Archives de novembre 2007
El Guelta : 7 harraga repêchés au large
Les garde-côtes de Ténès ont pu sauver, la semaine dernière, un groupe de 7 harraga au large de la localité côtière d’El Guelta, avons-nous appris de sources sûres. Les candidats à l’immigration, essentiellement des jeunes originaires de Ténès et de Chlef, étaient à bord d‘une embarcation qui est tombée en panne en pleine mer. On croit savoir que c’est l’un des harraga qui a alerté un de ses proches, lequel a informé aussitôt les services de sécurité de la région. Les personnes arrêtées et leur embarcation ont été dirigées vers le siège des garde-côtes à Ténès avant d’être déférées devant la justice. L’une d’entre elles, souffrant d’un malaise cardiaque, a été admise au service des urgences de l’hôpital, apprend-on encore. Rappelons que 13 autres harraga avaient été arrêtés il y a une dizaine de jours sur la même côte.
A. Y.
Louisa Hanoune : « Annaba, capitale des harraga »
Annaba est devenue la capitale des harraga, du trafic et de la drogue ». C’est en ces termes que Mme Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), a qualifié sa ville d’adoption lors d’un meeting populaire qu’elle a animé au théâtre régional (TRA).
Devant un parterre composé essentiellement de militants et sympathisants de son parti, Mme Hanoune a responsabilisé les décideurs de notre pays qui ont fait que nos jeunes préfèrent courir un risque mortel pour fuir leur riche pays. « Ceux qui font des émeutes ont toutes les raisons, car ils ne sont pris en charge que par des responsables locaux qui n’ont aucun pouvoir de décision. Et si plus de 1000 communes sont en déficit financier, ce n’est pas la responsabilité de notre parti », expliquera-t-elle avant d’ajouter : « De par sa qualité de pôle économique, Annaba était hier une destination de rêve pour toute la région. Après le passage du plan de restructuration, elle est devenue aujourd’hui le cimetière de plus de 17 000 emplois, et 60% de sa main-d’œuvre actuelle activent dans le cadre du dispositif des contrats de préemploi. » L’effondrement d’une vieille bâtisse à la vieille ville qui a fait, ce samedi, un bilan macabre de 6 morts, a été une occasion pour elle de tirer à boulets rouges sur nos gouvernants. « Dans un pays très riche comme l’Algérie, ses citoyens meurent sous les décombres des vieilles bâtisses », a déploré Mme Louisa, avant de plaider pour une participation massive, le 29 novembre, pour défendre les acquis de l’économie nationale. Fidèle à ses principes, elle n’a pas raté l’occasion de dénoncer la privatisation et le bradage des entreprises publiques et les formes cachées de la compression des travailleurs, comme c’est le cas à Ferphos.
M. F. G.
Harraga, la fureur de vivre jusqu’à en périr
par Farouk Zahi
L’étymologie du mot harrag en arabe algérien veut dire celui qui brûle quelque chose, ou plus exactement « grille » quelque chose. Ainsi sommes-nous confrontés à un néologisme ; mais à bien y regarder, la pratique est aussi vieille que l’accession du pays à l’Indépendance.
Dans les sociétés dites modernes, on ne grille que le feu rouge de l’intersection, sous l’effet éthylique ou par bravade juvénile, l’entrée du stade ou du métro. Parmi les traits saillants de notre culture sociétale, la fraude, c’est son nom, est en passe de devenir un particularisme national. Récurrente, avec la conviction de normalité, la fraude a émaillé notre quotidien dans ses espaces politique, social, économique, culturel et cultuel. Rien n’y échappe. L’irrégularité, doux euphémisme que nous utiliserons dans le propos, est un fait de société communément admis par tous. Aussi loin que puisse aller la mémoire, le faux témoignage du moudjahid véreux, pour l’établissement d’une fausse attestation communale de participation à l’effort de guerre, pour la libération du pays, a sans nul doute était l’acte fondateur de toutes les mystifications futures. Qu’y avait-il de plus sacré que Dieu et la révolution ? On a abjuré tous les serments sacrés.
