte le ministère de la Justice à hâter la réforme de « certains aspects juridiques et réglementaires existants » et met l’accent sur l’absolue nécessité d’« harmoniser les législations dans ce domaine au niveau des pays du Maghreb ». Pour ce jeune maître assistant, l’émergence de nouvelles menaces qu’il a désignées sous le vocable de crime maritime suppose une prise en charge rapide par les législateurs des pays incriminés. Il suggère aussi aux autorités algériennes de voir les « modèles et concepts régionaux qui ont, d’après lui, fait leurs preuves et peuvent servir de lignes directrices pour assister les pays menacés par certains fléaux non maîtrisés ». Les pays du Maghreb devraient, selon lui, s’inspirer des nouvelles approches adoptées, liées à la sécurité et la sûreté maritime, dans l’évaluation et l’analyse des menaces.

Hassan Moali

Rédigé par elharraga

12 mars 2008 à 5:34