On dénonçait cette pratique hérétique, mais dès que les dividendes se matérialisèrent par l’obtention du poste de travail réservé aux moudjahidine et ayants droit, par la réduction des coûts locatifs et d’acquisition des biens de l’Etat, par l’exonération ou la réduction des droits de douanes et de taxes à l’importation de véhicules et autres biens d’équipement, tout le monde ou presque, s’est mis à la recherche de témoins historiques pour attester des sacrifices consentis par les uns et les autres, pour « la libération de la chère patrie, spoliée par 132 années de nuit coloniale ». Quant aux pensions d’invalidité, il ne leur sied que ce joyau du purisme emphatique de la langue d’Oumrou el Kaïs : « hadith oula haradj » (tu peux parler sans retenue). De complaisants médecins ont confirmé des prétendues séquelles, imputables à la lutte de Libération nationale, faisant ainsi octroyer, d’opulentes pensions viagères à des usurpateurs. C’est à ce moment précis, que naissaient les passeurs et les harraga ; ceci pour le domaine historico-politique.
Dans le domaine économique, elle s’est mue en contrebande puis en trabendo. Erigée en institution « réglementée », cette mamelle nourricière de tout notre voisinage géographique, a saigné l’économie nationale au point où elle « exportait » des produits soutenus, contre des pacotilles de bazar, souvent pour le plaisir de l’oeil ou du palais. Les années fastes du Programme anti-pénurie (PAP) ont nourri à satiété, les populations extra riveraines de nos 6.000 km de frontières. La frontière maritime, intègre jusque-là, s’ouvrait au troc (produits halieutiques contre pièces de rechange) pratiqué par des armateurs peu scrupuleux. Leur génie anticipait sur les accords de partenariat avec l’Union européenne. Les fonds de soutien aux patrons pêcheurs, grugés par des « pêcheurs » n’auront alimenté que la harraga dorée. Cette même frontière « exporte » présentement, des produits de consommation importés d’ailleurs. Une bonne partie de notre émigration, qui ne ramenait que du rebut, emporte avec elle plein de produits payés en monnaie locale. La perte de change est incommensurable. Même le soin médical est « exporté » depuis peu au Dinar, alors que ses intrants sont importés en Euro. Sur la terre ferme, le tracteur Cirta et l’agneau de Djelfa ont depuis longtemps traversé, le gros gruyère par sa multitude de trous. Le jerrican inventé pour contenir de l’eau, pue le carburant. Lahda, lait en poudre produit exclusivement pour notre pays, est consommé ailleurs. Afras défunte marque de cigarette a ouvert la voie aux Rym, qui ont pignon sur rue. Elles sont actuellement contrefaites dans les pays du Sahel, participant ainsi à l’échange d’expériences technologiques Sud-Sud. Quelle ristourne, le pays a-t-il perçu de cette activité extra frontalière florissante. Les risques encourus par cette pègre, ne dépassent généralement pas les quelques mois de détention ou l’amende. Le cannabis s’étant mis de la partie, il ne serait pas surprenant pour les services en charge de la sécurité économique, d’avoir affaire à des gangs armés.
La harraga sociale, a eu ses heures de gloire dès la promulgation de la Loi 81/02 de février 1981, portant cession des biens de l’Etat. Si l’acquisition était des plus légales, elle se singularisait souvent par l’irrégularité de la procédure. On jouait sur du velours quand il s’agissait de la valeur vénale du bien, sous-estimée et payée à tempérament. La maison de maître était bradée à des prix, qui n’auraient pas couvert la valeur de l’assiette sur laquelle, est érigée la belle demeure. Le décret présidentiel de 1976 portant cession de véhicules de service de l’administration, bien avant la curée précitée, n’a fait que des heureux. Dès l’obtention de la décision de cession au prix minimisé, on enclenchait la remise à neuf du produit de l’achat aux frais de la communauté. Le législateur avait pensé épargner le parc automobile administratif de toutes les convoitises, rien n’y fit. Des harraga transgressaient une fois encore la loi.
Le secteur de l’Enseignement supérieur, a été pendant longtemps pourvoyeur de harraga. Les examens spéciaux d’accès à l’université, organisés pour des personnes d’un niveau plus qu’élémentaire, ouvraient les voies royales de la promotion socio-professionnelle. Des « étudiants » occupant des fonctions de l’Etat ou du Parti se faisaient ramener aux cours « importants » par le chauffeur du service. Les enseignants n’étaient pas très regardants sur les évaluations périodiques et sur les résultats de fin de cycle. Passeurs et harraga, jouaient chacun, un rôle mutuellement bien assimilé. Quant à la culture, d’authentiques artistes ont végété à l’ombre de cérémonies locales occasionnelles pendant que des harraga culturels, faisaient plusieurs fois le tour du monde, pour se voir confier des missions de gestion, après de bons et loyaux services. Le segment cultuel n’est pas épargné, des talebs coraniques, devenaient par on ne sait quel miracle de vénérables muphtis. La harga est observée chez ces fonctionnaires, qui font immanquablement chaque année, partie de la mission officielle de pèlerinage, pour motif de connaissances avérées des Lieux Saints de l’Islam. Certains imams accomplissent le hadj par procuration de personnes invalides ou pour des personnes disparues, aux frais des commanditaires. Après cette énumération de cas d’espèces de harga, non exhaustive, ne serait-il pas légitime de se poser la question sur les raisons, quelquefois mortelles, qui poussent nos jeunes à prendre le large ? Qu’avons-nous pas fait pour ces 1.500 jeunes, recensés entre janvier et août de l’année en cours, pour qu’ils se livrent corps et âme aux périls de la mer ? Ce délit puni par la loi, ne devrait pénaliser que le passeur, tout comme le dealer ou le proxénète, qui s’autorisent contre forte rétribution financière, à livrer leurs victimes expiatoires à tous les risques. Le passeur pris en flagrant délit, ne risque de payer que par la contrainte de corps, sa victime payera le plus souvent de sa vie. Consentir ce suprême sacrifice ne peut relever, que d’une vision idéalisée à l’extrême, générée par une détresse que notre myopie n’a pas su cerner, dans toute sa dimension tragique. Repêchés miraculeusement, ils ne cachent pas leur volonté de reprendre le large. Ne sommes-nous pas à la veille d’une révolte gandhienne ? Avons-nous prémuni nos enfants, du chant des sirènes de ce nouvel El Dorado européen ? Slimane Azem et Dahmane El Harrachi, qui ont chanté la nostalgie du terroir et les affres de l’exode, auront-ils prêché dans le désert ? Les temps ont bien changé et nous avec…
Kamel Bouchama interviewé sur la situation de notre jeunesse, a dit en substance : « Notre politique en direction des jeunes a failli… ils ont été livrés à d’ostentatoires comportements obséquieux ! ». Il ne croyait pas si bien dire, quand certains services de l’ANSEJ, bureaucratisés au niveau du chef-lieu de wilaya, avec des jours de réception bien arrêtés, sans sièges ni salles d’attente, distribuent des contrats de travail de pré-emploi avec parcimonie, teintée parfois de suffisance outrancière. Ceci n’est pas sans rappeler étrangement les bons d’alimentation, délivrés aux temps des conflits armés. Une bonne partie meurtrie et humiliée s’en retournera chez elle, pour revenir un autre jour, au lendemain d’une hypothétique ouverture de postes. Même après l’obtention victorieuse d’un poste de travail précaire et révocable, l’humiliation n’est pas oubliée pour autant, elle est encore vivace chez ce jeune ingénieur en métrologie employé comme gardien dans un hôpital. Il est chargé de lever et baisser la barrière d’accès à l’établissement. La galère des élèves mis en apprentissage au niveau de certaines institutions, n’est pas faite pour les mener à bon port. Chargés eux-mêmes de prospecter le terrain de stage et de trouver un encadreur, ils se retrouvent seuls à naviguer. Leur institution de formation, invisible pour être virtuelle les livre, sans coup férir, aux aléas des abus professionnels ou autre dérive. Un des responsables d’un grand quotidien arabophone qui, au lendemain des attentats du 11 avril, glosait sur un plateau de télévision, au sujet de la prise en charge des jeunes par son canard, n’a pas trouvé mieux que de confiner un jeune stagiaire dans le parking de la maison de la presse, en dépit de l’engagement signé mutuellement avec l’établissement pédagogique. La grandiloquence du discours développé est souvent, en totale contradiction avec l’amer vécu des jeunes.
Quand il est demandé aux jeunes promoteurs de contractualiser un prêt auprès d’une banque et détenir 20 % du montant du prêt accordé, il n’y pas lieu de pavoiser. Seuls les casse-cous, s’y aventureront ou ceux dont l’aisance financière des parents est là, pour parer aux éventuels déboires. Si le chômage des jeunes est délocalisé en périurbain et rural, l’organisme en charge de le résorber est hyper centralisé au niveau du chef-lieu. Ne disposant pas de représentation communale, cette structure gagnerait, en symbiose avec l’ANEM, à envisager un service itinérant à l’effet de rallier le plus grand nombre de jeunes sans emploi. Ce qui paraît évident pour certains, ne l’est pas pour d’autres. Imaginons un peu, le désarroi de ce jeune issu de la zone rurale, s’aventurant à aller à la recherche du service chargé de l’encadrer dans une ville grouillante, qu’il n’a visitée qu’une ou deux fois dans sa vie, avec le peu de chance de pouvoir régler son problème le jour même. D’actualité, la campagne électorale de certains partis a fait des harraga, son cheval de bataille. De grâce, arrêtons la surenchère ! Ce drame national devrait être accompagné d’un silence religieux…
Un rêve qui ne se réalise pas de Lahcéne Touati
Des espoirs et des harraga
Le court métrage, Un rêve qui ne se réalise pas, de Lahcène Touati, sera projeté, aujourd’hui, en avant-première, à l’occasion du Taghit d’or qui se tient à Béchar.
Lahcéne Touati signe là son deuxième long métrage, un film qui traite de l’épineux problème des harraga. Des jeunes qui décident de quitter l’Algérie pour un monde meilleur. D’une durée de trente minutes, ce film lève le voile sur quatre personnages : trois jeunes algériens dont une fille et un malien qui tentent de rejoindre l’Europe clandestinement par bateau, stationné au port d’Alger. Mais à la dernière minute, ils sont repérés par la police. Leur arrestation est alors irrévocable. Après leur incarcération, ces jeunes sont déterminés à ne pas renoncer à leurs rêves. Ils retenteront de quitter le pays à l’aide d’une petite embarquation de pêche. Le réalisateur et scénariste Lahcène Touati affirme que son film est axé sur « un débat entre les jeunes Arabes et leur gouvernement qui veulent régler un problème en greffant un autre problème de taille ». Les rôles ont été confiés à des acteurs confirmés, dont Azzeddine Boureghda, Lina, Mohamed Lamine, Hassan Benzerari et Mohamed Boudaoud. Il est à noter, par ailleurs, que Lahcène Touati présentera lors de ce festival, un autre documentaire hors compétition intitulé La Faute.
N. C.
Hassi El Ghella : 5 harraga arrêtés
En patrouille, samedi vers 23 h 30, à travers la commune de Hassi El Ghella, une section d’intervention de la gendarmerie de Aïn Témouchent a procédé à l’arrestation de 5 personnes qui circulaient à bord d’une R21. En les fouillant, un montant de 200 Euros a été découvert sur eux. Après interrogatoire, il s’est avéré que ces personnes avaient rendez-vous, à Bouzedjar, avec un passeur qui devait leur assurer la traversée vers les côtes ibériques. Ils ne connaissaient pas leur passeur, ce qui n’a pas rendu possible son arrestation.
M. Kali
1400 harraga ont rejoint l’Italie en 2007
Rapports accablants sur « l’immigration clandestine »
L’Observatoire sur les victimes des migrations, Fortress Europe », vient d’établir deux rapports distincts particulièrement accablants sur le traitement réservé aux immigrants dits « clandestins » (terme contesté par les ONG) en Algérie et en Libye.
Intitulé « Fuite de Tripoli. Rapport sur les conditions des migrants de passage en Libye », le premier document évoque d’entrée le phénomène des harraga algériens qui ne cessent de multiplier les tentatives de gagner l’autre rive. A la clé, un chiffre effarant : quelque 1400 harraga ont pris le large depuis les côtes algériennes à destination de l’Italie en 2007. « Durant les neuf premiers mois de 2007, 12 753 migrants sont arrivés en Sicile à bord de moyens de fortune, 20% en moins par rapport aux neuf premiers mois de 2006. Durant la même période, 1396 migrants ont débarqué en Sardaigne en provenance d’Algérie. » Reprenant de larges pans d’un rapport confidentiel de l’agence européenne Frontex pour la sécurité et les frontières extérieures de l’UE consacré à un plan de coopération avec la Libye, le rapport indique que « 53 842 immigrants ont été arrêtés et déportés en Libye en 2006. Plus de 60 000 migrants et réfugiés étaient détenus dans les prisons libyennes en mai 2007. Au moins 200 000 migrants ont été expulsés de la Libye entre 2003 et 2006 ». On y lit aussi que le budget de Frontex va doubler en 2008 pour passer à 70 millions d’euros. « L’UE a offert à Tripoli un système de surveillance de sa frontière sud », souligne le document en annonçant que « l’Italie, avec l’UE, est en train d’intensifier ses relations avec la Libye afin de bloquer le phénomène de l’immigration par la mer qui, en Italie, représente 8% de l’immigration irrégulière ». L’on apprend aussi qu’en échange de ses bons et loyaux services, « la Libye a demandé à l’UE, entre autres, 12 avions, 14 hélicoptères, 240 véhicules, 86 camions, 80 pick-up, 70 autobus, 28 ambulances, 12 systèmes radar, 10 navires, 28 vedettes à moteur et 100 canots ». Le rapport de Fortress Europe détaille la « sale besogne » confiée à la Libye contre cet arsenal de guerre. « Les morts dans le désert et dans le canal de Sicile, les tortures et les violences sexuelles dans les centres de rétention financés pas l’Italie, les déportations dans le Sahara, les expulsions collectives au large de nos mers, les rapatriements des réfugiés sur les vols payés par Rome, les déportations depuis Lampedusa, les homicides dans les commissariats, les abus des passeurs et les attaques racistes à Tripoli. Tout ce qu’il ne faut pas savoir sur le pays auquel l’Italie et l’UE ont confié la garde des frontières du Sud, à la veille des contrôles Frontex en Libye en 2008, quand les reconduites au large seront la règle. » Le rapport sur la situation des immigrants subsahariens en Algérie, quant à lui, se base sur des témoignages de migrants refoulés et recueillis par l’Association des refoulés d’Afrique centrale au Mali (Aracem). « L’Algérie est une vaste prison aux portes de la Fortress Europe », note d’entrée le rapport qui n’hésite pas à qualifier notre pays de « gendarme de l’Union européenne », en précisant que « 40 000 migrants issus de 54 nationalités ont été arrêtés en Algérie entre 2000 et 2007 ». « Privés de procès équitable, détenus dans des conditions dégradantes, 27 500 ont été reconduits aux frontières du Mali et du Niger dans la même période, abandonnés à eux-mêmes dans le désert saharien », ajoute le rapport en soulignant que des centaines de personnes expulsées sont bloquées à la frontière et survivent dans des conditions très précaires, dans l’oasis de Tinzaouatine. Dans une alerte datée du mois d’octobre 2007, l’Observatoire Fortress Europe avertit : « Le massacre aux portes de l’Europe ne s’arrête pas. Au moins 296 migrants et réfugiés sont morts en essayant de rejoindre les pays de l’Union européenne durant le mois d’octobre 2007 (…) Déjà, 1343 victimes de l’immigration clandestine depuis le début de l’année. »
Mustapha Benfodil
54 harraga portés disparus
54 candidats à l’émigration clandestine, parmi lesquels figure un grand nombre de mineurs, ont été portés disparus pour les seuls quatre derniers mois de l’année en cours, selon un bilan établi par les gardes côtes de la marine nationale.
Ce décompte lugubre, qui demeure néanmoins approximatif et peut être malheureusement revu à la hausse, a été établi en fonction des avis de recherche émis par les familles des harraga. La grande majorité d’entre eux a tenté la traversée au cours du mois de ramadhan plus particulièrement au moment de la rupture du jeûne. « Ils ont choisi implicitement le mois sacré et notamment le crépuscule pour tenter d’exploiter une certaine baisse de la vigilance » a commenté notre interlocuteur. Selon les recoupements d’informations recueillies par les gardes côtes auprès des familles des disparus, les candidats à l’émigration clandestine auraient pris le départ à partir des plages du village côtier de Kristel sur le littoral Est de la wilaya d’Oran. Notre source indique encore que les 54 harraga disparus seraient pour la plupart originaires d’Oran et de ses localités environnantes. Par ailleurs, il importe de signaler que 156 harraga ont été arrêtés depuis le début de l’année en cours par les éléments des services de police. 85 d’entre eux parmi lesquels figurent 6 mineurs, sont originaires de différentes contrées de la wilaya d’Oran alors que 65 sont des ressortissants étrangers.144 harraga ont été placés en détention préventive, 3 ont bénéficié de la liberté provisoire et 9 d’une citation à comparaître. Selon notre source des pics ont été enregistrés durant la saison estivale.
Rachid Boutlélis
Les harraga otages de la mafia française
30 clandestins algériens arrêtés à Marseille (Sud de la France)
Au début du mois d’octobre, la presse régionale de Marseille faisait état d’une descente de police dans des squats de la rue du Musée, dans le secteur de Noailles, en plein cœur de Marseille.
Trente-deux personnes sont interpellées, des adolescents de 15 à 20 ans, tous originaires de Annaba. Dans ce même quartier de la ville, vingt plaintes pour agression ont été enregistrées en moins de deux mois. Les victimes sont souvent des femmes âgées brutalement attaquées. Les assaillants armés de couteau et parfois de harpons de pêche attendent leurs proies au coin des rues pour les jeter à terre et les détrousser sous la menace de leurs armes. Des victimes ont reconnu leurs agresseurs parmi les personnes interpellées dans les squats. Dix en tout. « Pour la plupart en situation irrégulière, ces jeunes sont originaires de la région de Annaba, en Algérie, qu’ils ont quittée en bateau jusqu’à Naples ou la Sardaigne, avant de rejoindre Marseille, sans doute attirés par des filières de passeurs qui promettent les profits faciles du trafic de cigarettes ou de contrefaçon », écrit La Provence dans son numéro du 3 octobre. Ils sont arrivés par vagues, depuis le mois de juin dernier. Certains ont trouvé du boulot, mais la plupart se mettent à voler en repérant des proies faciles », écrit encore La Provence en rapportant les déclarations de Farid, qui tient un point phone (KMS) et qui conseille aux touristes de prendre garde s’ils s’aventurent dans ce vieux quartier. Raouf, 15 ans, a fui la promiscuité et la misère de sa famille à Annaba avec l’espoir de trouver un contrat dans une équipe de foot car il joue bien au ballon. Lui, dit-il, fait en sorte d’éviter autant qu’il le peut les délinquants violents. Ce n’est malheureusement pas le cas de tous, affirme Malik Koudil, de l’Association des jeunes errants (AJE), qui s’occupe des mineurs en détresse, car si un sur deux de ces jeunes échappe à la mort pendant le voyage et arrive à destination, il n’a plus qu’une alternative ici, la protection d’un réseau de trafiquants ou celle d’une association. Dans le premier cas, cela commence par la revente des cigarettes et cela finit par la prostitution. En France, les mineurs sans protection parentale sont protégés par la loi. L’AJE, en relation avec les services publics de la protection de l’enfance, prend en charge ceux qu’elle trouve dans la rue. Ils sont conduits dans des centres d’accueil en attendant que les autorités statuent. Les harraga mineurs en bénéficient. Sans discrimination. Seulement, depuis quelques semaines, les responsables de l’AJE ont constaté que leur action caritative était elle aussi noyautée par les réseaux de trafiquants. Des jeunes, en provenance de Annaba, qui ne sont plus mineurs, fournissent, pour prétendre à l’aide de l’AJE, des extraits de naissance falsifiés. Ils sont dûment établis et délivrés par les services de l’état civil sauf que la date de naissance est rajeunie de quelques années. Il y a un cas, nous dit-on, où le rajeunissement a atteint 10 ans. Une trentaine de cas ont ainsi été dénombrés depuis juin dernier. En plus, nous apprennent Dominique Lodwick et Malik Koudil, respectivement directrice et consultant de l’AJE en déplacement à Annaba pour essayer de comprendre ce qui se passe de ce côté-ci de la Méditerranée, « ils ne se contentent pas du gîte et du couvert, ils s’emploient à étendre les réseaux de trafic avec les autres protégés au sein même de l’association ». A l’issue de leurs recherches à Annaba, les deux responsables sont repartis parfaitement convaincus, entre autres, que la filière des passeurs de Annaba et les trafiquants de Marseille sont une seule et même organisation. Les contacts qu’ils ont eus avec certaines personnes et les recoupements qu’ils ont pu faire ne laissent plus aucun doute. Les jeunes qui cherchent à fuir leurs conditions d’ici mais n’ont pas les moyens de le faire sont les cibles privilégiées du réseau. On les arrange pour le prix du passage, on leur fournit les faux extraits et on assure le gîte et le couvert dès l’arrivée dans les squats de la rue du Musée ou à l’AJE. En contrepartie, ils devront « travailler » pour rembourser. Et puis ensuite, c’est l’histoire classique de l’engrenage dans la délinquance qui mène au vol à main armée ou à la prostitution. Pour l’heure, on ne connaît pas d’autres connexions semblables entre immigration clandestine et trafiquants mais si on laisse faire, ce sont les réseaux interlopes que nos jeunes harraga iront gonfler en Europe. Les responsables de l’AJE ont réagi, ils ont laissé un message clair à l’intention des trafiquants qui ont pignon sur rue place du Théâtre et dans les services de l’état civil : « Il faut cesser les combines ». Mais ces derniers n’en ont cure, ils n’ont effectivement rien à craindre et sont intouchables dans un pays où l’impunité est érigée en règle d’or.
Slim Sadki